A la découverte de : Carcères Records

A la découverte de : Carcères Records

Depuis le début de l’année, Deevai et Brulée se sont lancés dans la création de leur propre label : Carcères Records. Une nouvelle plate-forme mettant en avant un son techno résolument mystique et onirique porté par ses deux artistes phares. Après deux sorties, il est tant d’en savoir un peu plus sur le sujet.

 

A croire que c’est une mode à part entière. On a l’impression que tout le monde se met à créer son propre label. Recherche de facilité, volonté de ne plus faire de compromis artistique, impossibilité de signer sur un label plus réputé, intérêt financier, les explications sont multiples. Du côté des Français, les labels fleurissent comme en début de printemps. En tant qu’auditeurs, on aurait tendance à être perdus entre les labels dits « valeurs sûrs » et les autres, qui sont parfois tout aussi bons.

 

On vous a sûrement déjà parlé de Deevai, alias Vladimir. Ce Lyonnais, encore newcomer dans la production électronique française, nous a fortement tapé dans l’œil. Alors quand il nous a raconté qu’il ouvrait son propre label avec son pote Brulée, on a flairé la bonne affaire. On ne s’est pas trompés, avec déjà deux sorties au compteur, Carcères Records est plutôt bien parti en terme de qualité, puisqu’il porte vraiment la patte de ses deux fondateurs.

 

Univers sombre et dystopique

Pour trouver le nom, les deux amis sont allé puiser dans les racines geeks les plus profondes de Brulée. « On voulait partir sur quelque chose de profond du style une zone hadale, bien sombre, raconte Deevai. Puis, Guillaume (le vrai prénom de Brulée) est venu avec la bonne idée ». Carcères, tout droit sorti du jeu Donjons et Dragons, est le nom d’un plan extérieur qui s’aligne entre le neutre mauvais et le chaotique mauvais. Ca pose un peu l’univers assez sombre et dystopique qu’on retrouve dans les deux premiers EPs : Synopsie de Deevai et Réprimande de Brulée.

 

« Si on a décidé de créer ce label, c’est pour avoir une totale liberté et beaucoup d’avantages, explique Deevai. Ouvrir un label, c’est développer un nouveau projet, ça nous apporte beaucoup de motivation et d’excitation pour composer et continuer d’avancer ». Parfois dans l’impasse dans l’inspiration, Deevai et Brulée sont partis sur la création d’un label pour exorciser leurs blocages en ouvrant le champ de leurs possibilités avec une liberté infinie.

 

 

Mais qui dit liberté infinie, dit parfois manque de recul et on imagine forcément que de passer de simple compositeur à patron de label implique quelques changements dans la façon d’anticiper. « Il est difficile d’avoir du vrai recul sur sa propre musique, concède Guillaume. Mais avoir un label permet aussi de créer un lieu d’échange entre artistes, managers et amis pour pallier à cela. » Deevai, pense lui être assez évolué artistiquement pour pouvoir à la fois endosser le rôle d’artiste et de manager ayant le dernier mot sur le choix des tracks à sortir. « Il faut être patient en prenant le temps de réécouter un morceau plusieurs jours ou plusieurs semaines après pour avoir une oreille neutre ».

 

Label ouvert à tous

C’est cet échange constant entre les deux fondateurs et les personnes qui naviguent dans leur sphère privée et artistique qui validera les tracks à venir sur le label. Les deux artistes n’auraient jamais pu créer le label l’un sans l’autre comme l’avoue Brulée. « L’idée de monter un label me trottait dans la tête depuis pas mal de temps déjà, mais je ne pense pas que j’aurai apprécié de le faire seul ». 

 

A terme, la famille pourrait même s’agrandir, le label n’étant pas ouvert qu’aux seuls Brulée et Deevai. Le premier EP, « Synopsie » de Deevai a accueilli des remixes de Mila Dietrich, Hadone et Exxignotis. Et des soirées du label pourraient voir le jour, pour faire connaître la structure mais aussi pour recruter et se faire de nouveaux contacts.

 

 

L’un des points importants de Carcères est à chercher du côté de la distribution. Petits moyens oblige, elle se fait uniquement en dématérialisé via le bandcamp du label. Histoire de réduire au maximum les intermédiaires, forcément. Mais cela laisse une marge de liberté aux deux fondateurs pour fixer les prix qu’ils souhaitent.

 

Pay what you want

Ils ont décidé de partir sur un principe – de plus en plus en vogue – de « pay what you want ». « On a décidé de partir sur ce système de prix libre car il faut réfléchir à comment la musique est consommée de nos jours, précise Deevai. Il y a de moins en moins d’achat sur les plate-formes type Beatport, donc il faut s’adapter et laisser le choix aux acheteurs de mettre le prix qu’ils souhaitent. C’est une manière d’éviter les téléchargements illégaux de titres en moins bonnes qualités ».

 

L’idée est louable et permet même d’envoyer un petit tacle aux grandes maisons de disque en dehors des réalités de l’époque. « Les gros labels ne savent pas comment s’y prendre pour faire de l’argent avec la musique, continue Deevai. Ils n’essayent que de fermer les sites de téléchargement illégaux ou font du lobbying avec Soundcloud. Je trouve qu’un label qui laisse le choix du prix des EPs, c’est juste superbe ».

 

 

Cela ne doit pas non plus déboucher sur l’effet inverse avec la profusion des téléchargements en choisissant de payer zéro euro, mais le système permet au plus grand nombre de consommer les titres sortis sur Carcères. Les ventes de disque ne permettant plus de vivre dignement en tant que producteurs, les revenus doivent surtout venir d’ailleurs et des bookings. Or, plus la musique est écoutée et circule – même gratuitement – plus elle permettra au label de développer son aura.

 

En attendant, avec déjà deux très bonnes sorties au compteur, Carcères commence doucement à s’installer dans le paysage hexagonal des labels. Proposant un style différent et déjà bien affirmé avec seulement deux EPs, il est assez fantaisiste de croire qu’il ne fera pas plus parler de lui dans un futur très proche.

 

Retrouvez les sorties sur le bandcamp du label

 

Romain Conversin

 

 

 

 

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