Chronique : Odezenne – Au Baccara

Chronique : Odezenne – Au Baccara

Il aura fallu trois ans à Odezenne pour cracher « Au Baccara », après avoir sorti « Dolziger Str 2 ». Trois ans d’attente pour les fans, qui pouvaient quand même se délecter du groupe en concert, puisqu’ils ont enchaîné les dates de tournée. Mais quand on écoute les morceaux de cet album, on se dit qu’on a bien fait de patienter.

Certains fans de la première heure seront décontenancés. A la première écoute, on l’a tous un peu été. Car ce nouveau disque d’Odezenne est très exigeant. Leur album « Dolziger Str 2 » avait déjà permis de négocier le virage de l’esthétique rap electro façon TTC à quelque chose de plus suggéré et mélodique. Avec « Au Baccara », le groupe se lance dans un carrefour aux mille chemins. Entre pop, electronica, rap et chanson française. Bref, au lieu de catégoriser cet album avec une centaine de genres et sous-styles, disons le clairement : nous sommes face au son d’Odezenne, tout simplement.

 

Esthétique seventies

Le son d’Odezenne a bien mûri avec les années. Dans « Dolziger Str. 2 » on a senti que Mattia – qui compose les instrus – avait passé un cap. Il s’était d’ailleurs longuement entretenu avec nous sur le processus de création de l’album. Pour « Au Baccara », le groupe a décidé d’enregistrer le disque à Londres, au sein du légendaire Studio Konk, créé par le groupe The Kinks. De nombreux artistes de renom y ont travaillé comme Franz Ferdinand, Elvis Costello ou les Bee Gees. Cette incursion en Angleterre leur a surtout permis de mixer le CD sur bande, ce qui confère une atmosphère très seventies à leurs morceaux.

 

Si les trois Bordelais ont décidé de nommer cet album « Au Baccara », c’est en partie une référence au jeu célèbre des casinos. « ‘Au Baccara’ ça a un rapport avec le jeu oui. À la base ça vient dans le morceau ‘Au Baccara’ sur la phase ‘Oh marie marie moi, au Ba au Ba au Baccara’ parce que ça sonnait bien, expliquent-t-ils dans un article de Paris Match. Et puis, en effet, il y a ce côté ‘n’ayons pas peur de miser’. C’est un peu le jeu roi au Casino, où tu peux miser soit contre la banque soit pour toi, et miser très gros. On trouvait déjà l‘expression hyper jolie. Et en plus de ça, pour nous, ça représente une petite philosophie de vie »

 

 

Ecouter un album d’Odezenne, c’est être attentif à deux grilles de lectures. Le travail d’orfèvre de la composition des mélodies et la précision à outrance de chacun des textes. Ce qui marque dans les productions du groupe, c’est que les mélodies sans aucun chant pourraient faire des morceaux à part entière. La prod n’est en aucun cas le faire valoir des deux paroliers.

 

Mélancolie latente

Côté purement mélodique, les ambiances varient entre chaque morceau. Reste en toile de fond, la mélancolie latente et le côté lancinant des productions. Une mélancolie que l’on retrouve particulièrement dans l’instumentale de « Au Baccara » où l’on entend un synthé nébulaire qui ressemble beaucoup à celui utilisé dans la mélodie « Ciao Ciao » de Dolziger Str. 2. On fait quand même face à un rythme dopé techno dans « Bébé », une esthétique plus trip-hop dans « Bonnie » et un côté pop acidulée dans « Pastel ». Dans la plupart des morceaux, les synthés sont distillés à la perfection. C’est assurément l’arme forte de Mattia.

 

Mais les textes d’Odezenne pourraient aussi se suffirent à eux mêmes. Entre allitérations, jeux avec les mots, Alix et Jaco dessinent les contours de la poésie du XXIe siècle. De quoi être obligé de lire les textes en même tant qu’ils sont déclamés par les deux chanteurs. C’est ça aussi la véritable expérience d’écoute d’Odezenne. Les thèmes de ce quatrième restent fidèles à ce que raconte le groupe depuis plusieurs années. Il y a l’amour bien sûr (Nucléaire, Lost), mais aussi les conventions sociales, détruites dans Bébé par un Jaco, qui préfère se comporter comme il le souhaite dans les dîners. Le terrorisme et les conflits armés sont également très présents dans l’album (En L, Bonnie). « Tu peux toujours brûler la ville / Le feu n’éveille pas les consciences ».

 

 

Jouer avec les mots permet aussi à Odezenne de produire des sons qui restent forcément en tête. Le refrain de « En L » va à coup sûr marquer les mémoires de par son rythme entraînant. Les voix graves et parfois déraillées de Jaco et Alix ajoutent encore un peu plus de musicalité à l’ensemble. On est sur un travail abouti du début à la fin.

 

Mais que serait un album d’Odezenne sans la tournée qui va avec ? On dit souvent des Bordelais – à raison d’ailleurs – qu’ils sont des bêtes de scène. Leurs morceaux prennent une dimension supplémentaire en live. Par exemple, « Souffle le vent » n’a jamais été aussi bon que chanté sur scène. Nul doute que cet album ne variera pas d’un iota sur ce constat. Ca tombe bien, les membres d’Odezenne lancent leur tournée le 8 novembre et seront notamment à Marseille le 17 novembre prochain au Cabaret Aleatoire. Et vous pouvez d’ores et déjà acheter vos préventes.

 

Toutes les dates de la tournée du groupe sont sur leur site officiel

 

Romain Conversin

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