Chronique : Rone – Mirapolis

Chronique : Rone – Mirapolis

Plus de deux ans après « Créatures », son troisième album, Rone propose son nouveau travail : « Mirapolis » sur le label Infiné. A travers douze titres, il offre sa vision de la musique, remplie de toutes ses influences pêchées au cours de sa carrière. Un condensé musical de ce qu’il sait faire de mieux. 

 

Difficile d’imaginer qu’il y a seulement quatre ans sortait « Tohu Bohu », le deuxième album de la carrière de Rone. Celui qui l’a vraiment fait atteindre une nouvelle dimension. Aujourd’hui, la musique de Rone s’entend dans une tonne de reportages télés et a même fait quelques incursions au cinéma (« Bye Bye Macadam » était notamment dans la bande annonce du film Et ta soeur de Marion Vernoux).

 

Sur son deuxième album, « Créatures », Erwan Castex s’est s’infiltré dans de nouvelles contrées musicales, explorant la porosité entre la musique électronique et la musique classique. Il a d’ailleurs fait appel à de nombreux musiciens extérieurs pour l’accompagner sur son disque. Une période musicale qui a connu l’apogée avec son live à la Philharmonie de Paris en janvier 2017.

 

 

Fort de ces différences expériences, Rone a digéré toutes ces pérégrinations sonores pour produire un album qui condense les influences, toujours sur le label Infiné, avec lequel Erwan Castex semble avoir un contrat à vie. Avec « Mirapolis », le producteur français s’est laissé allé à toutes ses envies. Il n’a jamais fait appel à autant de collaboration extérieure sur un disque et pourtant, jamais un disque ne lui a autant ressemblé. Michel Gondry pour peaufiner l’univers et réaliser la pochette de l’album. Et les musiciens John Stanier, Gaspar Claus, Bryan Dessner – ces deux derniers étant déjà sur « Créatures » et surtout, les voix de Saul Williams, Baxter Dury, Kazu Makino et Noga Erez, pour un des albums les plus chantés de Rone.

 

Si « Mirapolis » ressemble tellement à Rone, c’est qu’il rassemble toutes les influences que le compositeur a amassé sur le chemin de sa – jeune – carrière. D’ailleurs le titre Mirapolis ramène l’artiste à ses souvenirs d’enfance lorsqu’il passait devant cet ancien parc d’attraction de Cergy Pointoise dans la voiture de ses parents sans pouvoir s’y arrêter. S’imaginant ce qui pourrait s’y trouver, il a construit un univers propre qu’il déroule dans ce quatrième album. Il a également passé du temps sur les bords de mer pour faire naître l’atmosphère de ces douze titres.

 

Dès le premier morceau, ce qui frappe, c’est l’ambivalence entre luminosité, son cristallins et une forte mélancolie. « I Philip » fait rentrer l’auditeur dans un état semi conscient avec une ballade aérienne pleine d’émotion qui avait déjà figuré dans la bande originale de la série du même nom.

 

 

L’album regorge de rythmiques différentes sur chaque son laissant entrevoir la palette élargie de Rone. Dans « Lou », le producteur s’appuie sur un rythme de batterie pour donner le tempo à une mélodie dessinée par le cri de sa fille, Alice. Clin d’oeil familial. Lorsque le rappeur américain Saul Williams est en featuring, Erwan Castex dessine une esthétique plus hip-hop pour l’accompagner dans « Faster ». Au contraire, « Everything », toujours avec Williams, s’appuie plus sur la seule voix du chanteur, laissant vacant tout le spectre bas du morceau. Seule la mélodie atmosphérique demeure.

 

En fin de compte, tout au long de l’album, Rone alterne entre rythmes enlevés comme dans « Origami », « Brest » ou « Mirapolis » et tempo beaucoup plus doux : « Spank », « Switches » et « Wave ». La ligne directrice réside dans le travail de Rone sur les accords et les arrangements dans les aigus. Laissant pointer toute la mélancolie qui coule de chaque morceau. Les sonorités enfantines demeurent avec les années et apposent la patte Rone à cet album. Avec le morceau « Mirapolis », Erwan Castex fait même une énième entrée dans la rythmique techno. Pour ne pas oublier que c’est par cette fenêtre qu’il a vécu ses tous premiers succès.

 

Comme souvent, ce qui permet à un album de Rone d’accéder à la reconnaissance totale, c’est de l’écouter défendu en live. Pour le présenter, le producteur jouera le jeudi 2 novembre au Pichfork. Une date surprise pour écouter l’album en avant-première avant sa sortie et avant une tournée mondiale.

 

Rone – Mirapolis [Infiné]

Sortie le 3 novembre 2017

Précommander l’album en vinyle ou en digital

 

Romain Conversin

 

 

 

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