Interview : Ae:ther

Interview : Ae:ther

Ae:ther est un nom qui parle à beaucoup d’aficionados des pontes du label Afterlife. Ses sonorités planantes, ses beats langoureux mais implacables font de lui une des valeurs sûres du label porté par Tale of Us et Mind Against. Basé à Berlin, l’Italien s’apprête à sortir l’EP « Stardancer », sur le label Crosstown Rebels. L’occasion de faire le point avec ce jeune père de famille, qui perce fort sur la scène électronique.

 

English version below

 

Tu fait tes débuts sur Crosstown Rebels, comment tu vois l’avenir avec eux ?

Je suis très excité et je travaille actuellement sur mon premier long format qui devrait sortir sur Crosstown cet été. C’était un processus très personnel de produire les sons pour l’album. Je cherche encore le nom idéal. Ce label a eu une influence sur moi. Probablement depuis la sortie de « Hitchhikker Choice » de Minilogue autour de 2006. J’ai vu des points communs entre ce disque et et moi même. Donc j’ai trouvé que c’était une bonne idée de contacter Damian (Lazarus ndlr).

 

Tu es clairement associé au label Afterlife. Cela t’as offert une belle visibilité. C’est quoi la suite ?

Afterlife, c’est là d’où je viens. Là où tout a commencé. En fait, j’ai commencé à produire ce style de musique il y a des années mais la scène électronique était différente à l’époque. On dirait que ça a tourné vers ma direction maintenant. La suite, c’est de faire un nouvel EP avec eux. Complètement différent et nouveau par rapport à ce qui a déjà été fait. J’espère d’ici à la fin de l’année.

 

 

Explique nous comment tu produis ta musique ? Comment parviens tu à avoir cette signature très onirique ?

Ce son particulier que j’ai aujourd’hui, je le construis depuis quatre-cinq ans maintenant. C’est comme un bagage personnel qui est devenu de plus en plus grand. Quand il est assez grand, tu peux voir qui tu es et ce que tu dois faire. En studio, j’utilise une approche différente. Je n’ai pas qu’une seule façon de faire. Parfois, je commence par les mélodies, les atmosphères, les drums ou avec une idée et j’essaye de les reproduire. Je rêve même parfois des sons, mais bon, ça n’arrive pas souvent. La plupart du temps, c’est compliqué de reproduire la musique des rêves. Le subconscient est inconnu et infini. J’ai souvent hâte de dormir et de découvrir quelque chose de nouveau (rires). Depuis peu, j’essaye d’utiliser des nouveaux sons comme du piano, des sons orchestraux et d’instruments acoustiques. C’est assez stimulant quand un producteur de musique électronique passe une étape en utilisant des instruments qui ne nécessitent pas d’électricité. Bien loin de ce qui se fait en temps normal lors d’une session en studio.

Il m’arrive aussi d’ouvrir de très vieux projets et de les réarranger ou de créer des remix. J’ai fait quelques trucs intéressants ces cinq dernières années, mais la majorité n’étaient pas finis et ont terminé dans des disques durs poussiéreux. J’en ai perdu tellement… Je réalise aujourd’hui que mes idées étaient les mêmes mais c’est aujourd’hui que je peux m’exprimer vraiment comme je le souhaite.

 

Comment vient l’inspiration ? Tu te nourris d’autres musiques ou de l’art ? La nature ?

Je ne m’inspire pas de la musique d’autres artistes mais j’aime beaucoup. Je pense que mon inspiration vient de moi, pas des autres. Je ne veux copier personne. J’écoute de tout, du rock psychedelic, aux premières compositions de synthé analogues. De l’ambient à la world music des années 70. De l’italo disco à la trance et j’en passe. Pour moi, l’important, c’est l’ambiance. L’espace est essentiel : j’ai besoin du bon environnement pour faire de la musique. C’est beaucoup plus dur de créer si je n’aime pas le studio ou la pièce dans laquelle je suis. De même que si je suis sous pression ou stressé par ce qui se passe dans ma vie, c’est contre productif. Avant de faire de la musique, j’essaie d’arranger tous les problèmes potentiels autour de moi et dans ma tête. Ainsi, je suis dans le bon état d’esprit. C’est la liberté dont j’ai besoin pour produire des sons. J’aime beaucoup marcher dans la nature ou près de la mer en écoutant de la musique dans mes écouteurs. Ça régénère mes sens.

 

Je trouve que le Djing est particulièrement ennuyant. Pendant des années j’ai joué de la hard techno de Berlin en mixant trois vinyles en même temps. Mais pour le moment je trouve que travailler avec mes propres sons est plus intéressant.

 

Tu as récemment rejoint une agence pour s’occuper de ta carrière. Quel importance ça peut avoir ?

Je pense que c’est important d’avoir du soutien. Je ne comprenais pas vraiment au début car je ne pensais qu’à la musique. Aujourd’hui, j’ai la chance de travailler avec un super agent et on fait du bon boulot ensemble. J’ai appris que si tu as quelque choses de gros qui arrive, tu as besoin de quelqu’un pour te pousser ou te soutenir avec les shows et tout le reste. En ce moment, je suis content avec mon management et mon agence.

 

Manager son image, être présent sur les réseaux sociaux, avoir un bon réseau… Ce sont des choses de plus en plus importantes pour un artistes. Tu penses quoi de tout ça ?

L’image ou la personnalité que l’on voit maintenant, c’est juste moi. Rien n’a été créé ou imaginé. Je veux rester naturel. Je sais qui je suis et je veux que mon identité corresponde à mes idées. Je me souvent comme dans un rêve éveillé. Ma musique est corrélée avec cette visualisation là. J’essaie de faire passer ça dans mes artworks ou mes vidéos.

Concernant les réseaux sociaux, je n’aime pas vraiment ça. Je pense que je suis un peu vieux jeu sur le sujet. Je pense que la plupart des choses sont un peu fakes sur les réseaux. Le web et la vraie vie n’ont rien à voir. Je ne suis pas une personne très ouverte et je suis très vite fatigué par des gens ou les endroits. Je préfère faire mes propres expériences plutôt que de perdre du temps sur les réseaux. J’utilise internet que pour contacter des amis.

 

Il paraît que tu te concentres plus sur les lives que sur les DJ set maintenant. Tu ne vas plus faire que ça désormais ?

Je trouve que le Djing est particulièrement ennuyant. Pendant des années j’ai joué de la hard techno de Berlin en mixant trois vinyles en même temps. Mais pour le moment je trouve que travailler avec mes propres sons est plus intéressant. C’est pour ça que je pensais que c’était une bonne idée de créer un live avec mes productions seulement. C’est l’un de mes plus grands projets récemment et je n’ai pas encore fini. Je pense que ça va grandir un peu à chaque fois que je vais le jouer en y ajoutant des sons et en faisant des petits ajustements. Le plus dur, c’est la sélection des morceaux. Si tu trouves le bon tempo, tu est bien et tu peux aimer le son. Après, c’est bien sûr important de jouer pour le bon public au bon moment. Pour moi, ce sera probablement à la Get Lost de Miami ce mois-ci (du 30 au 31 mars). J’aimerais jouer exclusivement live désormais, mais il va falloir un peu de temps pour que les gens voient tout le potentiel de mes lives.

 

 

Qu’est ce que tu penses des DJs basés à Berlin, mais qui n’y joue quasiment jamais ?

Je ne sais pas… Je n’y joue pas vraiment souvent non plus. Cela dit, je ne veux pas être un DJ résident et perdre la magie en jouant dans le même club chaque semaine.

 

Tu as régulièrement dit être rejeté à Rome quand tu étais jeune. Tu y es retourné depuis ? Comment ça se passe aujourd’hui ? Tu penses y revenir définitivement un jour ?

Non j’ai toujours du mal à jouer là et honnêtement je commence à perdre mon envie d’y réussir. Même si je ne peux pas nier que j’aimerais être de retour dans ma ville pour un show. Peut-être qu’il y a besoin de plus de temps avant que j’approche Rome à nouveau. Ça n’a pas l’air d’être le bon moment pour moi. Aussi à cause de la situation politique. Je pourrais facilement devenir un artiste activiste contre l’actuel gouvernement et perdre ma concentration sur ce que je veux réellement faire. Peut-être qu’un jour, si quelque chose change dans le pays, j’y réfléchirai.

 

Plusieurs artistes ont sorti des morceaux avec un son clairement similaire au tien. Comment ça t’affecte ?

C’est plutôt drôle… Au début, j’étais vraiment énervé mais après en avoir parlé avec des amis, j’ai réalisé qu’il n’y avait aucune raison d’être mal. Au final, personne n’est moi, sauf moi-même.

 

Les ghosts producers sont quand même omniprésents dans l’industrie musical. T’en penses quoi ?

C’est une chose commune dans le business. Je connais beaucoup d’histoire derrière d’énormes morceaux de grands artistes de la scène. J’ai même reçu de nombreuses demandes de grands noms… Mais je ne suis pas comme ça. Tous mes morceaux ont une histoire et je suis trop attaché à mes tracks. Ce serait trop dur pour moi de donner mes morceaux à quelqu’un d’autre. Je ne veux pas gagner mon argent comme ça. Je préfère sortir mes morceaux avec mon nom. J’ai aussi reçu une demande pour sortir un pack de sample avec mon propre son. Au début, ça m’intéressant mais quand j’ai commencé à travailler dessus et à voir tout le potentiel que ça entraînait pour des futures productions, j’ai décidé que je ne le ferais pas.

 

 

Tu as un très jeune fils. C’est difficile pour toi de combiner le rôle de papa et d’artiste émergent ?

Il y a longtemps, ma grand-mère m’a dit qu’un enfant te donnait la prévoyance dont tu avais besoin dans la vie et c’est exactement ce qui s’est passé. Je suis devenu plus responsable et concentré sur des objectifs. Je suis tourné vers ma musique, je ne veux pas faire quelque chose que je n’aime pas pour gagner ma vie. Deux semaines après que mon fils soit né, j’ai écrit « Eclipse » et « Event Horizon ». Quelque chose de positif s’est passé en moi. C’est vrai que mon garçon a besoin de beaucoup de mon temps et de mon attention mais je trouve toujours de quoi produire chaque jour. De 10 heures à 16 heures, je suis seul dans le studio. Après ça, je deviens un père qui est disponible exclusivement pour son fils. C’est parfois un peu frustrant quand j’ai besoin de quelques heures de plus pour produire dans le studio. Mais je ne laisse pas ça entamer ma créativité. Au contraire, j’utilise le temps avec mon fils pour penser à ce que je ferais après ou pour voir ce que je peux arranger dans mes projets. C’est sûrement un très bonne pause dont a besoin mon processus créatif.

 

C’est quand la dernière fois que tu es allé en soirée dans le public ?

Mon dernier moment de rave, c’était en 2017. On a fait une première soirée au Griessmühle, à Berlin, où un de mes meilleurs amis travaille. Et après, on est allé au Berghain. J’aime bien y aller une fois par an plutôt que toutes les semaines. Sinon, l’endroit perd de sa magie pour moi. Mais ce club m’attire beaucoup, il transmet les émotions dont j’ai besoin. Je ne vais plus vraiment en soirée en ce moment, mais si j’ai une nuit de libre, vous savez où me trouver…

 

Dans le passé, tu produisais du son un peu plus dark, plus industriel. C’est quoi la suite sachant que tu dis souvent que ton son est en pleine mutation ?

Il y a quelques années, je pense que j’étais tout proche de faire carrière dans la scène techno underground, mais au final, je n’ai pas réussi. Après ça, j’ai commencé mon projet Ae:ther. Peut-être que si Afterlife n’avait pas existé, je serais un producteur de techno de Berlin actuellement. L’idée que j’avais en tête était de créer des mélodies au dessus de lignes de basse hard… Mais la plupart du temps, ça ne fonctionnait pas. Les drums étaient trop violents pour mes mélodies, tandis que les harmonies étaient trop célestes et méditatives. J’ai réalisé que c’était mieux de produire des beats plus doux. Un son avec un kick un peu plus doux marches mieux dans un gros club qu’un kick hard et sale…

 

L’EP « Stardancer » de Ae:ther sortira le 15 mars sur Crosstown Rebels : pré-commander.

 

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English version

 

How does it feel to make your debut on Crosstown Rebels and do you have any future plans with the label? 

Well I am excited of course and I am now working on my debut album that will see the light of day on Crosstown this summer. It’s been a really personal process for me to produce the songs for the album. I’m still looking for the right name. Watch out for more news very soon! The label itself had quite some influence on me. Probably since Minologue released “Hitchhikker Choice” around 2006. I saw similarities between myself and that record so I thought it was a good idea to get in touch with Damian.

 

You’re clearly associated with Afterlife. It gave you a great visibility. What’s the next step for you?

Afterlife is where I came from, where everything started. I actually made this kind of music years ago but the electronic music scene was quite different back then. Looks as if it changes into my direction now. The next step is to do a new EP with them. Completely different and fresh instead the usual stuff. Hopefully by the end of the year.

 

What is your way of producing music? How do you manage to have this really trippy signature today?

The signature sound I have today is something that I built since 4 or 5 years until now. It’s like a personal luggage that became bigger and bigger. When it’s big enough you can see who you are and what you need to do.In the studio I am using a different approach, I don’t have only one way. Sometimes I start with melodies or atmospheres, drums or with an idea and then I try to reproduce it. I sometimes even dream about songs, although that rarely happens. Most of the time it’s hard to replicate the music from the dream. The subconsciousness is unknown and infinite, I cannot wait to go to sleep and dream about something new hahah. Recently I’m trying to use new sounds like pianos, orchestral sounds, and other acoustic instruments. It can be quite stimulating when an electronic music producer goes the next step using instruments that are not using electricity… far away from the normal studio session.

I used to open very old projects too re-arrange them or create remixes. I made some interesting projects in the past 5 years, most of them were not finished and left on some dusty hard disks, I lost so many of them… I realize that my ideas were the same as now but now finally I can express myself the way I always wanted to.

 

 

How come the inspiration? You take it from another music or piece of arts? Maybe in the nature? Tell us more about the way you’re inspiring yourself.

I don’t take inspiration from others artist but I enjoy their music. I think my inspiration comes from myself and not from others I don’t want to copy anyone. I listen many different genres, from Psychedelic Rock to the first analog synthesizer compositions, from ambient musicians to 70’s world music, from Italo Disco to Trance music, and so forth. Another important factor is the ambience. Space is essential. I need the right environment to make music. It’s harder for me to create if I don’t like the studio or the room I am in that moment. Also, it’s really counterproductive if I am under pressure or stressed out by worldly issues. Before I do music I try to fix all potential problems around me and inside my head so I’m in the right state of mind. It’s the freedom I need to produce songs. I like take a walk through nature or on the sea-side while listening to music on my headphones. It’s regenerating your senses.

 

You recently joined an agency. Can you tell us more about your relationship with your agent? How it important for your career?

I believe it’s important to have support. I didn’t really get that point at the beginning. I was just thinking about the music. Today, I have the chance to work with a very strong agent, we are working really well together. I learned that if you have something big coming out you need someone who can push or support you with shows and everything else. At the moment I’m really happy that I have a strong team with by booking agency and my management.

 

To manage your image, to be on some medias, to have a good network. Those things are as important as the music today for an artist? What do you think about that?

The image or personality you see now is myself. Nothing was built or faked. I want to stay natural… I know who I am and I want to melt my identity with my ideas. I often feel like in a daydream. The music is correlated with visuals that I have in my mind. I’m trying to transfer this to artworks, covers, or videos.
I don’t really like using social media. I think I have an old mentality when it comes to this. I think most of it is fake. The web and the real life outside have nothing to do with each other. I’m not an open person and I quickly get bored by places or people. I prefer make my own experiences instead of losing time on social media. I use the web mostly to contact friends.

 

I found djing increasingly boring. I used to play hard Berlin Techno vinyls for years, mixing 3 record at the same time. But for the moment I find it more and more interesting to work with my own songs

 

We heard you are more focussed on your live now. Will you only perform live from now on? Can you tell us more about it?

I found djing increasingly boring. I used to play hard Berlin Techno vinyls for years, mixing 3 record at the same time. But for the moment I find it more and more interesting to work with my own songs, so I thought it was a good idea to create a live set only with my own productions. It will be really fun! This live set is one of the biggest projects for me recently and it’s not finish yet. I supposed it’s growing a bit each time I perform, while adding sounds and making minor tweaks. The difficult part is the selection of the tracks. If you find the right flow you’re nearly there and you can enjoy your sound. Of course it’s also important to play for the right crowd and at the right venue. For me this will probably be at Get Lost in Miami this month.

I would like to perform only live these days, but I guess I need to wait a bit before people see the full potential of my live set.

 

What do you think of so called ‘Berlin-based’ DJs who actually never play in Berlin?

I don’t know… I’m also not playing here very often. That said, I don’t want to be a resident DJ and loose the magic while playing at the same club every week.

 

You said in an interview that you were rejected in Rome when you were young. Did you came back to play there since? Do you plan to come back to live in this city one day or another?

No, I still have difficulties to play there and to be honest I’m losing my interest even if I secretly cannot deny that I would like to be back in my city for a show. Maybe it needs some more time until I can approach Rome again. It doesn’t seem to be the right time for me there, also because of the political situation. I could easily become an activist against the current government and lose focus from what I really want to do. Maybe one day, if something will change in the country, I will think about it.

 

 

 

When is the last time you went to an event as a raver, on the other side of the decks?

The last time raving was in 2017. We had a pre-party at Griessmühle Berlin, where one of my best friend is working. After that we move to Photon night at Berghain. I like to go there once a year instead of every week. Otherwise the place would lose its magic to me. That club attracts me a lot. It conveys the emotions I need. I don’t really go raving anymore, but If I have a free night, you know where you can find me…

 

We know you used to produce a quite darker, more industrial sound. What is the following of your sound as you said you were in constantly mutation?

A few years ago I think I was nearly there to make it in the Techno underground scene but ultimately it never happened. After that I started my Ae:ther project. If Afterlife didn’t exist maybe I would be an Industrial Techno producer from Berlin now. The idea I had in mind was to create melodies on top of hard beats, but most of the time it didn’t work well. The drums were to hard for my melodies, and the harmonies too celestial and meditative. So I realised it might work better to produce softer beats instead. A song with a soft kick works better in a big room club than a hard messy kick…

 

Ae:ther new EP « Stardancer » will be out by 15 march on Crosstown Rebels : preorder.

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