Interview : Alex Niggemann

Interview : Alex Niggemann

Loin d’être un nouveau venu sur la scène électronique, Alex Niggemann essaye sans cesse de se mettre en danger. Détestant la routine, il regarde l’industrie avec beaucoup de lucidité. C’est d’ailleurs ce qui fait tout l’intérêt d’un personnage difficile à ranger dans une seule case. Le producteur allemand sort un EP le 26 avril sur son label AEON. Intitulé Love, Music, People, le disque représente l’envie de renouveau du producteur berlinois.

 

English version below

 

Parle nous un peu de ton nouvel EP, qui va sortir sur AEON. Quelle est l’histoire derrière ? 

Pour être honnête, j’avais envie de trouver un moyen de me libérer des attentes. Je trouve qu’avec les productions qui sonnent de manière identique sur Beatport, je tombais dans un piège de faire une musique qui rentrait dans un cadre trop délimité. Je pense que c’est une erreur, donc j’ai décidé de passer un après-midi à écouter mes anciens disques à la maison. Pour me remémorer ce qui m’avait donné envie au début de ma carrière. Ce n’est pas que je l’avais perdu, mais simplement que je n’avais pas réalisé que je me retrouvais piégé dans une jungle de musique où je ne me sentais pas vraiment à ma place. Et je suis donc revenu à ce que je ressentais au plus profond de moi et à comment ma carrière a commencé. De la house simple, de l’électro et des vibes italiennes. C’est donc le premier EP que j’ai terminé avec cette énergie renouvelée, avec quelque chose en plus.

 

On entend des sons retro et ce que tu dis confirme bien que tu es un artiste qui aime aller là où il veut, sans s’enfermer dans un style.

J’aime tous les styles de musique à partir du moment, où elle parvient à créer des ambiances différentes et procurer de l’émotion. Ce n’est pas que je n’aime pas ce que j’ai fait avant ou que je n’aime plus certains genres. Je suis juste fatigué d’entendre trop souvent les mêmes sons depuis longtemps. Je suis parfois frustré de subir la pression qui fait croire que tu dois suivre un chemin pour les gens comprennent ce que tu fais. Mes goûts musicaux sont vastes et mes productions doivent donc l’être aussi. Et parfois, je produis des musiques différentes suivant mon état d’esprit. Pour moi, étant donné que c’est mon travail et que je l’apprécie beaucoup, c’est aussi une question de passion et de liberté de créer.

 

Du coup, tu n’as jamais songé à créer des alias pour être plus lisible auprès de cette industrie ?

Pour quoi faire ? Je pense pas que les gens devraient acheter de la musique par rapport à un nom. Ils devraient le faire avec leurs oreilles et acheter ce qu’ils aiment. S’ils veulent catégoriser, ils devraient le faire avec le son qu’ils entendent et non avec mon nom. L’art est diversifié, il est différent, compliqué, parfois difficile à comprendre. Mon art est ma musique et il est diversifié. Les meilleurs artistes de tous les temps ne sont pas devenus si excellents parce que leur travail est tout le temps pareil. Ils ont une certaine façon de peindre, comme de composer, mais à la fin, tout ce qu’ils ont fait ne se limite pas à un seul style.

 

 

A quel point les influences musicales de ta jeunesse, comme le hip-hop ont une incidence sur ta façon de créer aujourd’hui ?

Ecouter d’autres musiques permet de garder ton horizon ouvert. Ce qui est vraiment très important quand les bases des musiques que tu composes sont souvent les mêmes. Cela apporte de l’inspiration et permet de rappeler que tu peux aussi essayer des choses. Quand je disais que c’était bien de revenir aux racines : le hip-hop que j’aimais, était aussi influencé par le funk, la soul ou le R’n’B. J’ai besoin du facteur musical, du swing, du groove. Comme j’en ai besoin dans la musique électronique.

 

Comment tu parviens à trouver l’inspiration aujourd’hui ? Tu as besoin d’images ou d’autres musiques ?

Mon état d’esprit surtout. Mais oui, d’autres musiques représentent une des plus grandes source d’inspiration. Sauf que si tu ne ressens pas une forme de paix intérieure et que tu ne parviens pas à te dire que l’art ne connaît aucune frontière, tu ne peux pas. Le succès va et vient, mais on se souviendra de l’art.

 

Revenir aux fondamentaux de la techno et de la house va vraiment aider ce courant musical et va finir par rafraîchir la scène pour encourager des programmations plus diverses et plus intéressantes.

Tu as appris le piano quand tu étais jeune, tu as aussi un diplôme d’ingénieur du son. Comment ces connaissances affectent ta manière de produire ?

Cela m’a beaucoup aidé pour comprendre comment certaines choses doivent être faites. Pour réussir à faire ce que je voulais vraiment faire et obtenir des résultats le plus rapidement possible. Rien n’est moins créatif que de peaufiner un son pendant des plombes, quand tu as une idée dans la tête. Avec le temps, j’ai aussi appris qu’il n’y a pas de moyen parfait de faire quelque chose. Il n’y a que ta manière de faire.

 

Tu es dans l’industrie musical depuis plusieurs années et tu as notamment évoqué le sommet qu’a atteint la scène électronique aujourd’hui. Tu as aussi dit que la bulle allait finir par exploser. Tu crois que ce serait une bonne chose pour le renouveau de la scène ?

C’est marrant que tu poses cette question dans la période que l’on vit actuellement. Je pense que le niveau qu’a atteint la musique électronique aujourd’hui ne peut pas être dépassé. Les foules sont énormes, les cachet des DJs sont aussi élevés que des rock-stars mais beaucoup de clubs ne peuvent pas tenir, car ils ont du mal à payer des DJs majeurs. Tout le monde se rend sur des événements, la plupart de la musique qu’on entend en radio, c’est de la dance music et des entreprises achètent des places de DJ dans les festivals pour leurs mascottes. Les gens payent 200 euros ou plus pour un billet en festival. Je pense que ce n’est pas bon et que ça va finir par s’arrêter. Je pense que revenir aux fondamentaux de la techno et de la house va vraiment aider ce courant musical et va finir par rafraîchir la scène pour encourager des programmations plus diverses et plus intéressantes.

 

L’EP Music, Love, People d’Alex Niggemann sort le 26 avril sur AEON. Pré-commander.

 

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English version

Tell us more about the new EP you’re going to release on AEON. How was it composed ? What is the story behind it?

To be honest I’ve been in the mood to find a way to free myself of expectations. I feel that recently with so many tracks on Beatport sounding homogenised I was falling into the trap of trying to make music that fitted into a pigeon hole – I think that’s always a mistake so I decided to spend an afternoon listening to my old records at home and remembered the vibe that got me hooked in the first place. It wasn’t that I had lost it, it was just that I didn’t realize that I caught myself in a jungle of music where I didn’t feel at home. And so I got back to what I feel from my head to my feet and how my career started. Simple house, electro and italo vibes. So this is EP No.1 with this renewed sense of energy with much more now in the can.

 

The sounds are a bit retro. Does this confirm that you’re an artist who loves to go where you want to be not only only techno and house.

I love all kinds of music as music creates different vibes and emotions.
It’s not that I don’t like what I did before or I that I don’t like certain sub genres anymore. I just get tired of hearing too much of the same sounding music for too long. I do get frustrated sometimes by the pressure feeling like you need to follow just one lane so that people understand what you are about. My music tastes are broad and so it follows that my productions should be too. And I also produce different music due to different moods and for me, whilst this industry is my job and one I enjoy very much, it’s also about passion and the freedom to create.

 

Have you thought about create some alias to be more easy to understand by the industry? Why?

I don’t feel that people should buy music just for a name – they should buy with their ears and they should buy what they like. If they wanna categorize, the should do by the sound of it and not by my name. Art is diverse. Art is different, complicated and sometimes hard or not to understand. My art is my music. And it is diverse. The greatest artists of all time didn’t become so great, because all their works looks the same. They have a certain way of painting, same as I have in composing, but in the end the range of what they did is not limited to only one style.

 

 

At what point your early musical influences like hip hop are having an incidence on your way of making music today?

Listening to other music keeps your horizon open. Which is especially needed, when the basis of the music you produce is mostly the same. It gives you inspiration of what you could also try. As I spoke about going back to the roots before. The Hip Hop that I liked was always funk, soul or R’n’B influenced. I need the musical factor. The swing. The groove. Same as I need it in electronic music

 

How do you take your inspiration today? You need some images, other music?

My mood mostly. But yes of course, other music is definitely the biggest inspiration. But that doesn’t help if inner peace isn’t there and make yourself aware that art knows no boundaries. Success will come and go. Art will be remembered.

 

Going back to the fundaments of what techno/house really stands for will help the music and ultimately refresh the scene as a whole to encourage more diverse and interesting lineups.

 

You’ve learned piano when you were young, you’ve also graduated in audio engineering. How does those knowings affect the way you produce music?

Is it difficult to combine a form of spontaneity and the perfectionnism coming from your knowings? It helped a lot in terms of understanding how certain things need to be done, to accomplish how I wanna have them sound or feel like – to get the fastest way to the result, as nothing is more uncreative than tweaking on one sound for ages, when you have an idea in your head. With time I also learned that there is no perfect way of doing something. There’s only your way.

 

You’ve been in the music industry for several years and I’ve found interesting that you spoke about the peak we’ve been living today. Like 96. You have also said that one day the bubble will explode. Do you think it would be something good? Maybe about the renew of the scene and the sound?

Interesting that you come up with this question during the period we are in at the moment. I feel like the level electronic music reached right now can’t be topped. Crowds are huge, DJ fees are Rockstar like, but lots of clubs are struggling, as they can’t afford headline DJ’s anymore. Everyone goes “raving” at events, most of the music you listen on the radio is dance music, companies buy DJ slots on festivals for the mascots. People pay 200 and more euros for an event ticket and go to raves, to listen to the same line ups over and over again. I feel that this can’t be healthy and that this hype will come to an end. I do believe going back to the fundaments of what Techno/house really stands for will help the music and ultimately refresh the scene as a whole to encourage more diverse and interesting lineups.

 

Music, Love, People EP from Alex Niggemann will be released on AEON the 26th april. Preorder.

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