Interview : Anetha nous parle de Blocaus Series

Interview : Anetha nous parle de Blocaus Series

Quand on brosse le portrait de la techno à la française, il y un nom qui revient régulièrement depuis quelques mois, celui d’Anetha. La productrice basée à Paris est impliquée depuis le début dans le projet Blocaus, qui va bientôt se décliner en label. Une plate-forme dans laquelle Anetha rêvetira l’habit de co-manager, sans pour autant mettre de côté ses besoins de production puisqu’elle sera à la tête du premier EP à sortir sur le label aux alentours d’octobre. Un programme plutôt alléchant que la DJ française nous explique plus en détail dans un entretien où son envie de voir le positif ressort à presque chaque question. Rafraîchissant.

 

Tu es DJ résidente du Blocaus à Paris depuis quelques temps maintenant ? Comment se sont passés tes premiers contacts avec le crew ? 

Je fais partie de Blocaus depuis le début, ça fait quatre ans maintenant ! Le projet, nous l’avons monté et continuons à évoluer ensemble. J’ai rencontré Farouk en soirée à Paris, nous avons tout de suite compris que nous avions le même engouement pour la musique électronique et plus particulièrement la même envie de contribuer au développement de la scène techno en France. C’est donc en 2012 qu’a été créé le collectif Bloc (aujourd’hui devenu Blocaus), qui est managé par Farouk et son grand frère Mehdi.

 

Une résidence on dit souvent que c’est bien car ça permet de gagner en mise en lumière mais aussi parce que tu peux jouer régulièrement et avec des DJs très côtés. Pourtant, il n’y a pas un peu le revers de la médaille de perdre en liberté ?

C’est vrai que depuis le début, cela m’a beaucoup apporté, m’a permis de jouer sur des gros line-ups, dans des super lieux, et de me faire un nom assez rapidement dans le milieu. Mais aujourd’hui, je prends toujours autant de plaisir à jouer pour les Blocaus alors même que je tourne très bien en France et à l’international à côté. Ce n’est pas incompatible, au contraire !

 

Tu te vois résidente toute ta vie ou tu te dis que tu auras besoin de changement un jour ou l’autre ?

Je ne vois pas du tout cette résidence comme un fardeau. Mais plus comme une famille que j’adore retrouver quasiment une fois par mois maintenant. Nous avons pris au sein de Blocaus deux nouveaux DJs/producteurs : BLNDR et AWB afin que le crew s’agrandisse progressivement et qu’on puisse offrir un plus large choix d’artistes. On s’entend tous super bien, le projet a bien grandi, nous avons maintenant des résidences un peu partout en France, des soirées à l’étranger… Donc bon, pourquoi changer ? (sourire)

 

Blocaus c’est également un label qui va tout bientôt se déployer avec un EP prévu pour octobre. Pourquoi avoir décidé d’ouvrir cette structure ?

L’envie d’évoluer, de se diversifier et de ne pas se cantonner à l’organisation de soirées. Pour nous, le label s’inscrit dans le prolongement de l’idéologie des soirées, avec pour objectif principal de promouvoir la scène française, et de constituer une réelle plate-forme d’expression pour les producteurs talentueux, et ce quelque soit le style de techno qu’ils produisent.

 

 

Ce n’est pas un peu casse gueule l’ouverture d’un label avec tous ceux qui s’ouvrent ces derniers temps ?

Oula, c’est super pessimiste comme question (sourire). Je pense sincèrement qu’il y a de la place pour tout le monde, et que si on peut contribuer à l’effervescence actuelle, aussi bien côté soirée que production, ce serait génial.

 

En fait, j’ai l’impression que chaque artiste est voué à ouvrir son propre label aujourd’hui, même les plus jeunes sont presque dans l’optique d’ouvrir un label avant même d’avoir des prods qui tiennent la route. Tu expliques cela comment de ton côté ?

C’est vrai qu’il y a beaucoup de projets et de labels qui se montent en ce moment, mais on ne va pas se plaindre, au contraire. Chacun fait ce qu’il veut après tout. Je pense qu’il y de plus en plus de passionnés par cette musique, et que tout le monde veut essayer d’apporter sa pierre à l’édifice. Ce n’est parce que tu ne produit pas, que tu ne peux pas manager un super label. Après, je pense qu’il ne faut pas voir ça comme une mode, mais comme un réel projet réfléchit. Pour nous ça nous semblait être le bon moment en tout cas (sourire).

 

En tant que co-manager, quelles seront tes tâches pour gérer la structure ?

Je sélectionne les artistes, et les tracks que nous allons sortir avec Farouk. Après, étant architecte de formation, toute la partie artwork et identité graphique est aussi très importante pour moi. J’apporte mes idées, que nous essayons ensuite de réaliser avec Farouk et notre graphiste Pierre. L’idée du label est basée sur une réelle collaboration à la fois professionnelle mais surtout humaine. Alors certes, ce n’est pas toujours si simple, car même si on va tous les trois dans la même direction, il y a parfois des concessions à faire sur des idées sur lesquelles on n’est pas toujours d’accord. Mais c’est aussi ce qui nous fait avancer. Je serais aussi bien sur présente côté production, avec notamment la sortie du premier EP, composé de trois de mes tracks, et d’un remix du talentueux Stranger.

 

Tu n’as pas peur de perdre du temps que tu aurais pu dédier à la création musicale ?

Je ne pense pas que ce soit incompatible, il suffit juste d’être bosseur, et ça ne me fait pas peur.

 

 

Tu as sorti fin 2015 un EP sur le label de Spencer Parker avec le désormais célèbre track « Drive With a Dead Girl ». Tu peux nous parler du processus de création de ce morceau qui est devenu un hymne ? 

Le titre est tiré d’un des épisode de Twin Peaks. Cette série m’a beaucoup inspirée pour mon premier EP. J’ai voulu créer un synthé « trancy » comme élément majeur du morceau, et y ajouter une voix un peu lancinante, intrigante, new wave. Je suis sans arrêt en train de piocher dans tous les styles musicaux qui ont forgé ma personnalité depuis petite. Cette phrase est tellement clichée mais j’assume (rires).

 

D’ailleurs ton son est particulièrement intéressant avec ce côté très noir mais aussi cette volonté de garder une touche très colorée de part le groove et cette musicalité qui tranche avec la techno totalement sombre. C’est quoi ton crédo premier quand tu composes ? Tu as besoin de garder un lien fort avec le dancefloor, je me trompe ?

Je suis DJ à la base, dont le but est de faire danser les gens, ça doit forcement se ressentir dans mes productions. Après, tout comme on peut danser de mille façons, on peut produire de la techno de mille façons. Et c’est ça que j’essaie de travailler, cette diversité des styles.

 

On sait que tu as joué de temps à autres à Berlin et c’est une ville que j’apprécie particulièrement pour y avoir vécu. Tu peux nous raconter quelques-unes de tes expériences là-bas en tant qu’artiste ou même en tant que membre du public ?

C’est une super ville et qui comme on le sait tous, a beaucoup apporté à la scène techno mondiale. Il y a plus de marginalité et moins de codes dans les soirées berlinoises. Je pense qu’on vient chercher une sorte de liberté temporaire en venant faire la fête à Berlin en tant que Français (même si c’est de moins en moins vrai). Lors de mes prestations au Trésor ou à l’About Blank, il y avait une super ambiance et la sensation de perdre la notion du temps !

 

Tu as vécu également à Londres pendant quelques mois. Tu peux nous raconter l’ambiance dans la capitale anglaise ? On a quand même moins d’écho de cette frange géographique concernant les soirées électroniques que d’autres pays d’Europe…

C’est vrai que la communauté techno est très petite à Londres, mais du coup on se sent très vite proches les uns des autres. Et puis il y a le Corsica Studio, un des clubs underground que je préfère et où j’ai eu le grand plaisir de jouer lors d’une Jaded, c’était une expérience géniale.

 

« Un rapport de confiance est en train de s’établir entre organisateurs et pouvoirs publics, qui ne peuvent que constater le bon déroulement de ces évènements. »

 

D’ailleurs, on peut évoquer Paris, qui s’impose de plus en plus comme LA ville de la techno en Europe avec une augmentation énorme du nombre de clubs et d’évènements éphémères ayant attrait à la musique électronique. Comment tu vis ça, toi, de l’intérieur ? Tu te dis pas que tout va tellement vite que cela pourrait éclater très rapidement pour redevenir un phénomène marginal comme au début des années 2000 ?

Je ne l’espère pas, et je pense que l’ampleur est quand même toute autre que dans les années 2000. Aujourd’hui, les organisateurs savent s’entourer et travaillent directement avec les autorités et les politiques, afin de construire des projets intelligents. Un rapport de confiance est en train de s’établir entre organisateurs et pouvoirs publics, qui ne peuvent que constater le bon déroulement de ces évènements.

 

Qu’est ce que tu nous concocte pour la fin 2016/le début 2017, quelques projets secrets en cours ? 

Beaucoup de dates en France et à l’étranger. De nombreuses sorties à venir, notamment mon EP sur Blocaus Series, et la réalisation d’un nouveau clip vidéo pour l’occasion. Mais aussi une track sur une compilation Red Bull, un various artistes sur le label hollandais Anagram, un remix pour un duo parisien…

 

Quiz express

 

Vinyle ou digital ? Les deux.

 

Plutôt before ou after ? Les deux (sourire)

 

Live ou DJ set ? Dj set, le live viendra sûrement plus tard !

 

Le dernier film que tu as vu ? Demain.

 

Le dernier livre que tu as lu ? L’incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage de Murakami.

 

La dernière série que tu as vue ? Stranger Things, la fofo !

 

Ton morceau fétiche du moment ? toutes les productions de Aleksi Perälä.

 

 

Le morceau qui ne te quitte jamais depuis des années ? Joey Beltram – Energy Flash.

 

 

Le LP qui t’as marqué en 2015/2016 ? Donato Dozzy – The Loud Silence sur Further Records.

 

Le lieu où tu as joué qui t’as le plus impressionné ? J’ai adoré jouer à Helsinki pour le crew Deep Space au Kuudes Linja.

 

Le lieu où tu rêves secrètement de jouer ? Le Labyrinth festival au Japon.

 

Ta plus grande peur ? Black Phillip, l’enfer !

 

Au fond, le bonheur le plus simple c’est quoi ? Burrata – Club maté – Pastèque en mode QLF.

 

 

Romain Conversin

 

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