Interview : BEC

Interview : BEC

Après seulement deux maxis sortis, BEC a déjà insufflé son souffle sur le monde de la techno. La DJ britannique est la protégée de Pan-Pot et de leur label Second State. Avec sa techno dure, musicale et très rythmée, BEC a le profil pour réussir longtemps sur le label et dans l’industrie techno, très friande de ce genre de profils. Désormais dédiée à la musique à plein temps, l’artiste va augmenter sensiblement sa fréquence de sorties dans les mois à venir. En attendant, celle qui a commencé comme DJ, continue de tourner un peu partout et elle va jouer du côté de la Machine du Moulin Rouge à Paris le 24 mai.

 

En 2015, Pulse Magazine t’as placé dans le top 10 des meilleures femmes DJs underground. Est-ce que mentionné le genre dans un classement est toujours judicieux ? On a bien vu récemment qu’Emma Watson a reçu le premier prix de l’histoire non-genré. Tu penses qu’on devrait casser cette barrière dans les classements ?

Je préfère que le genre ne définisse pas qui je suis ou n’importe quel autre fille. Nous sommes des artistes. Si on regarde l’histoire de la musique électronique, bien sûr qu’on peut dire qu’il y a plus d’hommes que de femmes. Cependant, cela change beaucoup et je me sens entourée de gens positifs dans le milieu, que ce soit des hommes ou des femmes. Je vis à Berlin près d’une communauté de nombreuses DJs féminines comme Juliet Fox, VONDA7, et Capello. Je suis très fière de ce qu’elles réussissent à faire dans l’industrie des musiques électroniques.

 

Mais plus généralement, tu sens une vraie différence sur cette question de genre dans la musique électronique ?

Malheureusement pas tellement. Bien sûr, il y a bien plus de bons articles de presse mettant en avant les femmes dans la musique ce qui est bien. Mais il y a encore de la mauvaise presse. Je note toujours cette division des genres.

 

Justement je suis en train de nourrir cette différence en démarrant l’interview par ces questions. Finalement la vraie victoire sera quand tous les journalistes interrogeront les femmes et les hommes de la même façon.

Exactement, tu as raison. Presque toutes mes interviews démarrent par la question des femmes dans la musique. En fait, je pense que ça souligne encore plus le problème. Sans cesse étiqueter dans des catégories est notre moyen de définir l’impossible complexité de nos sociétés et environnement. Mais est-ce nécessaire de diviser les genres dans la musique électronique ? Je ne pense pas du tout. Et je suis impatiente de voir enfin les deux sexes perçus et représentés de la même façon.

 

Parlons de ton travail maintenant. Tu as attendu très longtemps avant de sortir tes premiers morceaux avec l’EP « Relentless ». Pourquoi avoir attendu aussi longtemps ? C’est un manque de confiance en tes morceaux ou tu souhaitais simplement prendre le temps de sortir des morceaux dont tu es satisfaite ?

Il y a plusieurs raisons. D’abord, j’ai commencé comme DJ et non comme productrice. Il y a beaucoup à apprendre et j’ai mis du temps à trouver mon son. C’est même d’ailleurs un processus sans fin car je passe mon temps à redéfinir et à faire mûrir mon son depuis que j’ai commencé. Ensuite, quand tu es aussi perfectionniste que moi, cela prend du temps, du cœur et de l’âme pour sortir quelque chose qui vaut vraiment le coup.

 

 

D’ailleurs, depuis « Relentless », tu as simplement sorti « After the Storm » en décembre 2016, puis un EP sur le label Hydrozoa le mois dernier. Donc à peu près un EP tous les six mois. Quel genre de compositeur es-tu ? Le genre qui fait beaucoup de morceaux et en sort peu ou justement quelqu’un qui en fait peu ?

Bien sûr, je fais des morceaux que je ne sors pas. Je travaillais comme freelance en tant que Art Director dans des agences de publicité, c’est pour cela que je ne sortais pas beaucoup de morceau. J’avais beaucoup de responsabilités et de pression dans ce travail et la musique n’était pas prioritaire. Il y a un mois, j’ai décidé de me consacrer totalement à la musique. Je suis très excitée de m’y mettre à fond et j’espère doubler mon nombre de sorties dans le futur.

 

Quelles sont tes habitudes en studio ?

J’aime beaucoup utiliser ma Roland TR-8 pour construire une bonne forme de percussion. Je trouve cela très intuitif et c’est très facile d’improviser avec. Pour le moment je me laisse aller avec mes idées. Je trouve que mon meilleur travail provient des incidents heureux, comme j’aime les appeler.

 

Ton son correspond à ce que peut sortir le label Drumcode. Cette plate-forme a une vraie audience depuis quelques années mais il semble que ce genre de techno commence un peu à être moins en vogue dans les tops et les artistes sont un peu moins bookés dans le monde. Qu’est ce que tu penses de ça ?

Je pense que c’est parce que Drumcode est tellement populaire que tout le monde connaît les sorties. Les morceaux peuvent être presque trop reconnaissables. Donc trop faciles à trouver à jouer. Je sais que moi, j’adore chercher des petits artistes et des morceaux encore inconnus. De cette façon, le public peut vraiment être surpris et confronté à de la nouveauté.

 

Récemment tu as joué au Sisyphos à Berlin. Raconte nous !

C’était l’un des meilleurs moments de toute ma vie derrière les decks. Je me sentais vraiment bien et comme à la maison à Berlin dans l’un de mes clubs favoris. J’ai pu jouer quelques classiques que j’ai toujours voulu jouer mais pour lesquels j’attendais le moment parfait. Par exemple, dans le lot, il y avait Papua New Guinea – Future Sounds Of London, mais aussi « Marionette » de Mathew Jonson. Je m’en rappellerais pendant un moment, c’était très spécial.

 

 

Quiz Express

 

Le dernier film que tu as vu ?

J’ai vu Hard Candy. C’est un film plutôt lent mais quand même très intense. Avec une jeune Ellen Page jouant l’actrice principale. Sa performance est à couper le souffle pendant tout le film.

 

La dernière série TV que tu as mattée ?

Je regarde les tout premiers épisodes de Madmen. J’ai entendu beaucoup de choses à propos de la série et je peux déjà dire que je vais aimer avec ce que j’ai vu. C’est à propos d’un des hommes les plus importants dans le secteur du business publicitaire à New York dans les années 60.

 

Le dernier livre que tu as lu ?

En ce moment, je lis « Der Klang der Familie : Berlin, Techno and the Fall of the Wall ». C’est un livre excellent. Je le recommande pour tous les fans de techno. Il raconte la riche histoire de la musique à Berlin et comment cela a permis de réunir l’Est et l’Ouest de l’Allemagne.

 

 

Le meilleur repas après un set ?

Souvent mes sets se passent tellement tard que je peux aller directement prendre un petit-déjeuner à l’hôtel après. Et j’adore ça. A l’anglaise, ça tape toujours dans le mille !

 

Où rêves-tu de jouer un jour ?

J’adorerais jouer sur la scène principale du Fusion Festival. C’est un endroit avec une ambiance extraordinaire et c’est clairement mon style de techno.

 

Avec qui aimerais-tu jouer un B2B un jour ?

J’aimerais jouer un B2B avec quelqu’un qui joue des morceaux inattendus pour créer des expériences mémorables. Comme Boris, le résident du Berghain. Ses connaissances musicales sont tellement vastes. Une fois, il a joué le morceau « Bolero » de Maurice Ravel lors du jour de l’An. J’adore ! Ce sont des moments magiques que la foule n’oubliera jamais. Ca donnerait un back-to-back tellement intéressant.

 

Quelle est ta plus grande peur ?

Si j’ai un set à une heure tardive, je dors souvent avant et je me réveille et pars direct pour jouer. J’ai toujours cette peur panique que mon réveil ne sonne pas et que je dorme pendant mon set. Cela serait mon plus grand cauchemar.

 

La chose la plus simple te rendant heureuse ?

Être dehors, dans la nature avec mes amis.

 

Romain Conversin

 

ArtworkAcheter des tickets pour la soirée à Paris le 24 mai

 

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