Interview : Breiin

Interview : Breiin

Anciennement connu sous l’alias Loran Valdek, Breiin a décidé de s’affranchir de cette expérience pour créer un nouveau projet. A prononcer « brain » comme cerveau en anglais, le nouvel alias du producteur français est une plongée au coeur de sa propre matière grise. On a d’ailleurs pu l’entendre fin 2015 avec la sortie de son premier album certifié « Breiin » sur le label Fondation Records. Intitulé « Relovution », le disque est une ode sombre mais non dénuée d’optimisme à l’amour. On a voulu en savoir plus sur l’homme, qui se cache derrière cette musique si profonde et on a donc posé quelques questions au producteur français sur cet album, son projet live et sur sa manière de retranscrire l’émotion à travers ses productions.

 

Techno Cadeau : tu as longtemps produit du son sous l’alias Loran Valdek. Tu étais arrivé au bout de ce projet ?

Breiin : oui, en quelque sorte. J’avais le sentiment d’être dépendant de certains automatismes, et l’inspiration n’était plus au rendez-vous. C’est une partie de moi qui est entre parenthèses aujourd’hui et si elle devait revivre, elle aura évolué elle aussi c’est certain.

 

Tu sentais que tu avais besoin de te lancer dans un tout nouveau projet pour continuer à t’épanouir ?

C’est exactement ça, justement pour casser mes codes. C’est venu petit à petit, jusqu’à comprendre que pour pouvoir évoluer, s’épanouir, il ne fallait pas hésiter à écouter ce qu’on ressent, quitte à perdre quelque chose qui pourtant nous sécurise tant.

 

Tu nous parles de la genèse du projet Breiin ? Comment t’es venue cette idée ?

Cette inspiration s’est imposée d’elle-même. Je me suis intéressé dans cette période à certaines facettes de ma personnalité que je n’avais pas encore abordées, entre autre ma spiritualité. J’ai ressenti que le temps commençait à ralentir dans ma perception de la vie, et en prenant le temps de l’écouter, j’ai commencé naturellement à descendre le nombre de BPM dans mes nouvelles compositions. J’ai retrouvé l’inspiration instantanément, sans rien forcer, alors je me suis laissé aller. Un nouveau champ était ouvert.

 

Tu n’as pas eu l’impression de repartir à zéro du coup ? Au niveau de la communication notamment…

Si ! Complètement. Mais la force de mon intuition et de mes nouvelles envies ont laissé une place secondaire à toutes ces questions. Le plus important était de se sentir totalement libre pour finir sereinement cet album.

 

 

Ça se prononce « Brain » comme le cerveau en anglais, pourquoi ce choix de nom là ?

Sans aucune mauvaise volonté, j’ai fait le choix de ne jamais en parler. J’aime l’idée que le public qui écoute ma musique puisse être interpellé personnellement, qu’il sente, s’interroge sur ce que ça leur évoque. De la même façon j’ai envie de laisser place à ce même imaginaire en ce qui concerne le pseudo Breiin. Je suis un défenseur du libre arbitre, et il me semble ne pas vivre dans un monde dans lequel on nous pousse à le développer. C’est une bonne occasion pour moi de pouvoir le faire ici.

 

Ta musique a une grande portée mentale dans l’album « Relovution » qu’on évoquera dans les questions suivantes. C’est donc cela l’essence même de ton projet, rentrer dans le cerveau des auditeurs ?

Ta question fait un peu suite à ce que je viens dire plus tôt, il n’est pas question de rentrer dans le cerveau de qui que ce soit. Il a fallu m’accommoder du mien et c’était déjà un beau bordel. Et puis, nous sommes tous si différents, si uniques. Non, la portée mentale de cet album est la pure expression de ce que je n’avais jamais osé exprimer auparavant, c’était le bon moment pour le faire.

 

Sous l’alias Loran Valdek, tu explorais également ce côté mental, mais tes morceaux avaient aussi une forte attirance pour les dancefloor. Ce n’est plus ton objectif premier de créer des objets musicaux faits pour danser ?

Dans l’approche de la composition, oui totalement. Je n’ai aucune envie de réfléchir si ça va être assez dansant. Ça a été une question difficile pour moi, puisque faire danser est une passion qui est née très tôt dans ma vie. La bonne nouvelle c’est qu’en travaillant le live de cet album, et en le jouant deux fois avec Fondation Records à Nancy et à Montpellier, j’ai découvert que je pouvais l’adapter au dancefloor et que ça fonctionnait bien, sans pour autant dénaturer l’ambiance posée au départ.

 

« Je pense que c’est par le biais de l’amour, du détachement de l’ego et de l’ouverture que nous trouverons les meilleures solutions pour notre évolution, si importante à opérer à notre époque en particulier. »

 

Relovution : ça parle donc d’amour, avec une allusion à une révolution. C’est quoi ? Une révolution sonore ou une révolution plus sociétale ?

D’avoir osé abordé cette révolution sonore m’a permis de découvrir énormément de choses. La première étant de ressentir que de ne pas rester sur ses acquis est une marque d’évolution, un besoin nécessaire qui colore définitivement le sens que l’on peut donner à la vie. Et à la sienne pour commencer. Oser être, sans aucun code, sans aucune attente, apprendre à se donner de l’espace. Puis à la moitié de la composition de l’album, j’ai rencontré l’amour, celui que l’on peut tous espérer dans sa représentation. Se crée alors l’envie de partager, de recevoir, en s’investissant sur l’intimité des différences de l’autre. C’est ici que pour ma part tout est lié, nous ne sommes pas qu’un. Au niveau sociétal, humain, la prise en considération de l’autre est fondamentale pour notre évolution. Nous avons tous envie et besoin d’un changement global à tous les niveaux.  Je pense que c’est par le biais de l’amour, du détachement de l’ego et de l’ouverture que nous trouverons les meilleures solutions pour notre évolution, si importante à opérer à notre époque en particulier.

 

Le côté joyeux de l’amour est en contradiction avec l’ambiance plutôt dark de ce LP. Pourquoi avoir choisi un titre plein d’espoir et avoir focalisé ta musique sur des contrées plus sombres ?

Cette contradiction apparente n’en n’est pas une en réalité. Nous nous faisons tous une représentation idéale de l’amour, où son apogée se dessinerait au sein de son utopie. C’est une facette sécurisante, réelle et nécessaire car elle représente la beauté de ce qu’il est au fond, c’est ce qui nous porte vers le haut. Mais ce qui est parfait dans la vie, c’est de vouloir comprendre que rien ne l’est. Il faut accepter les difficultés et les efforts à faire dans le temps pour tendre à cet amour, envers soi, envers l’autre, aussi beau soit-il. Accepter cette part de souffrance en contradiction de notre idéal est justement le meilleur moyen de se dépasser pour y parvenir, c’est un excellent moteur. C’est pour moi le propre de l’évolution, cet espoir dont tu parles dans ta question, et c’est très beau en soi.

 

Pourtant, la musique ambient est souvent catégorisée comme sombre, tu crois que c’est possible de créer de vrais morceaux ambiant à la fois puissants et lumineux ?

La musique ambient est souvent catégorisée comme sombre car elle fait appel à nos sentiments les plus profonds. Il est parfois difficile d’aller explorer ces ressentis car ce ne sont pas toujours les plus agréables. Ma sensibilité me permettant d’y aller me rappelle toujours que ça fait partie du vivant et qu’il ne faut pas le refuser. C’est ce ressenti que je trouve lumineux, il n’y a pas d’ombre sans soleil.

 

 

Combien de temps tu as mis pour composer cet LP ?

Environ deux ans et demi, c’était le temps nécessaire à cette histoire.

 

Quel était ton matériel en studio ?

Un clavier maître, un ordinateur et deux enceintes Dynaudio BM15-A.

 

L’artwork représente un fœtus. C’est un peu l’état de ce nouveau projet, qui vient de passer le stade de la naissance. A quoi peut-on s’attendre pour la suite ?

Je ne fais aucune projection sur ce qu’il va se passer par la suite. Je vais continuer à faire ce que je ressens mais suis tout de même déjà curieux de ce que ce sera dans l’avenir !

 

« Je suis très heureux du résultat de mon live car je me suis donné la liberté de ne pas reproduire à la lettre les compositions de l’album. »

 

Tu nous disais plus tôt que ton live t’avais permis de voir que ta musique s’avérait efficace côté dancefloor. Tu peux nous parler un peu plus en détail de ton live ?

Je suis très heureux du résultat car je me suis donné la liberté de ne pas reproduire à la lettre les compositions de l’album. Il y pas mal de passages dans lesquels il y a parfois 3 ou 4 séquences de morceaux mixés ensemble. Ça permet de créer la surprise et de pouvoir vivre différemment ce qui a été fait, c’est assez jouissif pour moi.

 

Comment cela se passe au niveau du matériel sur scène ?

J’ai un matériel simple. Un ordinateur, un Akai Apc Key25 pour lancer les séquences et un contrôleur Novation Lauchcontrol XL pour interagir avec les différentes pistes.

 

Tu auras aussi quelques effets lumineux et vidéo ?

Je n’ai pas rencontré encore la bonne personne pour développer ce projet, mais je suis friand de pouvoir étoffer mes futures représentations avec tout ça. Si je devais travailler un jour dessus je mettrai en avant quelque chose d’interactif avec le public, c’est une idée qui m’est chère.

 

Enfin, tu as noté sur ton Soundcloud que tu étais basé en Antarctique. C’est un endroit qui te fait rêver ?

Je déteste le froid. Mais c’est un no man’s land qui colle bien avec l’espace assez pur que j’ai voulu explorer. J’ai l’impression qu’on y respire, contrairement au désert.

 

 

Quiz express

 

Vinyle ou digital ? Les deux. Le plus important pour moi reste la musique, pas le moyen.

 

Live ou DJ set ? Les deux, ce sont deux plaisirs différents.

 

Le dernier film que tu as vu ? « I Origins » de Mike Cahill

 

Le dernier livre que tu as lu ? «Neale Donald Walsch – Conversations avec Dieu »

 

La dernière série que tu as vue ? « Last Man On Earth »

 

Ton morceau fétiche du moment ? « Stimming – Der Schmelz (David August Revision) »

 

 

Le morceau qui ne te quitte jamais depuis des années ? « Nils Frahm – Says », et ne me quittera jamais.

 

 

Le LP qui t’as marqué en 2015/2016 ? Ce ne sera pas un LP, mais un artiste, David August. Suis fan absolu.

 

Plutôt before ou after ? Le before après l’after. Non sérieux un peu des deux.

 

Le lieu où tu as joué qui t’as le plus impressionné ? A Cologne, le Fort XI. Un ancien fort revisité pour une soirée très intense !

 

Le lieu où tu rêves secrètement de jouer ? Pas très original, mais sur une plage au soleil levant j’avoue que ça me tente bien.

 

Ta plus grande peur ? Devenir sourd.

 

Au fond, le bonheur le plus simple c’est ? Réussir à lâcher prise.

 

 

Romain Conversin

 

Suivre Breiin : Facebook/Soundcloud

Crédit photo à la UNE : © LgRc

 

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