Interview : DNGLS, le Géo Trouvetou

Interview : DNGLS, le Géo Trouvetou

Ce n’est pas un secret, derrière l’alias DNGLS, se cache Maxime Dangles. Avec cet autre nom de scène, le producteur du sud de la France souhaite s’affranchir des barrières musicales et se tourne vers une production exclusivement par modulaires. On a voulu en connaître un peu plus sur le processus de production avec ces machines là. Surtout que Maxime en a créé lui même tel Géo Trouvetou. Mais parler trop machine, ça peut être rébarbatif, alors on a aussi posé des questions à DNGLS sur les influences culturelles qui l’ont aidé à produire son album « Lukarne ».

 

Techno Cadeau : avant toute chose, peut-on comprendre quelque chose aux modulaires si on n’a pas un instinct un peu geek à la base ?

Si on part du principe que l’on peut tout apprendre et comprendre si on en a vraiment envie, alors non il n’y a pas forcément besoin d’être un geek pour comprendre le modulaire (sourire). Le coté geek réside surtout dans le fait de se demander pourquoi on devrait s’embêter avec autant de câbles pour faire de la musique alors qu’aujourd’hui il existe Ableton ou Max/MSP… Là oui, il faut être un sacré geek ! Il y a aussi un coté addictif, beaucoup de modules, beaucoup de fonctions, on les veut tous !

 

Toi, comment tu t’es pris d’affection pour ces machines-là ?

Grâce – à cause aussi – de mon ami Paul (Nazca). J’ai eu une longue période où j’ai acheté beaucoup de synthés vintage, genre SH101, Pro One, Waldorf Wave, Arp Odyssey, Jupiter 6 pour ne citer qu’eux… Puis un jour j’ai eu l’opportunité d’acheter un System Doepfer à 100€ d’occasion. C’était il y a 6 ans a peu près. J’ai trifouillé et j’ai appris plein de choses pendant 1 an. Si bien que je suis tombé dedans. J’ai alors revendu tous mes vintages pour investir dans le modulaire. Après, il faut dire que ce n’était pas la folie comme aujourd’hui dans le marché des modulaires.

 

D’ailleurs tu as créé toi-même ton modulaire à ta sauce. Tu nous racontes d’où tu tiens ce côté mécano ? J’ai pas oublié que tu avais toi-même conçu ta propre borne d’arcade aussi. Ton amour de la construction des sons est-elle lié à a ton amour de la construction tout court ?

Oui j’avoue, il y a ce côté Géo Trouvetou qui me plait beaucoup, puis aujourd’hui avec internet tu peux tout apprendre ! Il y a aussi le « 8 Fablab » a Crest, c’est a vingt minutes de chez moi. La-bas il y a des fraiseuses numériques, des découpeuse lasers et des imprimantes 3D a dispositions. Je suis comme un enfant quand j’y vais. C’est très bon pour l’imagination et a la fois tu te lèves le matin, tu as une idée et tu la concrétises. c’est tellement enrichissant !

 

« J’aimerais finalement développer un coté plus barré avec DNGLS.  Je n’ai pas envie de m’enfermer dans quoique ce soit. »

 

Sous ton alias DNGLS, tu disais ne composer qu’avec des machines. Comment ça se passe pour produire du coup ? Tu es sans cesse dans l’expérimentation et dans l’auto-surprise à cause d’une maîtrise moins poussée des sons qu’avec des logiciels par exemple ?

C’est très rapide d’avoir une idée de base grâce au séquencer en fait (modulaire ou pas d’ailleurs). Je n’ai malheureusement aucune notion de solfège, mais j’ai peut-être la chance de ressentir des choses grâce aux notes. Donc quand je me retrouve devant un séquenceur, je tourne les boutons sans vraiment réfléchir, puis quand la séquence me plait, je la garde et j’harmonise autour de cette séquence. Évidement le touché aide beaucoup, c’est vachement plus fun de toucher un bouton, plutôt que de le faire bouger à la souris… Et cela permet d’aller plus vite, de faire plus d’erreur, et c’est souvent les erreurs qui sont bien cool !

 

C’est aussi pour ça que ta techno est plus brute qu’avec ton projet numéro 1 ?

Pas forcément, et d’ailleurs je ne pense pas faire que de la techno avec DNGLS (sourire). J’aimerais finalement développer un coté plus barré avec DNGLS.  Je n’ai pas envie de m’enfermer dans quoique ce soit. J’expérimente constamment depuis que je fait de la musique. Grâce au modulaire mais aussi à des nouveau VST comme ceux de Twisted Tools pour Reaktor par exemple, ou Max/Msp qui est vraiment ouf !

 

Ton premier album sous le projet DNGLS, baptisé « Lukarne » est sorti en 2016. Combien de temps tu as mis pour le composer en tout ? On sait que tu aimes bien prendre ton temps pour sortir un projet aussi costaud qu’un album.

En vérité, c’est aller assez vite pour celui là. Mon album « Résilience », avec le Led Live (ndlr : avec son autre projet) et aussi ma petite fille qui est née en 2015 m’ont apporté beaucoup de bonnes vibes de production. Alors ça ne veut pas dire non plus que ma musique est devenue hyper happy, mais j’étais bien en studio. Ce mois ci, cela fait dix ans que je fais de la musique tous les jours de la semaine et que je me produis en soirée le week end… C’est le plus beau métier du monde et j’ai une chance inouï de faire ça, seulement parfois en studio ça ne veut pas, c’est la galère, je n’ai pas d’inspiration… Alors que pour « Lukarne » c’était tout l’inverse, je faisais parfois deux ou trois morceaux intéressants par semaine, et au bout de 6 mois on avait l’album.

 

D’ailleurs chaque titre porte une signification à un film, une série. Je te le concède, j’ai pas tout trouvé. C’est important pour toi, ce lien à la pop culture ?

Le cinéma ou les séries sont une énorme source d’inspirations pour moi. Pas forcément la musique d’ailleurs, l’image, l’histoire ou les sentiments que j’ai eu en regardant un film, tout cela m’inspire. Je ne regarde plus la télé depuis 2 ans à peu près, trop de pubs, trop de déchet, ou de matraquage inculturel… Mais les films je ne pourrais pas m’en passer. Tous les midis pratiquement je prends une pose série ou film.

 

 

T’as forcément dû accrocher à Stranger Things si tu as eu le temps de regarder, je me trompe ?

Pffff la folie…. et d’ailleurs je conseille à toutes celles ou ceux qui aiment Stranger Things et qui aiment jouer au jeux vidéo : de jouer à « Among The Sleep ». Un de mes jeux favoris dans les plus récents. Tu es à la place d’un petit bébé qui part à la recherche de sa maman dans un monde complètement dark. Et il y a un monstre affreux qui est dans le même trip que celui de Stranger Things…. Il faut y jouer avec le son à fond et dans le noir, c’est excellent !

 

On sent qu’avec DGNLS tu t’intéresses beaucoup plus à l’aspect cinématographique du son avec des nappes plus grandiloquentes et mélancoliques. Il y a des clins d’oeils à des films et à des séries, on l’a dit, mais as-tu imaginé les images ou même visionné certains extraits au moment même de composer ?

Pas pour tout. Je suis plutôt allé chercher dans mes souvenirs. Comme si je stockais des images et que j’allais piocher dedans. Le morceau « Lannister », par contre, je l’ai fait en même temps que je regardais Game of Thrones, et selon moi, ça se ressent… Ça pourrait être un moment de bataille.

 

Tu disais dans une interview à Trax que tu aimerais bosser pour le cinéma car la musique est importante à tes yeux quand tu allais voir un film. J’aimerais justement retourner la question et te demander si tu avais dans l’idée de clipper tes sons et donc de passer derrière la caméra ou du moins être actif dans la réalisation d’un clip pour un titre de DNGLS ? Tu avais déjà participé au tournage du clip de Resilience d’ailleurs pour ton autre projet.

Un jour ça serait super cool ! mais pour le moment, je n’ai pas le temps ! Et je dois avouer que j’ai un problème. Quand je me lance dans quelque chose, il faut absolument que j’aille au bout. Tant que ce n’est pas fini, je lâche pas l’affaire… Donc si je me lance dans l’image, c’est foutu, je ne fais plus de musique, je n’ai plus de vie de famille. Alors, non pas pour le moment… Tu es fou de me donner des idées comme ça !

 

C’est quoi la suite concernant DNGLS ? Tu es lié à Anemone Recordings avec ce projet ou tu pourrais voir comment ça se passe sur d’autres labels ?

Non j’ai aucune exclu avec Anemome… Pour la suite, j’aimerais faire des trucs encore un peu plus sentimental et barré, je ne sais pas si je choisi les bons mots, mais rien de mieux ne me vient à l’esprit (sourire). Sinon, j’ai un morceau exclusif qui sortira en octobre sur la première compilation de Chineurs de Techno. C’est un super projet fait par de belles personnes, dans un bon esprit. Je suis très fier d’avoir eu la chance d’y participer.

 

Quiz Express

 

Vinyle ou digital ?

Je mets le digital et le modulaire ensemble contre le vinyle, et forcément je suis du côté du modulaire. Il faut faire des choix financièrement, pourtant qu’est-ce que je kiffe ça le vinyle !

 

Live ou DJ set ?

C’est du 50/50 car ça n’a rien a voir. En live c’est la performance qui prime et en DJ Set c’est le partage. Jamais je ne pourrai choisir entre les deux.

 

Le dernier film que tu as vu ?

Dernier film que j’ai vu et que j’ai adoré : « Mustang », super histoire, superbes actrices, très beau film. Il y a également « The Fundamentals of Caring ». Je l’ai trouvé top !

 

Le dernier livre que tu as lu ?

Les manuels du Circadian Rhythm (tiptop) ER102 (orthogonaldevices).

 

La dernière série que tu as vue ?

(Il s’excite) Narcos ! Avec Marcel Patulacci ! C’est hyper chelou pour les Français, à cause de ça. L’acteur principal, qui joue Pablo Escobar perd toute crédibilité même s’il joue vraiment bien…

 

Ton morceau fétiche du moment ?

L’album de Datach’i , de la tuerie ! (ndlr : « System » sorti cette année sur Timesig)

 

 

Le morceau qui ne te quitte jamais depuis des années ?

Radiohead – Reckoner

 

 

Le LP qui t’as marqué en 2015/2016 ?

Je vais redire l’album de Datach’i , de la re-tuerie !

 

Plutôt before ou after ?

Before, j’aime jouer en after, seulement si je dors avant, sinon c’est pas du tout mon truc (sourire). Je me fait souvent taillé a cause de ça justement. Il m’arrive parfois de prendre le train a 6h du matin pour rentrer. Mon after à moi, c’est avec ma femme et ma fille a la maison !

 

Romain Conversin

 

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