Interview : Kmyle parle de son premier album

Interview : Kmyle parle de son premier album

Le premier album de Kmyle, « Northern Landscapes » est sorti le 26 septembre sur le label Skryptöm. Le travail du Toulousain, bien drivé par le patron du label Electric Rescue, propose une large palette de la musique électronique. Jamais éloignée du dancefloor, facile d’accès, mais avec une vraie pointe de mélancolie et de précision. Elle dévoile surtout l’esthétique et la pensée musicale du producteur français.

 

Techno Cadeau : tu as décidé de nommer ton album « Northern Landscapes ». A quel point la nature a été une source d’inspiration pour composer ?

Kmyle : à vrai dire je connais des artistes qui ont besoin du tumulte de la ville pour pouvoir faire de la musique. Personnellement, j’ai constamment besoin de la nature, de ressentir les choses qui m’entourent. J’estime avoir besoin de me retrouver avec moi-même pour pouvoir tout donner dans la musique. C’est dans ce but que j’habite dans un village près de Toulouse, à deux pas d’une grande forêt. Il me faut cet équilibre pour pouvoir composer de manière sincère…

 

Quels sont-ils ces Northern Landscapes ?

En fait ce titre fait référence à trois choses. D’abord les paysages désertiques et arides du nord de l’Algérie, qui est mon pays d’origine. Ensuite, j’ai habité au Canada et je ne pourrais jamais oublier la beauté des grandes étendues de forêts. Il y a un vrai parallèle avec les nappes mélodiques dans mes morceaux. La troisième idée est plus intellectuelle. Une « Northern Landscape », c’est un peu ce côté de notre personnalité que l’on garde au fond de nous. Un paysage d’émotions que l’on garde bien au chaud.

 

C’est ton tout premier long format. Avant de te lancer dans la composition, quels était tes attentes, tes angoisses et tes certitudes à propos de ce type de disque ?

Le format album m’a toujours fasciné. Ca à commencé étant petit lorsque l’on m’a offert le disque « Play » de Moby. J’avais vraiment l’impression que l’artiste se livrait intimement à l’auditeur, une sorte de film que l’on peut se rejouer quand on veut et dans l’ordre que l’on désire. Je n’ai jamais été angoissé à l’idée d’en faire un. Je n’ai pas non plus la prétention d’avoir des attentes artistiques, c’est plutôt un aboutissement personnel. Une marche à gravir pour mon épanouissement musical. Je me suis juste dit que tout ce qui a précédé n’était qu’un entraînement. (rires)

 

« Il m’arrive parfois de faire plus de dix versions par morceaux »

Comment ces attentes ont-elles changées tout au long du processus de production ?

Techniquement parlant le processus de production reste le même. La musique est juste mon moyen d’expression. Chaque jour, j’use de ce moyen pour exprimer tout ce qui me traverse, mes faiblesses, mes peurs, mes moments de joie comme de colère. Quand on écoute ce que l’on a produit, parfois c’est inaudible, parfois c’est genial, parfois on ne comprend même plus pourquoi on a fait tel ou tel morceau. C’est dire ! (rires). Mais s’il y a bien une attente qui change, c’est la technique de production et le mixace. Ce que j’appelle « cette sorcellerie musicale ». Car l’oreille s’éduque constamment.

 

Qu’est ce qui t’as donné envie de te tester sur un long format ?

Je suis quelqu’un qui produit énormément. Parfois une dizaine de morceaux en une semaine. On a vite fait le calcul sur des années… Du coup, c’est venu naturellement. A un moment, Antoine (ndlr : Electric Rescue le patron du label Skryptöm) a pensé que j’avais pas mal de matière sonore et il m’a suggéré l’idée.

 

C’est un projet d’envergure. On peut facilement s’y perdre en route. Comment est-tu parvenu à garder une ligne conductrice ? Tu as réussi à en fixer une au début et à la suivre, ou au contraire, tu as souvent changé ton cheval de bataille jusqu’à arriver au produit fini ?

La ligne conductrice était simplement de dévoiler plusieurs facettes de ma musique. Je voulais offrir au public un contenu qualitatif, tout en restant dans l’esprit électronique. C’est pour cela que l’on a pas construit l’album d’une seule traite. Tout au long de l’année, on a sélectionné des morceaux. On a souvent changé la sélection jusqu’à ce que – selon les mots d’Antoine – « on ne puisse rien ajouter ni enlever ».

 

 

Tu es du genre à beaucoup jeter tes productions ou tu pars du principe qu’un titre peut forcément être amélioré même si la première ébauche n’est pas ou plus à ton goût ?

Je ne jette jamais rien. Je suis plutôt du genre à entasser les morceaux. Je prends le haut du gâteau de tous ces morceaux pour ensuite les améliorer au maximum. Il m’arrive parfois de faire plus de dix versions par morceaux. J’apprécie aussi les mélanger entre eux suivant les éléments, jusqu’à ce que ce soit bon à mon goût.

 

Combien de temps tu as mis du départ du projet au mastering ? Comment tu as évolué personnellement et musicalement tout au long ?

Pour me « trouver », il a fallu que je m’essaie à différents styles électroniques sur les dix dernières années. Pour évoluer musicalement, mûrir personnellement. Il y a quelques années, j’ai créé le projet Kmyle avec Antoine. Ca fait à peu près trois ans que nous sommes sur l’idée d’album. C’est, à mon goût, la forme la plus aboutie de ce que je peux offrir musicalement aujourd’hui. Mais je suis en constante évolution, et chez Skryptöm, on grandit et murît ensemble. Dois-je vous donner rendez-vous dans dix ans ? (rires)

 

Tu as souhaité aussi mettre en avant une facette parfois mélancolique qu’on te connaissait moins comme dans le morceau « Constantine ». Qu’est ce que tu voulais faire passer par là ?

Quand je chine un disque ou que je produis, je recherche la mélancolie. « Constantine » est un condensé d’émotions. C’est la ville de naissance de mon paternel. Je l’ai composé en pensant à beaucoup de choses familiales et personnelles. C’est une sorte d’hommage.

 

Certains longs format s’éloignent complètement de l’esthétique dancefloor. Toi, tu as décidé d’élargir ta palette tout en gardant une proximité avec un rythme dansant. Pourquoi ?

Oui c’est totalement ça. Je souhaite qu’un plus large public puisse découvrir les aspects de notre musique. Je le dis de façon humble mais j’espère éveiller les consciences musicales et faire naître la curiosité sur notre culture techno.

 

« Ce genre d’album, c’est une chose que l’on fige dans le temps »

Tu as utilisé quoi comme autre supports pour nourrir ton inspiration ?

J’essaie d’écouter un maximum de styles différents. Du classique à la cold wave. Je suis surtout passionné de films de sciences fiction et de musiques de film. Je trouve que la bande son de ce style cinématographique est fascinante. C’est par cette voie que sont apparus les premiers synthétiseurs dans le cinéma. Des génies comme Philip Glass, Ennio Morricone ou plus récemment Hans Zimmer et Rob Zombie, sont des sources d’inspiration sans limite pour moi.

 

On sait que Skryptöm est une vraie famille portée par un papa poule comme Electric Rescue. Dans quelle mesure l’expérience d’Antoine t’a-t-elle aidé pour ce projet ?

Son expérience m’aide au quotidien. J’écoute et j’assimile. C’est grâce à lui que j’en suis là ou j’en suis actuellement. Il a ouvert mon champ des possibles et a fait naitre des cases dans mon cerveau qu’il n’y avait pas avant. S’il n’est pas possible de quantifier exactement la mesure de son implication, je dirais que c’est le machiniste qui ajuste et tire le navire dans la proue.

 

As tu des regrets dans le processus de production ? Des éléments que tu n’est pas parvenu à mettre en place comme tu le souhaitais vraiment ?

Chaque morceau a une histoire bien précise, le choix que l’on a fait me convient parfaitement. Ce genre d’album, c’est quelque chose que l’on fige dans le temps. En procédant de cette manière, il n’est pas possible d’avoir des regrets.

 

Au contraire, quelles ont été les bonnes surprises de ce processus de production ?

A force de m’exercer, de faire travailler mon oreilles sur certains détails, j’ai gagné en musicalité et en technique. J’entends des choses que je n’étais pas en mesure d’entendre auparavant. Steph, notre Merlin l’Enchanteur du mastering, y est pour beaucoup. Il m’a appris et fait retravailler certains détails techniques insoupçonnés. Antoine aussi m’a beaucoup aidé dans ma compréhension musicale, du sound design et dans la philosophie de construction de chaque morceau.

 

 

Certains disent que l’après est dur. Tu t’es senti comment quand tu as bouclé l’album ? Tu as eu besoin de temps pour reprendre un peu de jus ?

Le sentiment d’accomplissement est quelque chose de superbe après la réalisation d’un album. Mais il ne faut pas se complaire et stagner dans ce sentiment. Oui, je prends plus de temps pour moi, et aussi pour produire. Mais je ne descends pas du cheval, je continue à faire de la musique. J’ai d’ailleurs de nombreuses sorties. Sur le label de Cleric, mais aussi en duo avec Electric Rescue (sous l’alias Laval), ainsi que sur Stockholm LTD, le label de Pär Grindvik.

 

Autre élément important d’un album et qui plus est du premier – outre le fait qu’il restera à jamais unique pour toi – c’est de le défendre en live. Qu’est ce que tu imagines faire pour se faire ? Tu peux nous donner quelques indices sans tout dévoiler ?

Lorsque je joue en live, je veux me connecter au public et partager un moment unique d’improvisation entre mes machines et mes morceaux. A ce titre, j’ai décidé de jouer les morceaux de l’album sous forme de version live exclusive. Avec des éléments supplémentaires, des changements de mélodies et sonorités et même quelques versions « Synthapella ». Dans un futur proche, j’aimerais mélanger l’audio et l’image en live. J’y réfléchis. Il y a tellement de pistes à explorer. Je veux me laisser guider au gré des flots.

 

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Romain Conversin

 

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