Interview : KVD

Interview : KVD

Si on devait faire une liste des producteurs les plus prometteurs de la scène techno française, on y mettrait KVD les yeux fermés. Installé à Paris, le DJ a fait un véritable casse avec son premier EP « Brain Elevator », sorti sur Monocline Records l’année passée. Le titre éponyme de l’EP a tourné dans de nombreux sets et il a contribué à faire la renommée du Français. Depuis, KVD ne s’est pas reposé sur ses lauriers et a sorti deux nouveaux EPs dont le dernier en date, « Outerspace EP » sur Konstruktiv, avec un son plus épuré et plus mental. On parle de tout ça avec lui.

 

Techno Cadeau : « Brain Elevator » est ton premier EP et il a très vite fait parler de toi avec de très bons feedbacks. Tu t’attendais à un tel accueil ?

KVD : non pas du tout ! Bien sûr, j’espérais que ce premier EP allait plaire mais je ne m’attendais pas à avoir d’aussi bons retours, ni qu’il circule autant. Je ne remercierais jamais assez Re:Axis pour m’avoir fait confiance et surtout pour m’avoir donné l’opportunité de sortir mon premier EP sur son prestigieux label qu’est Monocline Record.

 

D’ailleurs, c’est dernièrement que tu as décidé de mettre le titre éponyme « Brain Elevator » en image. Pourquoi avoir décidé d’apporter un support visuel à cette musique en particulier ?

Quand j’ai composé ce morceau dans ma chambre, je m’imaginais toujours des clips à la 29novfilms : des trucs dans l’espace, un peu tripant… « Brain Elevator » a été le morceau qui a le plus marqué dans l’EP, alors je tenais à avoir un support visuel quand le moment serait venu.

 

Pour toi l’image est donc importante dans la musique ?

Oui complètement, je trouve que l’image permet d’intensifier l’émotion que j’ai voulu transmettre avec le son. Ça permet, également, d’amener un autre côté artistique à la chose grâce au support visuel.

 

La mise en image a été réalisée par un de tes amis, Pablo. Quel a été ton rôle dans le processus de création ? C’est toi qui souhaitais partir sur une succession d’images abstraites parfois colorées, parfois sombres ?

Quand on a commencé à parler du projet de mettre un support visuel à l’un de mes track, j’ai seulement fait part de quelques idées que j’avais en tête. Ensuite, j’ai demandé à Pablo de faire à sa sauce, je lui ai fait entièrement confiance pour la réalisation du clip. Je voulais qu’il puisse s’exprimer pleinement à travers son travail et le rendu est génial !

 

 

C’est comme ça que tu vois ta musique ? Un ensemble de panoramas différents, qui ont un côté très hypnotique ?

Je ne vois pas ma musique d’une façon précise mais le coté hypnotique, qui te fait rentrer dans une sorte de transe m’attire. En tout cas, c’est que j’essaie de transmettre à travers mes compositions.

 

On sent quand même qu’avec ton dernier EP « Outerspace », tu as voulu épurer ton son pour laisser plus de place à l’atmosphère entourant ta musique. C’est le cas ?

C’est exact ! Mon travail et mes gouts changent avec le temps. En ce moment, j’écoute beaucoup SNTS, Edit Select, Polar Inertia pour ne citer qu’eux et j’adore tout le travail qu’ils font sur les ambiances, et plus précisément sur l’atmosphère se dégageant de leur musique. J’ai voulu travailler sur cet aspect-là pour cet EP précisément, mais je continue à m’intéresser à cette idée pour la suite. Malgré tout, dans « Outerspace », tu ne restes jamais loin du dancefloor avec des kick très prononcés.

 

C’est vraiment important pour toi que tes productions permettent aussi aux auditeurs de danser ?

C’est surtout que j’aime quand ça tape, que le kick soit bien rond est lourd. Et puis si ça peut faire danser par la même occasion, alors tant mieux mais ce n’est pas mon intention première. Plus le temps passe, plus j’ai l’envie de me rapprocher de sons expérimentaux et atmosphériques mais toujours avec une rythmique prononcée, plutôt que de faire des sons purement orientés club.

 

Trois EPs de sortis en moins d’un an. C’est parce que tu avais beaucoup de choses à raconter ou tu souhaites vraiment t’imposer un rythme de sorties élevé le plus longtemps possible ?

Je suis un accro de la production ! Il n’y a pas un jour ou je ne vais pas composer, du coup ça me permet proposer un certain nombre de choses et puis j’ai la chance de pouvoir consacrer du temps à ma passion, alors tant que cela est possible, je ne compte pas ralentir !

 

« Je trouve que la liberté d’expression qu’ont les artistes à travers le label Stroboscopic Artefact de Lucy est géniale. »

 

Sur tes trois premiers EPs, aucun n’est sorti sur le même label. C’est une volonté de ne pas tomber dans une certaine forme de routine, ou ce n’est qu’une histoire d’opportunité ?

C’est principalement une histoire d’opportunité et j’en suis content. Je n’ai pas envie d’être contraint à sortir ma musique sur un seul et même label. Ça me permet de me faire un réseau et de rencontrer du monde, ce qui me semble important dans le milieu de la musique.

 

Il y a un label en particulier qui te fais vraiment rêver ?

Le label de Lucy, Stroboscopic Artefact. Je trouve que la liberté d’expression qu’ont les artistes à travers ce label est géniale. D’un EP à un autre, ça peut passer de sons très expérimentaux à de la techno brutale et sobre, on ne sait jamais à quoi s’attendre.

 

Quels artistes t’ont donné envie de te lancer dans la musique électronique ? Tu nous racontes ta première claque électronique ?

Quand j’étais plus jeune, j’écoutais principalement du rock, du punk rock, etc… J’ai ensuite découvert Daft Punk, Paul Kalkbrenner et ça a été une sorte de révélation. J’ai cherché comment ils produisaient leur musique et je me suis intéressé à la MAO (ndlr : musique assistée par ordinateur) afin de me lancer dans mes propres productions. Ma première claque électronique s’est déroulée durant un live de Paul Kalkbrenner au Zenith, c’était la première fois que je le voyais. La puissance des basses qu’on se prenait dans la gueule, c’était dingue !

 

 

Aujourd’hui, tu écoutes plutôt quels artistes ?

Function , SNTS, Blind Osbervatory, Edit Select.

 

Certains artistes n’écoutent plus du tout le style musical qu’ils produisent et préfèrent écouter des styles radicalement différents. Ce n’est pas ton cas ?

Non ce n’est pas mon cas, j’écoute principalement de la musique électronique et de la techno en majeure partie. Je suis tout le temps à la recherche de nouveaux artistes, de nouveaux sons. Mais peut être que dans quelques années, si je ne supporte plus le boom boom H24, j’écouterais des styles de musique différents de ce que je produis.

 

Tu as quelle vision sur les titres que tu as produit ? Plutôt dur avec ton travail ou tu parviens à apprécier à sa juste valeur ce que tu as fait ?

Je suis plutôt dur, un éternel insatisfait même. Quand je réécoute mes morceaux, je me dis toujours que j’aurais dû faire comme ça, ou changer ça, etc. Mais j’apprends à lâcher prise avec le temps… J’essaye d’apprécier à sa juste valeur la musique que je créé.

 

Pour composer tu as quel matériel ?

Mon ordinateur avec Ableton live, ma chère et tendre Roland TR8, un Waldorf Streichfett, un Waldorf Blofeld et un grand nombre de VST et Plug-Ins.

 

C’est quoi tes clés de composition : tu imagines un univers ? Tu pars sur un son, une boucle ou un kick ?

Je travaille principalement à partir de boucles, en donnant une grande importance à la rythmique. C’est la première chose que je travaille avant même de penser à une mélodie ou à une ambiance. Puis une fois que je me rapproche de la boucle parfaite, j’éclate le morceau pour le construire de A à Z.

 

« Je suis un vagabond dans l’âme. Je n’ai pas de destination précise en tête, car j’aimerais vivre dans le plus d’endroit possible. »

 

On parlait brièvement de réseau tout à l’heure. Tu es assez présent sur les réseaux sociaux et même actif dans certaines communautés comme Chineurs de Techno. Pour toi, il est important d’avoir un réseau consistant pour avoir sa chance dans le milieu ?

Aujourd’hui, je pense que tout passe par les réseaux sociaux, il est important d’être visible de tous pour pouvoir avoir sa chance et bien sûr avoir un réseau aide beaucoup, car ça permet de rentrer en contact avec des collectifs, labels, promoteurs, etc. J’ai eu la chance de proposer des podcasts pour des collectifs très présents sur les réseaux sociaux comme Chineurs de Techno et plus récemment Particules. Je pense que c’est un excellent  moyen de se faire connaitre aussi en tant que DJ et pas seulement comme producteur.

 

On sent quand même que plus le temps passe et moins le talent a son importance dans la réussite d’un artiste. Bien sûr il reste un paramètre à prendre en compte, mais il y a tellement d’autres facteurs qu’il devient moins primordial que le reste. Tu en penses quoi ?

Je ne dirais pas que le talent à moins son importance dans la réussite d’un artiste. D’ailleurs, je ne me permettrai pas de juger si une personne est moins talentueuse qu’une autre. C’est juste que la production musicale est devenue accessible pour tous grâce aux ordinateurs et aux logiciels, ce que je trouve très bien. C’est une très bonne chose que n’importe qui puisse apprendre à s’exprimer à travers la musique.

 

Tu vis à Paris, qui s’avère être une ville où la techno prend de plus en plus de place. Malgré tout, la ville n’est-elle pas victime de son succès avec un trop plein d’artistes, de labels, de collectifs ? Tu te places comment sur ce sujet-là ?

Cela me plait de voir que la techno prend de plus en plus de place à Paris et plus généralement en France. Bien sûr, certain dirons que la techno devient « commerciale » mais c’est grâce à cette effervescence que de jeune artistes comme moi pouvons tenter notre chance et espérer réussir dans ce milieu.

 

Tu aurais envie de bouger à terme, peut-être pour essayer de chopper une vibe différente ou trouver de nouvelles idées ?

Je suis un vagabond dans l’âme. Je n’ai pas de destination précise en tête, car j’aimerais vivre dans le plus d’endroit possible. Alors oui, j’envisage de partir de Paris pour découvrir de nouvelles contrées et voir ce qu’un nouvel environnement pourrait apporter à mon travail.

 

Quelle est la suite pour toi ? Un LP est dans tes futurs projets ?

De beaux projets à venir avec des collaborations, peut être un live à mettre en place et je l’espère un LP très bientôt ! Je ne peux pas en dire plus pour le moment.

 

 

Quiz express

 

Vinyle ou digital ?

Les deux.

 

Live ou DJ set ?

Je n’ai jamais fait de live pour le moment alors Dj set.

 

Le dernier film que tu as vu ?

The Revenant

 

Le dernier livre que tu as lu ?

« Le Don d’ailleurs » de Geneviève Delpech.

 

La dernière série que tu as vue ?

(Avec enthousiasme) Viking !

 

Ton morceau fétiche du moment ?

SNTS – Disappearance Of Fate

 

 

Le morceau qui ne te quitte jamais depuis des années ?

Gipsy King – Djobi Djoba

 

Le LP qui t’as marqué en 2015/2016 ?

CW/A – Words Unspoken

 

Plutôt before ou after ?

Un before qui se termine en after.

 

Le lieu où tu as joué qui t’as le plus impressionné ?

Dans les catacombes pour une rave organisé par Microcosme et Raveage Soundsystem dont je fais partie : une tuerie !

 

Le lieu où tu rêves secrètement de jouer ?

Au fin fond de l’Arctique.

 

Ta plus grande peur ?

Le prochain album de Maitre Gims.

 

Au fond, le bonheur le plus simple c’est ?

La bière.

 

Romain Conversin

 

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