ITW : Leave Things, le besoin de créer

ITW : Leave Things, le besoin de créer

Leave Things a sorti l’un des meilleurs albums électroniques de l’année 2015 avec « Sedimentation » sur le label parisien Fin de Siècle. A seulement 20 ans, Tidiane Cacique fait preuve d’une maturité musicale rare. Installé à Berlin où il continue de composer, le producteur français nous a accordé quelques minutes pour répondre à nos questions. Il évoque le processus de production de son LP, mais aussi sa volonté de se frotter au live de plus en plus régulièrement, tant le contact direct avec le public le démange.

 

Techno Cadeau : peux-tu parler de tes premiers pas avec la musique électronique ? Comment as-tu été attiré par cette musique ?

Leave Things : auparavant, je faisais déjà de la musique instrumentale. J’ai commencé la musique dès 7 ans en me lançant dans la batterie, puis, plus tard, à la guitare, et ensuite au piano. Je jouais aussi dans un groupe, j’étais batteur. J’écrivais des morceaux, mais je n’en ai jamais terminé un… C’est lorsque que j’ai rencontré mes potes Timothée  « Light Memory » et Louis « Aire », qui eux faisaient déjà des morceaux avec logiciel, que je me suis vraiment lancé. Mais, l’idée m’attirait déjà. Sans y penser, je me suis exprimé en faisant ce genre de musique, et tout est monté très vite. J’étais déjà passionné par la musique, mais là, c’était une découverte encore plus profonde de la chose.

 

Quelles ont été tes influences à l’époque ? Il y a des artistes qui t’ont vraiment donné envie de te lancer là-dedans ?

(Il réfléchit) Je ne sais pas s’il y a des artistes, qui m’ont directement donné envie de faire de la musique électronique. Mais en tout cas, à cette période où j’ai commencé, je découvrais et écoutais des choses comme Asura de chez Non Project, Bersarin Quartet, Ametsub, Arms and Sleepers, etc. Ces artistes m’ont permis de voir qu’il n’y a pas de limite dans la création.

 

Tu bosses avec Fin de Siècle depuis tes tout premiers EPs, comment s’est passé la rencontre entre vous ?

Un coup de chance, enfin je crois. J’avais partagé un morceau « Unquiet » sur Twitter, et ils sont tombés dessus malgré mes deux followers (rires). Peu après, ils m’ont proposé de sortir ce morceau, à condition d’en pondre un en plus, et ça a donné mon premier EP « Homeostasis ».

 

Comment se passent les rapports avec les autres artistes du label ? Tu as d’ailleurs bossé avec Paulie Jan sur Sedimentation…

On est tous très proches. Ce qui est bien, c’est que j’ai été présenté à Paulie Jan dès ma première rencontre avec Fin de Siècle. Il a été super cool avec moi, il m’a fait le mix de mon premier EP gratos en plus.  Et il m’aide toujours à progresser sur les mixs depuis le LP. Ainsi que Cyril Cassier, mon ingé son que je remercie pour son super travail. Voilà c’était l’instant dédicace (rires).

 

 

Pourquoi avoir choisi ce titre précis ? Quel a été le processus de réflexion derrière ce choix de titre ?

A la base, Sedimentation, c’est le nom d’une série d’images graphiques que mon frère Stephen Cacique a créé. D’ailleurs, c’est lui qui s’occupe de mes covers aussi.

 

D’ailleurs, quelle importance a le titre des morceaux pour toi ? C’est quelque chose de fondamental ou de foncièrement secondaire ?

Un titre à de l’importance pour moi car il peut donner du caractère à un morceau. Je trouve un titre qui correspond toujours à la fin d’un morceau, lorsque j’ai l’essence du titre. Cependant, si l’intention est plus conceptuelle, je trouve le titre en premier pour donner une image plus directe, qui aidera à interpréter la musique. Comme pour mon morceau ambiant de transition « Tension/Circuit ».

 

Deux ans de travail pour le LP. Ça veut dire qu’avant même d’entamer tes EPs tu avais le long format dans un coin de la tête ?

J’ai travaillé moins de deux ans sur ce LP, j’ai commencé à me lancer dans l’idée après l’EP « Atonement » en 2014. Fin 2015, le projet était terminé.

 

Quand on sort de deux ans de travail sur un projet aussi lourd, on ne sent pas un peu vidé derrière ?

Oui effectivement, j’avais énormément bossé sur ce LP, j’avais beaucoup de chose à dire, et j’avais surtout du temps ! Et une fois fini, en plein dans l’hiver berlinois, je me suis senti vidé. C’était une période très désagréable, je n’arrivais plus à me fixer trop d’objectif à part le live. Concrètement, je n’arrivais plus à composer. C’était une période vraiment chiante, mais j’en suis sorti.

 

« En général, mes meilleurs morceaux sont ceux que je finis le plus rapidement. »

 

Tu oscilles dans ce LP entre track ambient et morceaux plus rythmés, c’est tes deux exercices musicaux favoris ?

Je voulais raconter l’histoire de cette manière en fait, pouvoir reposer avec des moments plus ambiant pour calmer les moments plus rythmés.

 

Tu ne serais pas parfois tiraillé un peu entre les deux ?

Oui et non. J’aime juste parcourir et faire découvrir les différentes atmosphères infinies qu’on peut développer avec la musique, même si je ne les maitrise pas toutes. Si un jour, j’ai envie en studio de faire un morceau plus rock, je le ferais, même si je ne penserais pas forcement à le sortir. Il faut se lâcher quand tu fais de la musique et je n’ai pas envie de me limiter à me dire que je suis un producteur de musique techno seulement. La répétition ne m’intéresse pas.

 

On peut parler d’aboutissement avec ce premier LP ?

Oui c’est un peu l’aboutissement d’un projet très jeune qui m’a permis de mûrir dans la musique. Même si on ne cesse jamais de progresser.

 

Deux ans, c’est relativement long. Il y a eu des moments où tu as perdu le courage, où certains morceaux que tu avais composés ne te plaisaient plus ?

Non, je n’ai jamais ressenti de perte de courage. Je me suis surtout expatrié à Berlin, pour pouvoir bien travailler dessus. Sur certains morceaux, j’ai tendance à sortir beaucoup de versions différentes, ce qui n’est pas un mal en soi. Par contre, sur d’autres morceaux c’est l’inverse. L’idée est très claire, et je finis très rapidement. En général, mes meilleurs morceaux sont ceux que je finis le plus rapidement. Après, forcément, il y a aussi quelques morceaux que j’ai décidé de ne plus mettre dans le LP.

 

 

Comment tu puises l’inspiration ? Dans quel sens la vie à Berlin t-a-telle aidé ?

L’inspiration… Il ne faut pas y penser, il faut vivre, sortir, voyager ! Ça vient inconsciemment par les bonnes et les mauvaises choses qui arrivent dans la vie, tout ce qui marque l’âme. C’est un besoin d’être créatif, pour se libérer, s’exprimer.

 

Tu arrives à faire ton trou en Allemagne ? Ou pour le moment seules les dates françaises arrivent ?

J’ai trouvé plus de dates à Paris qu’à Berlin pour l’instant, vu que j’ai moins de connexion. Mais c’est en cours, surtout que le live arrive, et que c’est un exercice que j’affectionne particulièrement. C’est une des manières la plus directe de présenter sa musique, tu peux improviser et la rendre encore plus libre.

 

Quel est ton set-up de studio ?

Je partage depuis un an un studio avec « Troja« . On se partage aussi tout notre matos. Mais si tu veux des noms de machine : Monomachine Elektron, une grosse découverte, super pour expérimenter, base line, synthé. Vermona DRM MKII, toute nouvelle drum machine que je suis en train de découvrir, et cathedral reverb effet. Sans oublier beaucoup d’instruments comme une batterie, un organe, une guitare, une basse…

 

On note une hausse de la hype des modulaires. C’est un type de machines qui t’attire ?

C’est le nouveau sujet le modulaire (rires). Avant c’était analogue contre ordinateur. Que ça soit hype, j’ai envie de dire tant mieux mais je m’en fou. Ça a beau être d’excellentes machines, ce ne sont que des outils de travail. Tu peux avoir les meilleures machines du monde, mais si tu n’y mets pas d’idée à l’intérieur, les technologies ne servent à rien.

 

« J’ai besoin de m’épanouir en concert, de partager mon travail, et ma vision de la musique en direct, pas depuis internet. »

 

Tes musiques sont en écoute libre sur internet. Il y a des débats sur le choix de snippet ou des musiques complètes en écoute… Tu te places comment toi ?

Moi personnellement, je n’aime pas écouter de la musique sur internet, tu n’es jamais dans une réelle position d’écoute, tu fais d’autres trucs à côté, qui paralysent ta concentration. Mais c’est toujours bien de laisser la musique disponible à tous, les gens peuvent l’écouter comme ils le veulent…

 

Tu peux nous parler un peu de ton projet live, que tu as présenté notamment à la soirée Céladopole

À la soirée Céladopole, j’ai pris beaucoup de plaisir à présenter mon nouveau live au Glazart. Pendant ma performance, je joue des versions plus « live » de mon disque, j’improvise, je m’éclate. C’est ce qui me fait le plus triper. J’essaie de partager une énergie, de créer une atmosphère et de faire voyager les gens.

 

C’est quoi la suite pour toi ?

Des nouveaux EPs, mais surtout trouver le plus de concert possible. J’ai besoin de m’épanouir en concert, de partager mon travail, et ma vision de la musique en direct, pas depuis internet.

 

Tu joues un peu du piano, tu penses incorporer des touches de cet instrument dans tes futures tracks ?

Oui, je suis surtout batteur. Quand je compose, je suis lancé dans le morceau, je n’aime pas trop prévoir à l’avance, je préfère me laisser guider par mes émotions. Si je sens que je dois ajouter du piano, de la guitare ou tout autre instrument, je l’intègre instinctivement.

 

 

Quiz express

 

Vinyle ou digital ?

Vinyle.

 

Live ou DJ set ?

Live.

 

Soirée intimiste ou dans un gros club ou festival ?

Les trois sont bien (rires).

 

Série favorite ?

(Il hésite) Je ne suis pas trop série, sauf Breaking Bad et Rick and Morty.

 

Film favori ?

Il y en a beaucoup trop, mais quand j’étais petit c’était « Le 5eme Élément » en boucle.

 

Livre favori ?

Bukowski : « les contes de la folie ordinaire », le premier livre que j’ai lu en entier et adoré.

 

Si tu pouvais me citer qu’un seul artiste ?

Sur le coup, je dirais Ryuichi Sakamoto, qui m’a donné envie de faire du piano, Chopin aussi, oups ça fait deux.

 

Un seul morceau ?

Pink Floyd – Echoes.

 

 

Un seul LP ?

Asura – Asura (label: Non Project)

 

Quel est le lieu, qui t’as le plus marqué à Berlin ?

Les lacs, genre Schlachtensee, si tu parlais salle de concert, le Mathilda qui est un bar salle de concert jazz expérimental ou le Kraftwerk

 

Romain Conversin

 

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1 Comment

  1. Super article – inspirant

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