Interview : Manu Chaman

Interview : Manu Chaman

DJ depuis plus d’une décennie, Manu Chaman s’est lancé dans l’aventure en tant que professionnel il y a quelques années. En tant qu’observateur et acteur sur la scène électronique, le producteur basé à Nancy a pu être le témoin privilégié de l’évolution de l’industrie au cours des quinze dernières années. On a évoqué le sujet avec lui, sans oublier ses nombreux projets musicaux, les vidéos qu’il a pu réaliser (avec Laurent Garnier et Carl Cox) et son association Carte Blanche Prod. Rencontre avec un homme passionné et passionnant.

 

Techno Cadeau : tu as découvert la musique électronique dans les années 1990 mais cela fait peu de temps que tu t’impliques vraiment dans la production de ta propre musique. Pourquoi avoir mis autant de temps ?

Manu Chaman : cela fait 14 ans que je mixe mais je suis professionnel depuis 3 ans. Ces derniers temps, être DJ et producteur sont deux activités qui vont de pair. J’avais aussi besoin de produire. Il y a des labels, qui se sont intéressés aux productions que je sortais. J’ai été signé sur un label allemand, sur un brésilien, un parisien. Au bout d’un moment, tu te fais un petit carnet de contacts. J’avais le besoin de m’exprimer en produisant de la musique en plus de mixer. A force de jouer la musique des autres, j’avais envie de faire la mienne.

 

C’est vrai que par les temps qui courent, un DJ qui ne produit pas sa propre musique a plus de difficulté à percer…

Si vraiment tu veux te démarquer, il faut que tu produises. A part certains anciens DJs très connus, qui font toujours les plus grands festivals du monde même s’ils ne sortent plus rien… On peut parler d’exception à la règle pour ceux-là. Tous les jeunes doivent travailler plus, ce qui est normal, c’est la loi de l’offre et de la demande. Après, il y a beaucoup de gens, qui produisent et on dénombre beaucoup de très bons producteurs. Je ne me situe pas au niveau de certains mais je travaille d’arrache-pied. La semaine je compose de la musique et le week-end je mixe.

 

Quel est le son que tu veux défendre avec tes propres productions ?

J’aime bien ce qui se situe entre la tech-house et la techno. Un son mélodique, groovy avec des petites voix pas forcément compréhensibles mais entraînantes. J’aime aussi bien la musique dark que la musique plus joyeuse et qui se danse. J’aime retrouver les deux facteurs de la mélancolie et l’aspect dancefloor, qui va faire danser les nanas. C’est ce qui me touche dans un son.

 

C’est vrai que le morceau « Lost But Happy » que tu as produit il y a quelques années était plus dark que tes dernières créations.

Oui, c’est un des premiers morceaux que j’avais produit avec le logiciel Logic Pro. Maintenant je me sens plus à l’aise sur Ableton. Mes derniers morceaux sont plus joyeux et plus dansants. Par exemple, le morceau « Ibizoo », je l’ai composé en revenant d’Ibiza. C’est un morceau un peu plus techno, très dansant, avec des vocals dark. Je sais qu’il a plu à beaucoup de DJs internationaux, Carl Cox notamment, qui l’a joué dans un de ses sets. Mais j’ai aussi des morceaux un peu plus expérimentaux en stock que j’aimerais plutôt sortir sur un long format. Pour les EPs, je préfère me concentrer sur l’aspect dancefloor.

 

 

Tu vois donc le LP comme une manière d’y inclure des morceaux moins dansants et un peu plus expérimentaux ?

Je pense que ça mélangerait des morceaux plus deep-techno voire d’ambient. J’aimerais atteindre un état musical plus introspectif.

 

Tu as également réalisé pas mal de remix. C’est une manière de se faire voir quand tu remixes des artistes avec une fanbase conséquente ?

J’ai pas mal de remix qui vont sortir aussi. Je ne sais pas si c’est une manière de se faire voir. Ce qui compte dans un remix, c’est l’efficacité de la musique. Je ne suis pas sûr que les gens regardent vraiment si c’est un remix. Je le fais quand je reçois des morceaux et que je me dis que je pourrais y apposer ma patte, ma vision. Des fois, je ne le sens pas, car il y a des morceaux plus compliqués à remixer. Le but d’un remix c’est vraiment d’apporter une relecture complète, pas d’essayer d’arriver à une version 1.2. Il y a parfois un côté paradoxal aussi. L’autre fois, un ami m’a envoyé un morceau génial, j’ai voulu le remixer mais le son était tellement parfait que je n’arrivais pas à trouver le petit truc pour le rendre au moins aussi bon ou meilleur. J’ai abandonné au bout de deux semaines de travail, car je n’arrivais pas à un résultat satisfaisant et je ne voulais pas sortir une sous-version.

 

Il t’arrive donc de travailler comme un dingue sur un morceau pour au final l’abandonner. Tu es le genre de producteur à jeter des morceaux bien avancés, parce que tu n’arrives pas à parvenir à un résultat satisfaisant ?

Ça m’arrive de travailler toute une journée ou toute une nuit sur un morceau et de le réécouter le lendemain en le trouvant pas si bon que ça. Certains producteurs confirmés m’ont d’ailleurs expliqué qu’il ne fallait pas hésiter à épurer au maximum le morceau. Il ne faut pas que ça soit trop chargé pour que ça soit vraiment efficace.

 

On parlait du morceau Ibizoo, tu as également produit un EP appelé « Berlin Advisor ». Les deux portent la marque d’une ville. Ça veut dire que tu puises beaucoup d’inspiration en voyageant, non ?

Complètement. Dès que je voyage, ça m’inspire beaucoup. J’adore prendre l’avion et j’aime même me retrouver à l’aéroport. A chaque fois que j’ai mixé à l’étranger, je me suis très bien senti et ça a beaucoup joué dans ma volonté de devenir DJ professionnel. Dès que tu voyages, tu découvres un nouveau monde, une nouvelle culture, de nouvelles personnes. Du coup il m’arrive souvent de composer à l’aéroport, dans ma chambre d’hôtel, ou même quand je rentre chez moi après un voyage. J’ai toujours plein d’idées et je travaille avec un petit enregistreur pour récupérer des sons, des éléments.

 

« J’adorerais réaliser le clip d’un de mes morceaux. Je serais prêt à jouer dans le clip, à inviter mes potes, on ferait un truc drôle voire quelque chose de sérieux. »

 

Du coup tu composes avec quel matériel ?

Je viens de m’acheter un nouveau clavier midi et de nouvelles enceintes de monitoring. J’ai deux écrans. J’ai un petit Controller pour assigner des effets sur synthés pour gagner du temps. Après, je n’ai pas beaucoup de machines, j’utilise beaucoup de logiciels. C’est l’éternel débat Hardware vs. Software. Pour le moment, je ne ressens pas l’utilité d’acheter beaucoup de machines, je trouve qu’il y a des VST de super qualité. Peut-être qu’un jour, je prendrais des machines. Je mets déjà du temps à maîtriser tous mes synthés virtuels, c’est pour cela que je préfère en avoir peu pour utiliser ceux que j’ai du mieux possible.

 

Et puis tu es attaché au côté organique du son avec ton enregistreur notamment.

Oui, mon père m’a donné l’amour du vinyle. J’ai une grande collection chez moi. Il m’a beaucoup fait écouter Pink Floyd, Led Zeppelin, The Doors, Tangerine Dream. Le rock un peu psychédélique, assez planant. C’est des éléments que je retrouve dans la musique électronique. Un truc hallucinant à tester, c’est de prendre un 33 tours de Tangerine Dream, tu le mets en 45 tours, tu rajoutes un kick derrière et tu vas obtenir un morceau classique de trance.

 

En plus de la musique, tu as une autre passion, la vidéo.

Oui c’est quelque chose qui me fascine. J’ai toujours eu un intérêt pour l’archivage notamment. L’autre fois, je regardais un reportage sur la Première Guerre mondiale avec des images recolorisées, je trouve ça fabuleux. Et puis se dire que des gens à ce moment-là ont pensé à prendre des vidéos… Depuis quelques années, j’ai toujours besoin d’avoir des souvenirs vidéo de ma vie. Sur le moment, on se dit que c’est normal, mais dans dix ans, on trouvera ça magique de retomber sur de vieilles vidéos de notre vie. C’est aussi pour cette raison que j’ai développé des projets vidéo avec des artistes électroniques comme Laurent Garnier ou Carl Cox. Je voulais filmer les coulisses des festivals, des voyages, plutôt que de retrouver des vidéos de mauvaise qualité sur Youtube. Je voulais montrer des bribes de la vie d’un DJ.

 

Du coup, tu penses à clipper un de tes morceaux ?

Ah oui, si j’ai un morceau, qui tient vraiment la route, j’adorerais. Je serais prêt à jouer dans le clip, à inviter mes potes, on ferait un truc drôle voire quelque chose de sérieux. Par exemple, Traumer fait des clips géniaux. C’est vraiment un producteur, qui, musicalement, est excellent. Tu me demandais s’il m’arrivait de tout changer dans un morceau ou de douter. Typiquement, je vais faire un morceau, je vais ensuite écouter les nouveautés et tomber sur un morceau de Romain… Et là, ça peut faire douter (rires).

 

 

Après, c’est compliqué d’avoir du recul sur son propre travail.

Oui, c’est rare d’être hyper-content de soi. Quand tu fais un morceau, tu travailles sur des boucles, donc pendant des heures et des heures, tu vas entendre la même chose. Il faut que tu te mettes dans la tête de quelqu’un, qui va l’entendre pour la première fois, car toi, tu n’as plus l’effet de surprise. Et puis à quel moment savoir s’arrêter ? J’ai toujours du mal à me dire que le morceau est abouti.

 

Tu le fais écouter à des amis pour savoir quand tu peux finaliser le tout ?

Oui, j’ai la chance d’avoir des amis francs, qui me disent quand un passage ne va pas, ou s’il y a des choses à changer. Mais, plus simplement, je décide de tester mon morceau en boîte de nuit. Par exemple, mon prochain morceau s’appelle « Addict ». Je le trouvais plutôt pas mal et je l’ai testé au Nouvel An en Suisse. Il marchait super bien, le public était à fond et attendait le vocal avec impatience. J’ai entendu quelques passages à changer sur d’autres enceintes, parce que toutes les enceintes sonnent de manière différente. C’est comme ça que j’ai réussi à finir ce morceau.

 

Pour en revenir à l’image, tu réalises un énorme travail avec Laurent Garnier depuis quelques années. Tu as archivé de nombreuses vidéos de lui, tu en as réalisé pas mal en le suivant à droite à gauche. Comment est née cette collaboration ? C’est une idée de lui, de toi ?

C’est moi qui lui ai proposé. On se connait depuis pas mal de temps. Quand j’avais neuf ans, j’ai découvert son émission sur Fun Radio. Je veillais la nuit, j’enregistrais tout sur cassette, très religieusement. J’ai découvert la musique électronique comme ça, même si j’écoutais déjà du hardcore, de la goa trance, j’ai découvert la house, la techno. Quand j’étais adolescent, j’allais le voir au Rex, j’étais le premier derrière les barrières, je lui parlais avant la soirée quand il n’y avait personne car il faisait des all night long. Un jour, on s’est parlé sur Fun Radio en direct, on a foutu un peu le bordel parce qu’il avait été viré depuis des années. Je lui ai posé les bonnes questions pour bien l’énerver et il a assassiné Fun Radio en direct. On se voyait régulièrement en soirée et on discutait de plus en plus. Je me suis mis à archiver ses mix sur Radio Nova, Fun Radio. On a tout mis sur son Soundcloud à partir de mes cassettes, celles de fans qu’on m’envoyait. Maintenant, tous les sets sont écoutable sur son Soundcloud. Je remercie notamment Sancho et Jean-Marc Manière, qui m’ont énormément aidé en partageant leurs archives.

Ensuite, je suis allé chez Laurent Garnier, il m’a filé toutes ses VHS dans son grenier, les flyers de soirée, les articles… Une vraie caverne d’Ali Baba. Pendant, un an, mon boulot c’était de numériser tout ça. On aimerait d’ailleurs en faire un gros bouquin, avec des archives de flyers, des anecdotes de soirées un peu drôles. Tout est accessible sur  www.laurentgarnierworldwide.com, un site qu’on a crée avec une webdesigner de talent : Hélène Michelis (que je remercie pour son aide précieuse). La toute première vidéo date de 1989, c’était l’interview avec David Guetta sur Paris Première. Laurent n’est pas quelqu’un de nostalgique, il veut toujours aller de l’avant, mais on s’est dit que ça serait bien de faire un pont entre le passé et le présent. Donc en plus de numériser toutes ses anciennes apparitions télé, on a aussi décidé de filmer ce qui se passait dans le présent. Je l’ai donc suivi sur les routes pour le filmer dans l’avion, dans les coulisses des festivals. On ne montrait pas forcément le moment où il mixait mais plutôt les à-côtés. On le fait de manière ponctuelle mais on se marre bien à chaque fois.

 

Et puis tu réalises un projet similaire avec Carl Cox…

Oui le fait d’être avec Laurent m’a permis de rencontrer des gens exceptionnels. Quand on était avec Laurent, on s’est rendus à Ibiza chez Carl Cox. Je lui avais déjà parlé deux-trois fois mais là j’étais chez lui, on mangeait ensemble, donc c’était plus intéressant encore. Carl Cox trouvait que les vidéos avec Laurent étaient supers, donc il voulait qu’on fasse la même chose ensemble. Je lui avais aussi proposé d’archiver toute sa carrière. Il est très intéressé par ce projet.  C’est aussi un artiste que j’admire particulièrement. Il le faut pour être prêt à traiter des heures et des heures de vidéo, je ne ferais pas la même chose pour Tiestö (rires).

 

« On vit une superbe époque selon moi. Il ne faut pas être nostalgique, c’est bien de ne pas oublier ce qui s’est passé mais il faut aussi regarder devant nous. »

 

Parlons maintenant de Carte Blanche Production, une association que tu as montée à Nancy. Peux-tu nous expliquer en quoi elle consiste concrètement ?

On est basé à Nancy. On est toute une bande de potes passionnés par la musique électronique. Certains sont DJs, d’autres non. En 2009, il y avait un petit creux en France concernant la musique électronique et Nancy ne dérogeait pas à la règle. On voulait donc créer une association pour organiser des évènements. On a tout de suite tapé dans le mille en proposant de gros évènements avec notamment Jeff Mills. On a réussi à le faire venir en faisant une coproduction avec une SMAC (salle de musique actuelle) pour prendre le moins de risques financiers possibles. On a eu envie de marquer le coup rapidement. Depuis, on a organisé énormément de soirées en invitant pas mal d’artistes comme Traumer ou N’to, qui n’étaient pas encore très connus à l’époque et qui cartonnent maintenant. On a aussi fait venir Dave Clarke, The Hacker, Rone, Ellen Allien. On a également proposé des évènements « Rave On You » dans un ancien fort militaire pour retrouver un genre de format rave, le tout avec une organisation très carrée. Pour résumer, Carte Blanche Production, c’est avant tout une bande de potes avec la volonté de promouvoir la musique électronique, organiser de belles fêtes, promouvoir des artistes émergents à travers notre plateforme de booking. On essaye aussi de vraiment travailler nos visuels, nos teasers. Et promouvoir la culture des arts numériques.

 

Avec cette association j’ai l’impression que vous voulez faire la part belle à l’état d’esprit rave des années 80-90, je me trompe ?

C’est ça. On met toujours un point d’honneur à organiser nos évènements de manière très carrée. On veut que le public et les artistes soient très bien accueillis. On souhaite que ça soit bien encadré mais que les acteurs de la soirée se sentent dans un cocon. Il y a le côté rave, parce qu’on va chercher des endroits spéciaux et puis il y a aussi la programmation musicale. On veut mettre en avant les jeunes artistes émergents tout en faisant aussi la part belle aux mastodontes de la techno, les pionniers. On a tous été bercés par l’état d’esprit des années 90. Je suis passionné par l’histoire de la musique électronique, alors je veux qu’on retrouve cet état d’esprit. Ça ne sera jamais comme avant bien sûr et plein de gens pensent que c’était mieux avant… Là on vit une superbe époque selon moi. Il ne faut pas être nostalgique, c’est bien de ne pas oublier ce qui s’est passé mais il faut aussi regarder devant nous. En ce moment, il se passe énormément de choses sur la scène électronique. Tellement que cela risque de s’essouffler un peu. Si c’est le cas, il faudra savoir rebondir.

 

Justement tu as été témoin de l’évolution de la musique électronique depuis les années 90, comment tu as vécu tout ça ?

Je trouve qu’on vit une superbe période. C’est vrai que j’ai eu un peu de mal au début avec le digital parce que j’étais un véritable adepte du vinyle. J’avais le discours un peu sectaire du « only vinyl ». En 2012, je suis passé sur des CDJ 2000 et ça a complètement élargi mon spectre musical. Surtout que mettre 10€ pour un vinyle à chaque fois que tu veux jouer un nouveau morceau ça devient vite couteux. Aujourd’hui, tu as peu de morceaux qui sortent en vinyle, donc ça réduisait fortement les possibilités. Je suis content d’avoir passé le cap même si je suis encore très attaché aux vinyles.

Concernant l’évolution musicale, c’est très excitant, après il ne faut pas oublier que ça reste un business malgré l’aspect « underground » de la musique électronique. Les artistes, qui prennent de l’ampleurn ont des cachets qui explosent. C’est normal, c’est la loi de l’offre et de la demande, on ferait tous pareils à leur place. Le problème, c’est que ça devient très compliqué de faire venir ce genre d’artistes dans les petits clubs. Ça devient problématique si on ne veut pas retrouver ces DJs là que dans des festivals ou dans de grosses organisations. Je trouve ça bien de se retrouver dans un petit club intimiste et quand tu vois que les cachets tournent entre 8 000 et 15 000€, ça pose problème… Ça devient démesuré et dans certains grands festivals, tu pourrais superposer les lines-up années après années, c’est souvent les mêmes artistes. Certains ne font plus de productions musicales depuis longtemps et font quand même venir les foules. Ça reste du vrai marketing, alors qu’on a plein de petits jeunes, qui auraient leur place dans certains gros festivals. J’adorerais y voir un Madben, Traumer, Marst, Maxime Dangles… Pour résumé, on vit une période géniale mais qui manque un peu de diversité.

 

Preuve que tu es vraiment quelqu’un de multi-tâche, tu gères aussi une petite émission de radio : Love Nation, diffusée sur ton Soundcloud, dans laquelle tu interviews des artistes notamment. Tu nous en parles un peu ?

Pour le moment, c’est seulement sur Soundcloud et en podcast sur iTunes. C’est une émission que je fais de temps en temps. Des fois, je suis sur la route et je vais suivre des artistes que je vais interviewer. Ça s’apparente un peu à ce que je fais en vidéo mais en format radio. C’est une petite émission sans prétention, je suis passionné de radio depuis des années, j’ai fait quelques apparitions sur des radios locales notamment. Là, j’aimerais faire une émission en direct de quelques festivals, c’est en projet.

 

 

Justement si on évoque la radio, on note quand même qu’en ce moment, la musique qui passe en radio est de moins en moins variée et la musique électronique n’a presque plus aucune place sur les grosses stations pour s’exprimer…

Oui clairement et ce qui est paradoxal, c’est que les jeunes ont des goûts musicaux de plus en plus élaborés, donc à un moment les gens ne vont plus du tout écouter la radio, si la programmation musicale ne change pas. Les goûts musicaux chez les jeunes évoluent énormément. Pour exemple, il y a quelques années, je faisais une colonie de vacances en tant qu’animateur et je regardais les musiques qu’écoutaient les enfants dans leur Ipod. Ça m’a surpris de voir que des enfants de 10 ans vont écouter du Pink-Floyd. Il y avait même une gamine de 10-12 ans, qui avait du Gesaffelstein dans son iPod, c’est dingue ! C’est vraiment l’arrivée d’Internet qui a bouleversé notre accès à la culture, tout est gratuit et accessible.

 

Après il y aussi le revers de la médaille. On devient un peu plus fainéant, on peut avoir tout, tout de suite, alors qu’avant, quand on voulait vraiment un son, il fallait économiser, aller l’acheter chez le disquaire. Quand tu achetais un disque, c’est parce que tu le voulais absolument…

(Il coupe) Et tu écoutais le disque de A à Z ! L’ordre des morceaux avait une importance alors que maintenant les gens écoutent qu’un ou deux titres d’un album, ils n’écoutent même pas dans le bon ordre des fois. Tout ce qu’a voulu exprimer l’artiste se perd un peu. Avant, jamais tu allais écouter un CD en lecture aléatoire. La manière d’écouter a changé.

 

On parle beaucoup ces derniers temps du peu d’argent gagné par les DJs avec leurs seules productions. L’important pour avoir une assise financière, c’est les dates en live. Du coup, les DJs doivent aussi s’occuper de leur communication eux-mêmes. Ce n’est pas compliqué de devoir tout gérer ?

Ça fait partie du boulot. Il ne faut pas lésiner l’aspect communication, après il y a des gens qui peuvent embaucher du personnel pour ça, quand ils ont les moyens. Au début, tu es obligé de t’y mettre, sinon tu es noyé dans la masse. C’est primordial. De mon côté, je ne suis pas du genre à poster un statut toutes les trois heures. Sur Facebook, c’est important d’être visible, donc il faut parfois sponsoriser ses statuts. Ça fait partie du jeu, le métier est devenu comme ça.

 

Pour finir, tu nous concoctes quoi comme futures sorties ?

Il y a « Addict EP », qui va sortir bientôt sur un beau label, avec un remix de Nikolaïev. Il a tourné le son en mode plus techno, alors que l’original se concentre plus sur un style tech-house. Ce même Nikolaïev a réalisé un morceau original « On The Way », qui sortira fin 2016, début 2017, sur le label allemand Comstylz Records. J’ai réalisé le remix de ce morceau, qui sera dans l’EP. En avril, il y a un autre remix que j’ai fait pour Nikolaïev, qui s’appelle « Sananda » sur le label Fusion Recordings. C’est une subdivision de la chaîne Clubbing TV, sur laquelle je vais faire un mix en direct au mois d’avril pour promouvoir le morceau notamment. Et je bosse encore sur d’autres maxis, qui devraient se préciser bientôt.

 

 

Quiz express

 

Vinyle ou digital ?

Les deux, je continue à acheter du vinyle mais je mixe sur digital avec les CDJ 2000.

 

Live ou DJ set ?

Pour le moment, je fais que des DJ sets, mais j’aimerais avoir un jour l’expérience du live. J’ai pas encore assez de morceaux pour pouvoir le faire mais j’y travaille.

 

Before ou After ?

After.

 

Le dernier film que tu as vu ?

Les Enfants du Marais, pour la trentième fois (sourire).

 

La dernière série que tu as vue ?

Narcos

 

Le dernier livre que tu as lu ?

Le Vin C’est Pas Sorcier

 

Le morceau que tu écoutes souvent en ce moment ?

Fat Sushi – Hana

 

 

Le morceau qui ne te quitte jamais ?

Age of Love

 

Le LP qui t’as marqué en 2015/2016 ?

J’ai bien aimé le dernier album d’Aaron.

 

Le lieu où tu as joué, qui t’as le plus scotché ?

Un lagon à l’Ile Maurice, c’était magnifique avec un côté enchanteur. J’ai bien aimé jouer en Russie aussi, à St Petersburg.

 

Le lieu où tu rêves secrètement de jouer ?

La place Stanislas à Nancy. Si on parle club, c’est le Berghain, qui me fait rêver, même si ce n’est pas original.

 

Ta plus grande peur ?

D’aller chez le dentiste.

 

Le bonheur le plus simple, c’est ?

Vivre de sa passion, tout simplement. Je n’ai jamais été aussi heureux depuis que je suis libre, à mon compte.

 

 

Romain Conversin

 

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Photo en UNE : © Fotovision.fr

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