Interview : Michal Jablonski

Interview : Michal Jablonski

L’artiste polonais commence à se faire un vrai nom à l’international avec une techno puissante et froide. Faisant partie de l’équipe d’Elite Music Management, Michal Jablonski a connu une année 2017 riche avec pas moins de trois EPs sortis sur trois labels différents. L’homme de l’est entend aussi continuer à tourner avec une performance live fidèle à lui même : sombre à souhait. 

 

[english version below]

 

Techno Cadeau : tu es de Pologne. Quelles sont les relations de ce pays avec la musique électronique ? 

Michal Jablonski : la musique électronique en Pologne est en bonne voie mais le gouvernement n’a pas l’air de traiter ce genre musical d’une manière positive. Comme c’est un style souvent underground, il n’est pas souvent aidé par les autorités. Par exemple, beaucoup d’endroits qui étaient consacrés à la vie nocturne deviennent maintenant des bureaux ou des appartements. On manque régulièrement de lieu pour nos événements. Heureusement, il y a quand même des festivals qui bénéficient de l’aide des autorités locales comme Up To Date Festival à Bialystok ou Audioriver à Plock. Quand on parle d’événements comme les festivals, les autorités ne posent pas d’énormes soucis. Bien sûr, il y a des interventions policières dans les clubs si la musique est trop forte. Dans certaines villes, les clubs dit « recréationnel » sont seulement ouverts jusqu’à cinq heures du matin.

 

Comment la scène se développe dans le pays? Il y a de plus en plus de groupe et de DJs?

La musique électronique marche le mieux dans les zones urbaines des plus grandes villes de Pologne, comme c’est le cas dans la plupart des pays. Pour moi, la scène devient de plus en plus grande et commence à devenir populaire à l’international. Nos producteurs les plus connus sont Blazej Malinowski, Michal Wolski ou Vertical Spectrum.

 

 

On est en train de voir en Pologne – et ailleurs – une montée du nationalisme. Complètement opposé à l’idée même de la musique électronique. Comment tu le vis ?

Malheureusement, c’est vrai. On peut retrouver cette tendance dans certains groupes sociaux ou dans les sous-culture. J’essaie d’éviter de m’impliquer dans la politique. La musique électronique a toujours été le support de l’égalité et c’est aussi mon avis.

 

Tu penses que les artistes de musique électronique ont un rôle à jouer pour combattre ce mouvement d’extrême droite?

Je pense que tout le monde, qu’importe ce qu’il ou elle fait, se doit de combattre le nationalisme.

 

En 2016, tu as joué en dehors de la Pologne pour la première fois. Quel regard tu portes sur ton pays maintenant que tu as aussi connu d’autres endroits ?

La première fois que j’ai joué à l’étranger, c’était à Berlin, dans le légendaire Trésor. Un club qui signifie beaucoup et qui a sûrement influencé ma vision. Depuis, j’ai visité beaucoup de pays et de clubs et ce qui m’intéresse le plus, est la manière dont réagissent les gens des différents pays à ma musique. Malgré tout, je pense que tous les gens du monde de la techno sont similaires. Ils sont souvent des fans de musique avec un esprit ouvert et cela m’aide à me sentir comme à la maison dans différents endroits en dehors de la Pologne.

 

Je pense que tout le monde, qu’importe ce qu’il ou elle fait, se doit de combattre le nationalisme.

En 2017, tu as beaucoup sorti de musique. Comment tu composes ? 

C’est vrai, 2017 a été très intense. Je suis un type de personne qui reste à la maison. Je quitte rarement mon appartement et j’aime passer mon temps libre avec ma musique à la maison. Mon humeur pendant que je compose change régulièrement, tout dépend de mon inspiration et celle-ci est délicate. Parfois, je passe des semaines à procrastiner sans rien obtenir. D’autres fois, une seule semaine est aussi fructueuse que plusieurs mois de production.

 

Comment tu fais pour trouver l’inspiration ?

Je suis inspiré par beaucoup de choses. Souvent dans les jeux vidéos et les films. Je suis par exemple un grand fan d’Hans Zimmer, qui est capable de me placer dans un état de concentration et de méditation pendant un long moment. J’aime aussi beaucoup les accidents dans la période de production. Quand je fais une petite erreur avec mes machines ou le logiciel, j’ai beaucoup de nouvelles idées qui arrive.

 

 

Tu es quelqu’un qui produit rapidement un morceau ou tu prends du temps ?

Cela dépend de mon humeur et de mon inspiration. J’avoue que certaines productions me prennent vraiment très peu de temps, parfois seulement deux jours. Beaucoup dépend du matériel que j’utilise pendant la production. J’enregistre souvent mon travail dans des disques durs sur des boucles simples mais aussi en canaux ouverts. Ainsi, je peux les éditer et les utiliser dans d’autres productions. Quand je pars d’un simple « scratch », ça peut me prendre beaucoup de temps. En général, je passe le plus long de mon temps sur les kick et les basses pour créer une atmosphère sombre. Dans le mix final, j’essaie de ne pas faire des sons comme j’en ai fait précédemment. J’essaie tout le temps de faire quelque chose de différent. Des fois, je me concentre trop sur les détails. Je suis un perfectionniste, qui n’accepte pas la demi-mesure. Mais souvent je ne termine pas les mélodies que je joue sur les lives, ensuite je les oublie après quelques temps.

 

Justement tu es plus quelqu’un qui joue live plutôt qu’en DJ set ? Quelle marge de manoeuvre as-tu ?

Quand je joue live, j’ai un pouvoir absolu sur ce qui va sortir des enceintes. J’ai le contrôle sur les sons spécifiques, sur leur volume, l’ordre et la manière dont ils sont arrangés. En fait, pendant les lives, je donne le meilleur de moi même. Ce qui m’est impossible à faire lorsque je joue la musique de quelqu’un d’autre sur vinyle ou CD. Depuis novembre 2016, j’ai commencé à jouer un hybride entre des DJ Set avec le logiciel Ableton et je vais continuer en 2018. Quand je joue de cette façon, j’ai plus de contrôle sur ce que je veux dire avec la musique que sur un simple DJ set. Ableton me permet d’éditer la musique des autres artistes comme je le souhaite. J’y ajoute mes propres parties, pour le moment surtout des kicks supplémentaires et j’essaie d’instaurer une atmosphère plus sombre.

 

Une fois un DJ m’a dit que quand tu jouais live tu étais concentré sur ce que tu faisais et avait moins d’interaction avec ton public. C’est aussi ton cas ?

Oui c’est vrai, tu as besoin de contrôler beaucoup de chose donc tu dois être concentré sur les lives. Surtout si tu utilises du matériel. Cependant, j’essaie de ne pas m’isoler pendant ma performance et j’essaie de rester en contact avec la foule.

 

Quel est ton setup pour le live ?

En ce moment, j’utilise un Macbook et des controlleurs MIDI : Ableton Live, Ableton Push, BCR2000 ou l’Evolution UC33e et MOTU Ultralite MK3 Audio Interface. Jusqu’à récemment, j’utilisais aussi l’Elektron Thythm mais maintenant je peux obtenir le même résultat avec Ableton.

 

Et en studio ?

Quand je produis à la maison, j’utilise surtout Ableton, les controlleurs MIDI et des outils de Reaktor [Blocks]. Parfois je joue beaucoup avec l’Elektron Analog Four. J’aime beaucoup ce synthétiseur car il est très puissant et tu peux faire absolument tout ce que tu veux avec. Mais pour le moment, je ne vois pas comment l’utiliser directement sur scène.

 

2017 a été une année très riche pour toi. Que peut-on attendre pour 2018 ?

Cela va être une année très importante pour moi. Je vais participer à plusieurs sorties. Un vinyle en solo, un vinyle de remixes et un various artist et aussi quelques remix. Cependant, je ne peux pas donner de détails. Je prépare aussi plusieurs podcasts pour de supers séries. Et vous allez aussi écouter mes lives, hybrides et DJ sets. Beaucoup de voyages sont sur la liste.

 

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Propos recueillis par Romain Conversin

 

 

[English version]

 

You’re from Poland. How friendly is this country with electronic music?

In my opinion, electronic music in Poland is doing well, but the government doesn’t seem to treat it in a sympathetic way. The style is still very underground and is rarely supported by the authorities. It concerns me that many places, which had been dedicated to nightlife before, now became business or apartment areas. Lack of suitable places for our events is a common problem we face. Regardless, there are still some amazing festivals supported by the local governments, like Up to Date Festival in Bialystok, or Audioriver in Plock. It seems to me, that if it comes to events or festivals, the authorities do not cause any bigger problems. Of course, you can expect police interventions if the music in clubs is too loud, and in some towns that are marked as ‘recreational’ clubs are open only until 5am. But it certainly isn’t the biggest problem of the Polish club scene.

 

How does the scene spread up in the country? I’ve seen that there are more and more Djs coming from there, with some collectives.

Electronic music scene works mainly in the urban areas, in the biggest Polish cities, which is a common trend in most of the countries. Polish scene is becoming better and better, and is steadily becoming popular in the international arena. Our famous producers worth mentioning are inter alia Blazej Malinowski, Michal Wolski, or Vertical Spectrum. Locally, there are many collectives that work hard for Polish techno fans.

 

 

We are seeing a rise of nationalism in Poland which is totally opposite to the idea from electronic music. How do you live with that? Is it difficult to see that change in society?

Unfortunately it is true. You can spot these tendencies in some social groups or subcultures. I am trying to avoid politics and getting involved in it. Electronic music has always been supporting equality and I this is also my statement.

 

I assume a lot of people are not ok with this nationalist idea. Do you think elctronic music and artists like you have a role to play to fight the far right movement?

I think that everyone of us, regardless of what he or she does, should fight nationalism.

 

In 2016, you’ve played outside Poland for first time. How do you see the polish scene now you’ve compared with other countries?

The first time I’ve played outside was in Berlin’s legendary Tresor club. It meant a lot to me, and has surely influenced my perspective. Since then I’ve visited many countries and clubs, and what always interests me the most is how the people in a different place will react to my music.  However, I think that all people from the techno world are similar. They are often amazing music fans with an open mind, and that helps me to feel at home in many places outside Poland.

 

I think that everyone of us, regardless of what he or she does, should fight nationalism.

2017 was a year full of releases for you. Can you tell me how do you compose?

That’s true. 2017 has been very intensive, a lot has been going on. I’m a stay-at-home kind of person, I rarely leave my flat and enjoy spending my free time with my music at home. My moods before, during and after are different every time, it all depends on inspiration and this one is tricky. There are times that I spend weeks procrastinating without getting anything done, but sometimes one week is as fruitful as months spent producing.

 

How do you find inspiration?

I get my inspiration from many sources, often in video games and movies. If it comes to film music, I’m a great fan of Hans Zimmer, who is able to put me into the state of focus and meditation for a long time. I also like accidents during the production process, these accidents or mistakes can give me a stream of new ideas.

 

 

Are you a fast producer or do you take a lot of time to produce?

It all depends on my inspiration and mood. I admit, some of my productions took me a very short time, as short as two days. A lot depends on the materials I use during the production. I save most of my projects on external drives in single loops, but also on open channels, that I can edit and use in other productions. If I start something from a scratch, it takes me a lot of time. Longest Time i work on kick drums and sub basses, dark atmospheres, final mix down and trying not to make releases like last one, i trying everytime make something different. Sometimes I think I focus too much on the details. I’m a perfectionist, who doesn’t accept half measures. I often don’t finish things that I play durings the live acts, and then I forget about them after some time.

 

You’re more a live than DJ Set’s guy. Why’s that? What atmosphere can you set in live that you cannot in a DJ set?

When I play live, I have an absolute power over what goes out of the speakers. I have control over specific sounds, their volume, order and arrangement. During the live acts I give the best of me, what is impossible to do when you play someone else’s music from vinyls or cds. Since November I’ve also started playing hybrid and dj sets from ableton, of which you’ll hear more about in 2018. When I play this way, I have more control over what I want to express, than while giving common DJ sets. Ableton allows me to edit other artists’ music as I like, to add my own parts, for instance additional drums or Dark Atmosphere, which gives me countless possibilities.

 

Once a DJ said to me that when he was playing live, he had less interaction when the public than in a DJ set because he was more focus on what we was doing. Do you feel the same way?

I agree, you have to control many things while giving live acts, so it requires more attention, especially if someone is using only hardware. However, I’m trying not to isolate myself during the performance, and to keep constant contact with the crowd.

 

What’s your setup for a live?

Currently it is a MacBook and MIDI controllers: Ableton Live / Ableton Push / BCR2000, or Evolution UC33e and MOTU Ultralite MK3 Audio Interface. Until recently I was also using the Elektron Rhythm, but now I can get the same result with the tools offered by Ableton.

 

And when you produce in studio?

While producing at home, I mostly use Ableton, MIDI controllers and Reaktor [Blocks] tools. For some time I also work a lot on Elektron Analog Four. I love this synthesizer, because it’s a very powerful machine, and you can do literally what you want on it, but for now I don’t see a way of applying it on the stage.

 

2017 has been really rich but what will look like 2018 for you?

2018 is going to be very important to me. I will be involved in some big releases – a solo vinyl, a vinyl with remixes, a few VAs and also other remixes of mine. Unfortunately, for now I can’t give you any more details. I’m also preparing a number of podcasts for several amazing podcast series, you’ll also hear my live acts, hybrids, and DJ sets. A lot of traveling is also on the list.

 

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