Interview : Mïus

Interview : Mïus

Après un an de travail acharné, Mïus a pu dévoiler son album « Eigengrau », sorti sur le label Sonar Kollektiv. Adepte d’ambiances électroniques à la frontière de la pop, le producteur basé à Budapest n’élude pourtant pas la part d’ombre qui plane sur ses titres. On a décidé d’en savoir un peu plus sur cet artiste à part, architecte de métier, qui transpose son amour des structures à ses mélodies.

english version below

 

Pourrais-tu te présenter rapidement pour Techno Cadeau :

Mïus est un projet basé à Budapest. En dehors de la musique, je suis un architecte et des fois je m’occupe du design de certaines scènes pour des films. C’est pourquoi Mïus est un projet artistique à multiples facettes, parce que je fais attention à chaque petit élément, aux vidéos, aux chansons, aux lives visuels et tout ce qui fait partie de l’expression de soi. Tous mes travaux sont l’œuvre d’une mure réflexion.

 

Je pense que faire de la musique à partir de la technologie contemporaine des ordinateurs, ce n’est que le début.

 

Comment est-né ta passion pour la musique électronique ?

Je suis toujours ouvert d’esprit et j’ai une addiction qui fait que je fais attention au moindre petit bruit ou son autour de moi que je trouve intéressant. Cela peut venir de la vie ordinaire, d’un instrument, ou créé d’une manière digitale. Pour moi le monde digital mixé avec des sons acoustiques, c’est ce qui me fascine le plus en ce moment. Je pense que faire de la musique à partir de la technologie contemporaine des ordinateurs, ce n’est que le début. Il y a tellement de choses à explorer. Et les mécanismes de comment faire de la musique sont en train d’évoluer d’une très belle façon dans le monde de la musique électronique.

Quels sont les artistes qui t’influencent le plus ?

Quand j’étais gamin, j’étais obsédé par la musique de Neil Young, The Cure. Mais la première influence majeure, ce fut le trip-hop de Bristol je pense, et après des musiciens comme Bonobo, Peace Orchestra, K&D, Air. Maintenant je suis plus dans un délire experimental techno.

 

Parle-nous d’Eigengrau. Pourquoi Eigengrau? Combien de temps as-tu pensé à faire cet album et combien de temps ça t’a pris pour le finir?

Eigengrau, c’est le nom de la couleur perçue par l’œil dans l’obscurité totale. Ce titre reflète beaucoup de choses. Premièrement, ça peut être l’obscurité qui reflète le climat des chansons. Après si on va plus loin, ça peut représenter l’espace dans lequel il n’y a aucune lumière, là ou juste toi et la musique existe, et de là je t’emmène loin avec moi.

Ça a pris un an pour faire l’album. J’ai invité des musiciens aussi à me joindre pour l’enregistrement. Le concept de base était de frapper une voix gentiment avec des éléments électroniques mélangés à des sons acoustiques. En plus des instruments, j’ai enregistré et édités pleins de bruits ordinaires que je trouvais stimulants. Ces sons (comme du verre brisé, des clés, les rayons d’un vélo, toute sorte de bruit d’objets en bois ou en plastique) peuvent être entendus cachés dans l’album.

 

 

Est-ce qu’il a une importance particulière à tes yeux?

Eigengrau, c’est une nouveau départ pour moi et pour Mïus. Je voulais sortir de la comfort zone, parce que sur mes albums précédant j’avais travaillé avec une chanteuse qui avait une voix particulière et qui apportait vraiment une touche dominante pop aux albums. Et avec cet album il y avait une nouvelle donne et je pouvais écrire des nouvelles chansons instrumentales et travailler avec 4 vocalises.

 

La présence des vocals justement est omniprésente sur ce dernier album. Comment as-tu rencontré ces chanteuses?

Deux des filles sont de Hongrie : Vera Jonas et Dori Hegyi. Toutes les deux sont très cool. Vera est excellente pour utiliser des effets électroniques en live grace à sa voix plus grave, alors que Dori apporte une touche plus douce, plus émotionnelle. Je pense qu’elles exercent un contraste intéressant en chantant toutes les deux, surtout en live. Kasia Kowalczyk vient de Pologne, elle fait partie du groupe Coals. Je l’ai découverte à travers Balcony TV. On a tous les 2 joué là-bas une fois. Je suis tombé amoureux de sa voix dès la première écoute. Elle l’utilise d’une manière très intéressante, comme un instrument, donc il n’y avait aucun doute, on devait travailler ensemble. Laura Hahn est la 4ème chanteuse, elle vient de Venice Beach en Californie. Avec elle, il y avait ce challenge de faire de la musique via Internet. On a réussi.

 

Il y a toujours un avant et un après quand on crée quelque chose de nouveau.

 

Est-ce tu dirais qu’il y aura un avant et après Eigengrau?

Il y a toujours un avant et un après quand on crée quelque chose de nouveau. En tant qu’artiste c’est sûr, parce que cet album m’a amené dans un champ différent de ce que je fais d’habitude et ça a changé ma façon de penser aussi.

 

On ne connait pas grand chose sur la Hongrie. Comment décrirais-tu la scène électronique de ton pays?

Je pense que les mécanismes et les structures sont les mêmes que partout, avec la différence qu’ici le marché n’est pas développé. Et on a milieu underground très distinct du mainstream. On a aussi des soirées avec des DJs qui sont là pour faire plaisir à la masse, mais il y a aussi des DJs et des producteurs qui expérimentent. Ça sort beaucoup à Budapest, mais il nous faudrait des endroits de qualité avec des communautés plus ouvertes et moins de clubs et bars à touristes. Mais je suis un optimiste et je pense que les groupes et musiciens talentueux évoluant dans l’ombre seront bientôt sur la scène internationale.

 

Ça sort beaucoup à Budapest, mais il nous faudrait des endroits de qualité avec des communautés plus ouvertes et moins de clubs et bars à touristes.

 

Et plus précisément là scène techno? On est fans de Jay Lumen. Qu’est-ce que tu peux dire à son sujet?

La scène techno underground ici est un peu sous-évaluée des fois, mais il y a beaucoup de bonnes initiatives comme NVC, et des bons clubs comme Lärm, Toldi, Aether, ou Müszi.

Jay Lumen vient d’un univers différent du mien. Parce que moi je suis plus intéressé par la musique électronique mixée en live avec des instruments. Je suis plus influencé par des artistes qui font ça, comme Kiasmos récemment. Mais Jay Lumen est assez populaire ici, et je pense qu’il fait de la musique de qualité dans son domaine.

 

Y-a-t-il des artistes sur lesquels il faut garder un œil?
Oui il y’en a, comme Imre Kiss, Modeo, Route 8 le label appelé Farbwechsel, ou Selected Sounds. Check them!

 

Téo Dréan

 


 

[English Version]

 

Could you introduce yourself for Techno Cadeau?

Mïus is a Budapest based music project. Next to music I am an architect and sometimes set designer in movies. This describes why mïus is defined as a muli-art project, because I always pay attention to every small detail from songs and videos to live visuals as everything is part of my self-expression. All the works are a result of a mature conception.

 

How did your passion for electronic music arise?

I am always open-minded, and I have an addiction to every little noise or sound around me that I find interesting. It can come from ordinary life, from an instrument, or created in digital field. For me the digital world mixed with acoustic sounds is the most ineresting at the moment. I think the technology of making music with the help of computer is in its early stage, there are many fields out there to be explored. And mechanisms of making music are changing very nicely in electronic music.

 

What are the artists you find the more influential?

As a kid I was really obsessed by the music of Neil Young, the Cure. But the first really big influnce was trip-hop from Bristol I think, and later musicians like Bonobo, Peace Orchestra, K&D, Air.
Now I am more interested in experimental music mixed with techno.

 

Tell us more about Eigengrau. Why is it called Eigengrau? How long have you been thinking about doing this album and how long in total did you need to finish it?

The album title, Eigengrau (the colour seen by the eye in perfect darkness), reflects on many things. In primary level it can be the darkness reflecting on the climate of the songs, in deeper meaning it is the inner space when there are no lights, where only you and my music exist, and I am taking you far away.
The making took a 1 year process, where I invited musicians to join the recordings. The main concept in sound design was to hit a voice in a gentle mixture of electronic sounds and acoustic instruments. In addition to the instruments I recorded and edited a lots of ordinary noises which were found exciting. These sounds (like granny’s glass jar, keys, bike spokes, all kind of woods and plastic objects) can be listened hidden in the album.

 

Does it have a special meaning for you?

Eigengrau is a restart for me and for Mïus. I wanted to leave my comfort zone, because on previous albums I worked with only one singer who had a characteristic voice and she brought a more dominant pop vibe to the albums. And with this album there was a new situation to write instrumental songs and work with four vocalists.

 

The presence of vocals on your work is omnipresent. How did you get to know these singers?

Two of the girls are from Hungary: Vera Jonas and Dori Hegyi. Both of them are really cool singers and songwriters. Vera is great in using live electronic effects with her nice lower-tone voice, while Dori brings a gentle and emotional touch. I think they make a good contrast next to each other, especially at live shows. Kasia Kowalczyk is from Poland; she is a member of Coals. I found her through Balcony TV. Both of us had a gig there, previously. I fell in love with her voice at the first listening, she’s using it in an interesting way, like an instrument, so there was no doubt that we should work together. Laura Hahn is the fourth singer; she is from Venice Beach, California. With her it was more of a challenge to test if making music via the internet works. And it did.

 

Would you say that it will be a before and after Eigengrau?

There is always a before and after creating something new. For me as an artist I am sure, because this album has lead me to a different field and way of thinking.

 

We know very little about Hungary. How would you describe the electronic scene of your country, of your neighbors? Are there famous artists leading the way? Or is it misrepresented?

I think the mechanisms and structures are the same as everywhere, with the difference that we do not have a developed market here. We have a separated underground and mainstream here. We also have the parties with DJs playing in order to serve the audience, but also have producers doing experiments and creating new things. The nightlife of Budapest is really vivid, but it would need more quality spaces and open communities and less of the touristy ruin pubs. But I am optimistic, and I think more of the hidden but nice bands and producers will be active internationally in the near future.

 

And more precisely, the techno scene? We are a big fan of Jay Lumen. What can you tell us about him?

I think the underground techno scene here is a bit undervalued sometimes, but there are lots of good initiatives like NVC, and nice clubs like Lärm, Toldi, Aether, or Müszi.
Jay Lumen comes from a different field than me. Because I am more interested in electronic music mixed with live instrument. I am influenced more by musicians in electronic scene. Like what Kiasmos does to techno. But Jay Lumen is quiet popular here, and I think he is creating quality music in his genre.

 

Is there other artists we should keep an eye on?

There are lot of interesting names here like Imre Kiss, Modeo, Route 8, the label called Farbwechsel, or Selected Sounds. Check them! =)

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