Interview : Oliver Huntemann

Interview : Oliver Huntemann

Oliver Huntemann fait partie de ces dinosaures de la techno, qui continuent à porter la scène avec talent. Le producteur basé à Hambourg, où il se sent bien, n’a pas encore dit son dernier mot, et même s’il ressent de la fatigue, il continue à se passionner pour son métier. Après avoir collaboré pendant des années avec Stephan Bodzin, Huntemann travaille régulièrement avec Dubfire, en plus de ses projets solos, preuve supplémentaire que l’Allemand en a encore sous le pied. Il tourne également partout dans le monde, et il a d’ailleurs été jouer à Paris, seulement quelques jours après les attentats du 13 novembre.

 

Techno Cadeau : c’était très bon de te revoir à Paris. Tu peux nous parler de ce que tu as ressenti en jouant au Faust (ndlr : en décembre dernier) ?

Oliver Huntemann : c’est toujours un plaisir de revenir à Paris, c’est une de mes villes favorites. C’était ma toute première fois au Faust, et j’ai vraiment apprécié. La foule était cool, et le soundsystem était aux petits oignons, ce qui m’a vraiment rendu heureux.

 

Tu as peut-être ressenti une certaine lourdeur dans l’atmosphère par rapport à tes précédentes apparitions dans la capitale française ? Je te demande ça en rapport avec la proximité des attentats ayant frappé Paris le 13 novembre…

J’ai beaucoup souffert avec mes amis français lors de ce terrible jour à Paris. J’admire la force des Parisiens, que ce soit pendant et après les attaques. En tant que DJ, j’essaie de faire passer un bon moment à mon public, et mon objectif est d’être un antidote aux problèmes, en tout cas pendant que je mixe au moins. Je suis plutôt content de pouvoir dire que les Parisiens m’ont probablement montré plus d’amour et d’énergie que jamais ce soir-là au Faust.

 

En octobre, tu avais joué un « all night long » au Zig Zag. Tu préfères quoi ? Un all night long pour toi tout seul ou passer une soirée à partager les platines avec d’autres DJs ?

De temps en temps, j’aime vraiment jouer seul toute une soirée pour pouvoir repousser mes propres limites. Ça me permet de jouer toutes mes cartes, et ça me laisse de la place pour aller dans différentes directions. J’aime pouvoir créer mon propre arc de suspense. Bien sûr, je suis aussi capable de faire ça sur un set de deux heures, mais avec une certaine limite. Pourtant, j’aime aussi beaucoup partager la soirée avec d’autres DJs. Tu rencontres des amis que tu n’as pas vu depuis un moment, tu peux discuter, partager tes pensées et tes inspirations. De plus, écouter d’autres DJ’s est toujours intéressant et important à mes yeux. Si tu penses la musique comme une amie, je dirais qu’un all night long serait comme une soirée avec ton meilleur ami, où tu parles de tout ce qu’il se passe dans ta vie sans éluder aucun sujet, et une soirée avec d’autres DJs serait comparable à une sortie avec plein d’amis où tu parles de tout et de rien.

 

 

Ce n’est pas compliqué d’être un DJ à 40 ans ? Tu ne ressens pas un écart entre toi et la nouvelle génération ?

Bien sûr, je n’ai plus 25 ans et quelque fois, je dois avouer que je me réveille de plus en plus fatigué, mais tout va bien jusqu’à maintenant. Je pense que ressentir un écart n’a rien à voir avec l’âge, c’est plus une question d’esprit. Je pense que je me sens parfois plus à l’écart de gens de ma propre génération, que de personnes de la future garde.

 

Tu vis à Hambourg. Quelle est la raison principale pour être resté là-bas et ne pas avoir tenté ta chance à Berlin ?

Pourquoi doit-on toujours comparer la ville de résidence d’un musicien électronique avec Berlin, si ce musicien ne vit pas dans la capitale allemande ? J’aime simplement Hambourg, et je n’ai pas besoin de suivre les tendances.

 

Hambourg est une ville dans laquelle tu parviens plus facilement à trouver l’inspiration ?

Je suis un voyageur, je puise l’inspiration partout. L’inspiration est comme un courant que tu ne peux pas enfermer dans un endroit en particulier. Enfin, peut-être que certains peuvent le faire, mais ce n’est pas mon cas.

 

 

Concernant ta collaboration avec Dubfire, tu peux nous dire comment vous avez décidé de travailler ensemble ?

Ali m’a écrit en 2008 sur mon Myspace, à l’époque. Il m’avait dit qu’il aimait ma musique et il voulait savoir si on pouvait collaborer ensemble. A l’époque, j’aimais beaucoup la musique qu’il produisait, mais aussi la personne qu’il était, j’ai donc dit oui. Nous n’avons pas beaucoup réfléchi à ce que nous voulions produire. On voulait juste travailler ensemble, on a donc essayé, et ça a plutôt bien fonctionné.

 

Avant de collaborer avec lui, c’était avec Stephan Bodzin qu’on te retrouvait beaucoup. Tu prévois de refaire quelque chose avec Bodzin dans le futur ? Ce n’est pas trop compliqué de gérer les collaborations et les projets solos ?

Je ne fais qu’une collaboration à la fois, et pour le moment c’est celle avec Dubfire. J’ai besoin d’espace pour mes propres idées et projets. Travailler avec quelqu’un entraîne forcément une perte de temps pour ton propre projet, je dois donc définir des priorités. Même en faisant ça, je trouve que c’est difficile d’avoir du temps pour être créatif en studio avec les voyages que je fais. J’ai gardé quelques semaines au printemps pour finir mon nouvel album. C’est ce sur quoi je suis concentré pour la première partie de 2016.

 

Il y a un artiste français que tu admires ?

Laurent Garnier m’a beaucoup inspiré dans le passé grâce à sa capacité à combiner différents genre pendant un DJ Set palpitant.

 

 

Quiz express

 

Vinyle ou digital ?

Que ce soit le vinyle ou le digital, ça ne fait pas un bon DJ. Je vais juste dire : la musique. J’ai grandi avec le vinyle et je joue sur support digital maintenant

 

Live ou DJ set ?

DJ set.

 

Ton film favori ?

Being John Malkovitch.

 

Ta série favorite ?

Lilyhammer.

 

Ton artiste favori ?

Banksy.

 

Ton morceau favori ?

Roads – Portishead

 

 

Ton LP favori ?

Portishead – Live at Roseland, NYC

 

Romain Conversin

 

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English version

 

It was great to have you in Paris once again… Can you describe with words how did you feel when playing this last time (December at Faust)?

It’s always nice coming back to Paris, one of my favourite cities. Last time it was my first appearance at Faust and I really enjoyed it much. A cool crowd and a top soundsystem made me quiet happy.

 

Did you maybe notice this time some heavy atmosphere regarding previous gigs? Asking this because of the proximity from the terrorist attacks in Paris on November-13

I suffered a lot with my french friends at this incredible sad day in Paris. I admire the strength of the parisians during and after the attacks. As a DJ I try to give people a good time and make them forget their worries, at least for that moment. I‘m happy to say that the parisians showed me probably more love and energy than ever.

 

You played also (in October) a “all night long set” at Zig Zag. What do you prefer, a long night only with your music in the booth, or sharing the night with some guest DJs?

From time to time I really enjoy playing an all night long set and push my own boundaries. It gives me the possibility to play out my full crate and some space to move into various directions. Creating my personal arc of suspense. Surely, I‘m also able to do it within a two hours set but with a certain limitation. Also sharing the night with other DJ‘s is very nice. You meet friends you haven‘t seen for a while, get a chance to chat, share thoughts and inspirations. I still find it interesting and important to listen to other DJ‘s. If you see music as your friend, you probably could compare an all night long set like one night with your best friend where you simply speak about everything in your life or going out with many friends talking about this and that.

 

Is it difficult to be a DJ at more than 40 years? Don’t you feel a gap between you and the new generation sometimes?

Surely I‘m not 25 anymore and sometimes I must admit to wake up a little bit more tired but it‘s all good so far. Feeling a gap has nothing to do with age, it‘s a matter of mind. I guess I often feel more gaps with people from my generation than the new one.

 

You are based in Hamburg? Main reasons to stay in the city comparing to Berlin?

Why do we always have to compare an electronic musicians homebase with Berlin, if the musician does not live in Berlin? I simply love Hamburg and don’t need to follow the mob.

 

Is this a place where you can manager better to find inspiration?

I‘m a traveller, I gain inspiration everywhere. Inspirations is like a stream, you can‘t lock it to a certain location. Well, maybe someone can but that’s not me.

 

Can you talk about your collaborations with Dubfire. How / when did you decide to work together?

Ali wrote me 2008 back then on Myspace, said that he likes my music and asked, if we should do a collaboration. I liked Dubfire’s music and person much and said yes. We did not think too much about what we do or want. We just wanted to work together, tried it and it worked out.

 

Before that, Stephan Bodzin .. do you plan to do something with Bodzin in the future? Is this easy to manage all this duets/collabs and your solo career at same time?

I only do one collaboration at the time and at the moment it is still the one with Dubfire. I need space for my own stuff and ideas. Working with someone else means less timeslots for my own, so I have to set priorities. Even with this and the amount of travels I do it is sometimes quiet difficult to find time to be creative in the studio. I kept some weeks in spring to finish my new album. That’s my focus for the first half of 2016.

 

Is there a French artist you particularly admire?

Laurent Garnier inspired me much back then with his talent to combine different genres during a thrilling dj set.

 

 

Quiz express

 

Vinyl or digital?

Either vinyl or digital makes a good dj. I just go for: music. I grew up with vinyl and play digital now.

 

Live or Dj set?

DJ-Set.

 

Your favourite movie?

Being John Malkovich

 

Your favourite series?

Lillyhammer

 

Your favourite artist?

Banksy

 

Your favourite song?

Roads – Portishead

 

Your favourite LP?

Portishead – Live at Roseland, NYC

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