Interview : Rodriguez Jr. – Baobab

Interview : Rodriguez Jr. – Baobab

Rodriguez Jr. revient sur son album Baobab sorti en Juin sur Mobilee. Olivier Mateu nous a livré un travail d’orfèvre, un mélange de passion et de patience, entre retour aux sources et expérimentations. 

 

Baobab est sorti au début de l’été. Depuis combien de temps ce projet est-il en train de maturer dans ton esprit ?

J’ai travaillé sur l’album pendant deux ans. Tout a commencé de manière très instinctive. J’avais envie de me lancer sur un long format et de raconter une histoire. J’avais aussi envie d’aller beaucoup plus loin au niveau de la production. Après toutes ces années à tourner en live, il fallait que j’écrive et renouvelle ma signature sonore.

 

Peux tu nous parler du processus de production ? Ce sont des morceaux que tu avais d’abord pensés en dehors du format album ?

Non, tout a été pensé du début à la fin dans le cadre de l’album. J’avais une idée assez précise de la couleur et des textures que je voulais avoir. J’ai dessiné un story board avec les différentes phases du disques – un peu à la manière d’un film – et puis j’ai commencé à écrire et remplir les cases.

 

Comment as tu mis tout cela ensemble ?

J’ai passé beaucoup de temps à collecter des idées pendant mes voyages – des sons, des mélodies, des beats – puis à tous assembler en studio, en rajoutant des couches de synthés et de samples. J’ai parfois assemblé plusieurs tracks pour en construire un seul.
Toute ma maison était devenu un centre d’expérimentation: j’enterrais des vinyls dans le jardin pour les salir et sampler leurs craquements, j’utilisais ma cage d’escalier comme cage de réverbération avec des enceintes et des micros partout, j’utilisais mon magnéto à bande pour compresser et altérer des boucles… Ce sont toutes ces textures qui donnent le son de cet album.

 


 

Pourquoi avoir décidé de nommer ton album Baobab ?

J’avais l’image de ce grand arbre massif qui grandit fièrement dans un milieu hostile en étant soli- dement ancré dans le sol, et je trouvais que c’était une belle manière d’évoquer mes propres racines. J’avais envie de retourner à la source. Pas par nostalgie, mais juste pour retrouver l’énergie originelle. Cet élan que tu ressens quand tu commences à faire de la musique et qui te pousse à y croire, à changer les choses.

 

Qu’est ce qui a nourri ton inspiration durant cette période (autres oeuvres ? Films ? Livres ?)

Tout ce que j’écoutais quand j’étais gamin. Je me suis replongé dans les vieux albums des an- nées 70 et 80 qui ont construit mon identité: Kraftwerk, Jarre, Tangerine Dream, Depeche Mode, Can… C’était génial de retourner à tout ça de manière aussi radicale.

 

Quelles ont été les périodes de doutes vis à vis de la production ?

Les doutes étaient tous liés à la cohérence de l’ensemble. Je ne voulais pas que l’album sonne comme une compilation de tracks deep house. J’ai jeté et recommencé beaucoup de titres avant d’y arriver. Et la collaboration avec Liset été très importante. C’était un un fil conducteur.

 

Par quels états es-tu passé personnellement lors de la production ?

Question intéressante! Ce disque a mis tellement de choses en mouvement autour de moi que j’essaie encore de comprendre ce qu’il s’est passé. Je ne peux pas rentrer dans des détails d’ordre privé ici, mais ma vie a complètement changé. Hard reset. Beaucoup de douleur, beaucoup de joie. Et un nouveau départ… Je crois que ça s’entend pas mal dès la première écoute.

 

Après Bittersweet, c’est ton deuxième album. C’était important de le sortir une nouvelle fois sur Mobilee ?

C’est ma famille! Je ne me suis pas posé la question. J’ai toute la liberté dont j’ai besoin avec eux. Ils font complètement confiance, me laissent libre de mes choix artistiques. Le soutient de !K7 pour la distribution a aussi fait une énorme différence.

Dans quelle mesure la confection d’un premier album t’a aidé dans la composition du second ?

La confection du premier m’a appris à gérer un projet du début à la fin, en étant attentif à la cohérence. Il est très facile de se perdre en travaillant si longtemps sur un projet. On a tellement de puissance et de possibilités en studio aujourd’hui, qu’il est facile de se perdre en chemin. Tout est dans l’art de choisir la bonne route et de prendre les bonnes décisions. Quand tu réécoutes tous ces vieux albums des années 70, tu constates que les mecs n’avaient pas de quoi trafiquer: il fallait trouver des idées fortes, les jouer, les enregistrer sur une bande.

 

T’es tu heurté à des difficultés différentes par rapport au premier ?

Oui. Je voulais vraiment aller plus loin et créer un vrai paysage sonore, avec beaucoup de profondeur de champ. Pour ça, j’ai d’abord du approfondir mes connaissances techniques, expérimenter, et retoucher chaque couche, jusqu’à ce que l’ensemble prenne. ‘Bittersweet’ était beaucoup plus léger et simple que ‘Baobab’, qui marque un profond tournant au niveau du son.

 

C’est important pour toi de sortir de l’esthétique purement dancefloor quand tu composes un long format ?
Il est de plus en plus difficile de sortir de la dictature du dancefloor. Tout est extrêmement formaté aujourd’hui avec les plates-formes digitales, les radios, les clubs… Mais il était important pour moi de trouver une certaine forme d’équilibre et de ne pas seulement focaliser sur le club.

 

Tu as beaucoup travaillé avec Liset Alea. Parle nous de la patte qu’elle a apportée au disque.

Travailler avec Liset a été une fois de plus une expérience extraordinaire. Nous nous connaissons depuis longtemps et avons déjà réalisé des projets ensemble, il y a plus de 10 ans, et nous avons toujours été très complices artistiquement.
J’étais complètement bloqué sur l’album lorsque j’ai eu l’intuition de la contacter. Il me manquait un ingrédient, un fil conducteur. Nous avons écrit trois titres en 24 heures, c’était fulgurant.

Elle a apporté une magnifique touche féminine et organique qui créé un lien entre les différentes phases de ‘Baobab’. Une vibration très forte et fragile à la fois.

 

Quand tout était terminé, tu t’es dit quoi par rapport au produit final masterisé ? As-tu changé d’état d’esprit depuis ?

J’ai demandé à l’ingénieur de mastering d’aller le plus loin possible et d’utiliser mes mixes comme de la
matière sonore. Il y a beaucoup de textures dans mes tracks.


 

Baobab est sorti le 23 juin sur Mobilee. Disponible aussi en vinyle sur Juno

Romain Conversin

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