ITW : Apollo’s Messengers, le jeune potentiel chilien

ITW : Apollo’s Messengers, le jeune potentiel chilien

Nous avons longuement discuté avec Hugo Saval, aka Apollo’s Messengers. Il produit une techno minimale, sombre et mélodique, qui vous ferait taper du pied comme des sauvages. Et pourtant, il n’a que 17 ans ! Le jeune Chilien a déjà signé sur des labels comme Us & Them ou encore Three Hands Records. Un incroyable potentiel encore sous-exploité donc, qui risque d’aller loin. Portrait.

 

[English version below]

 

Pourquoi avoir choisi Apollo’s Messengers ?

C’est une histoire assez marrante en fait. J’ai toujours voulu un nom mystique, parce que je trouvais que ça collait bien à ma musique. Du coup je me suis rappelé du messager des dieux, que je pensais être Apollo (en fait c’est Hermès). Au final, Apollo c’était pas non plus si mal parce que c’est le dieu de la musique. Au départ c’était aussi un projet à 2, avec un ami, c’est pourquoi on a choisi le pluriel.

 

Quel âge avais-tu quand ta passion pour la techno est née ?

J’ai toujours aimé la musique, mais en raison de ma faible connaissance des instruments, je me suis senti guidé vers un genre de musique qui sortait un peu des sentiers battus et des sons conventionnels, et plus technologique. J’ai senti que ça pouvait être un genre de musique que je pouvais maitriser. Mais la passion est née en vérité lors d’une soirée d’anniversaire d’un ami. Mon ami et moi, on s’est décidé à jouer de la techno avec son contrôleur Hercules. C’est à ce moment là que je suis tombé amoureux de la techno. J’avais 14 ans.

 

Comment as tu appris à composer ?

J’ai tout appris tout seul. J’ai démarré sur Fruity Loops. Avec un pote on s’amusait un peu à faire n’importe quoi. Après, on est passé sur Ableton où là on a commencé à s’intéresser sérieusement à regarder des tutoriels Deep House de Point Blank et Dubspot. Ça et en même temps j’essayais de reproduire des sons que j’aimais bien, ça m’a permis d’acquérir une base solide au niveau des synthé et des arrangements. Je pense que c’est une bonne chose de prendre des cours, mais je recommanderais surtout de commencer à faire de la musique avec un pote. Chacun se tire vers le haut et chacun apporte son petit truc que l’autre connaît pas. Le pire c’est au début quand tu comprends rien et c’est un peu chiant de devoir toucher à tout le bordel pour comprendre, en plus ça sonne pas bien donc c’est un peu frustrant.

 

 

On pourrait se demander comment et pourquoi un ado de 17 ans s’investit autant à produire des sons techno alors qu’en théorie il n’a même pas l’âge d’aller clubber. C’est vrai que c’est marrant quand même, tu composes de la musique taillée pour les clubs, et avec talent, et pourtant tu ne peux pas encore aller voir ce que ça donne sur un gros sound system. Comment ça se fait ? Tu sors en boîte des fois ?

J’y pense tout le temps à ça. Je pense au fait que c’est la musique pour les clubs. Ça me rend fier de savoir que peut être quelque part, quelqu’un joue mon son en club et la foule danse dessus, mais d’un coté ça me dérange un peu aussi. C’est embêtant de penser que c’est un genre qui est relégué aux clubs, où les gens sont bourrés ou défoncés et ils ne peuvent pas vraiment apprécier ma musique. Après j’aime pas non plus penser que ma musique est taillée que pour les clubs. J’aime aussi penser qu’on puisse juste l’écouter, vraiment. Ça c’est quelque chose qui est en train de changer aussi je pense avec le courant « melodic techno ».

Je ne sors pas clubber non. Ma passion pour la techno est née au Chili, et pour sortir en boîte techno là bas, c’est pas dans les quartiers les mieux réputés. Mes parents me laisseraient jamais aller là-bas ! (rires)

 

Tu vis encore avec tes parents ? Est-ce qu’ils ne considèrent pas, comme beaucoup de parents de leur génération, que la techno c’est de musique de dégénérés pour les drogués ? Est-ce qu’ils te soutiennent ?

Bien sûr que je vis toujours avec mes parents, je suis toujours au lycée même ! Non mes parents sont très compréhensifs. Ma mère aime bien la techno en fait. Ce qu’ils pensent par contre, et je suis d’accord, c’est que l’industrie de la musique n’est pas quelque chose de très stable niveau style de vie, tout comme le monde du clubbing, où c’est plutôt sombre. Mais évidemment ils m’encouragent à faire de la musique.

 

Est-ce que tu te considères DJ ?

J’aime bien mixer chez moi, mais non je ne me considère pas comme un DJ. Je ne joue pas en club ou quoi, donc non.

 

Envoyer des démos par email, ça sert à rien. Si t’as pas déjà un certain nombre de followers ou si t’es pas relativement connu, ils vont même pas l’écouter. 

 

Tu procèdes comment pour composer ? C’est quoi ton studio set-up ?

J’essaie toujours de m’élargir. Y’a pas longtemps je me suis pris mon premier sytnhé hardware. J’ai une paire de moniteurs 5 pouces, un Macbook, une carte son, le fameux synthé, mon Push bien aimé, et bien sûr beaucoup de créativité.
Je fais tous mes sons sur Ableton. J’essaie toujours de poser les caractéristiques principaux du morceau d’abord. J’essaie de construire le track depuis un son ou une composition. Avant de vraiment démarrer toutes les transitions, j’aime bien créer chaque section plus ou moins et voir comment ça sonne, jouer avec les modulations sur le Push. Je travaille très sporadiquement. Un jour j’ajoute des trucs, un autre je les supprime, puis un autre jour je finis tout en 2 heures. Je travaille basé sur l’inspiration. Si je me sens créatif et inspiré, c’est cadeau ça sort tout d’un coup.

 

Tu prévois de jouer live un jour ?

Mon objectif est de jouer live à un moment donné, oui. J’aimerais bien construire un set up solide, sur lequel je puisse compter à chaque fois, et avec lequel je puisse bien jouer mes productions, afin d’avoir plus de variété.

 

Tu choisis comment les noms de tes tracks ?

Je pourrais t’inventer un truc profond, mais en fait c’est tout simplement en pensant à un truc un peu mystique qui pourrait bien coller avec mon morceau ! (rires)

 

 

Comparé à d’autres artistes qui font à peu près le même genre de musique que toi, tu viens à peine de commencer en fait. Comment t’as fait pour signer sur des labels si rapidement ?

Signer sur un label, c’est vraiment compliqué. Les labels te discriminent, par rapport à qui tu es. Si t’as pas déjà un certain nombre de followers ou si t’es pas relativement connu, ils vont même pas écouter ta démo. Envoyer des démos par email, ça sert à rien. Moi j’ai réussi à sortir des sons quand j’ai commencé à contacter des propriétaires de label, dont je savais qu’ils avaient écouté ma musique. Je pense que le fait que je viens de démarrer, et qu’en plus je suis très jeune, ça influence beaucoup le « facteur d’intérêt » des labels.

 

La puissance de ton titre « Phantom » nous a impressionné. Que peux-tu nous raconter sur ce morceau en particulier ?

Personnellement quand je l’écoute, je trouve qu’il y a un déficit technique. Je l’aime plus tant que ça maintenant. Mais y’a un truc que les gens adorent. C’est le track où il y a le plus de couches. Le mastering, c’est Namito qui s’en est chargé. Il a charté un remix que j’avais fait sur Beatport, j’ai décidé de le remercier, et il m’a répondu qu’il était chaud pour me soutenir, et il a masterisé Phantom.

 

Est-ce qu’il y un label en particulier sur lequel tu aimerais signer ? Pourquoi ?

J’adore Stem Records. Je trouve que c’est vraiment un label qui prône la qualité et c’est très réservé. Sinon un label qui me fait rêver, ce sera encore et toujours Minus.

 

La techno sombre et mélodique est très en vogue en ce moment. En même temps, il n’a jamais été aussi facile de composer chez soi. Comme toi, de nombreuses personnes se mettent à faire leur propre musique. Par conséquent, Soundcloud est saturé, rempli de sons qui se ressemblent tous au final. Que penses-tu de cette homogénéité ?

 

Je suis d’accord. Il y a trop de gens qui font la même musique, mais je pense que c’est différent quand quelqu’un le fait avec le cœur que quand c’est fait pour rentrer dans la tendance. Selon moi, le concept que tout le monde puisse faire de la musique avec si peu d’investissement est une très bonne chose. Ça veut dire que si tu veux percer, il faut te démarquer. C’est l’effet de mode, comme partout. Je pense qu’on est déjà en train de s’en échapper.

 

On pourrait comparer tes sonorités à celles de Mind Against. Est-ce que ce sont des artistes qui t’influencent ?

Je dirais qu’Agents Of Time, Clockwork ou Avatism m’influencent plus, mais oui. Je suis très influencé par cette techno éclectique, melodique et plus rythmée.

 

Au Chili, c’est comme aux USA. L’EDM a le pouvoir

 

Tu as déjà essayé de rentrer en contact avec eux ?

Oui je l’ai fait, et ils ont même répondu. Je l’ai fait y’a longtemps, j’étais pas au top à l’époque. Les deux fois ils m’ont répondu que tout le monde faisait ce genre de musique ! (rires)

 

On est pas trop au courant de comment ça se passe en Amérique du Sud niveau techno. C’est comment là-bas ?

Je dirais que c’est très développé. Au Chili c’est comme aux USA, l’EDM a le pouvoir. Au Pérou, en Colombie, en Argentine et au Brésil, la Deep House et la Tech House sont le gros de la techno. Je pense que tout a commencé avec Maceo Plex et Hot Natured, et depuis le coté un peu plus underground a commencé à grandir.

 

C’est peut-être plus simple de percer là bas non ?

Non. C’est beaucoup plus dur. Je comprends que j’ai quelque chose en plus ici, mais la communauté techno est beaucoup plus petite au Chili, l’underground est contrôlé par des gens plus âgés. De ce que je sais, il n’y a pas de labels non plus, et si jamais quelqu’un devait prendre l’initiative de créer des soirées, le soutien serait minime parce que les gens n’aiment pas cette musique.

 

T’aimerais bien t’installer en Europe plus tard ?

Oui, là ou j’ai grandi, en Espagne.

 

Quizz express

 

Artiste préféré :

Avatism & Clockwork

 

Le morceau le plus joué sur ton iTunes ?

Miguel Campbell – Talking Box

 

L’endroit le plus fou où tu rêves secrètement de jouer ?

Une soirée ENTER, ça serait le rêve

 

Série préférée ?

Breaking Bad

 

Ton endroit le plus insolite à Santiago ?

Je suis trop posé pour des endroits insolites !

 

Plutot before ou after ?

En tant que personne lambda, je dirais le before. Mais en tant que DJ j’adorerais jouer à un after.

 

 

Téo Dréan

 



English version

Why did you choose Apollo’s Messengers as a name?

 

The story is actually quite funny. I always wanted a mystic name, as I felt like it fit with my music. So I remembered the greek god of messages, which I erroneously remembered as Apollo (actually Hermes), but then it resulted in being quite good as Apollo is actually the god of music. The project was also going to be with a friend, which is the reason for it to be plural.

 

How old were you when your passion for techno music arose?
I’ve always liked music, but due to my lack of talent in playing instruments, I felt guided into a type of music which felt more removed from the conventional sounds, and more technological. I felt like it was a type of music I could make. But the passion really started at a friend’s birthday party. Me and my friend decided to take his Hercules controller and to play some techno we had, from the moment I played I fell in love with the music. This was at the age of 14.

 

How did you learn producing?

It was all really self-taught. I first started with FL studio, with me and my friend just fucking around with stuff. Then we both progressed into Ableton and started looking at some Deep House tutorials from Point Blank and Dubspot. This combined with me trying to replicate tracks that I liked, taught me a lot of basic synthesis and arrangement technics. I think it is really good to take courses, but I would really recommend starting to make music with a friend. It leads to the empowering of each other as each one brings in something. I also think that the worse is the beginning as it is boring and stressful as it all sounds like shit and its hard to know what the fuck is going on.

 

One could wonder why a 17 year-old can be so talented/invested at producing techno beats when he is in theory not even allowed to go clubbing. It is indeed funny that you design music to be played in clubs that you can’t really visit. How does it feel? Do you go clubbing sometimes?

I always think about this. I think about this concept of it being club music. It makes me proud to think that maybe someone plays my music at a club and people dance to it, but it also bothers me. It is annoying to think that it is a genre which is relegated to the club, in situations where people are drunk or drugged and they can’t really appreciate my music. I don’t like to just think that it is for clubbing, I like to think that it is also for listening, something I think is also changing with this melodic influence in techno.

I don’t go clubbing. My passion for techno arose in Chile, and with the techno clubs being not being in the nicest place, my parents are rather protective with it hahaha.

 

Do you consider yourself also a DJ?

I do enjoy djing at home, but I don’t consider myself one. I don’t play at clubs, as it is mentioned before, therefore I don’t see myself as one…Yet

 

How do you produce your tracks? What is your studio set up?

I always try to expand, I have just recently just gotten my first hardware synthesizer. It just consists of a pair of 5 inch monitors, a MacBook, a soundcard, a newly added synth, a soundcard, my beloved Push, and, of course, a lot of creativity.

I produce my tracks on Ableton. I always try to lay down the most characteristic part of the track first. Try to build the track off a sound or composition. Before really starting off the full transitions I like to create every section more or less and see how it sounds, as well as test some modulations with the push. I work very sporadically. I generally have maybe a day where I add stuff and then just delete it, and then another day where I make half of the track in two hours. I work based on inspiration. If I am feeling creative and motivated it all comes out.

 

Are you planning to play live one day?

My objective is to play live at some point. I would like to build a setup which I know will work and have more good personal productions so that I have more variety for my sets.

 

How do you choose to name your tracks?

I could invent something deep, but it really is me just thinking of some random mystic shit that could work as a name hahaha.

 

Do you still live with your parents? Don’t they consider, like a lot of people their age, techno as a boom-boom music for junkies? Do they support you?

Of course I live with my parents, I still go to school as well hahaha.

No my parents are very comprehensive. My mother actually likes techno. What they do think, and I agree, is that the music industry isn’t something stable secure, as well as the club life being rather dark. But of course they support me and encourage me to make music.

 

Compared to other artists that produce the same kind of music than you, you basically just started. How did you get your music to be released on labels?

 

Getting signed is very complicated. Labels discriminate a lot by who you are. If you don’t have a certain amount of followers or aren’t relatively known, they won’t even listen to the demo. Sending demos on email is useless. I managed to finally get released when I started contacting label owners and I knew they heard my music. I think the factor mentioned of me being just started summed to me being young also plays into the impression factor which interests labels.

 

 

The power of your track “Phantom” amazed us. What can you tell us about this track?

I personally think of it as being technically deficient. I don’t really like it when I listen to it now. But it has something which people like. I think it is the track with the most background. It got mixed down by Namito. I all came from when he charted me on Beatport for a remix I did, and I decided to say thanks, to which he replied and decided to further support me, in the shape of mixing down Phantom.

 

Is there a label you’d like to release on? Why?

I really like Stem Records. I find it is a very reserved and quality abundant label. As a more of a dream label, Minus will always be the one.

 

The dark, melodic techno is very trendy these days. It’s never been easier to produce stuff at home. Just like you, a lot of people start to produce their own music. Soundcloud is saturated with tracks that in the end sound pretty much the same. What do you think of this homogeneity?

I agree. Too many people make the same music, but I think it is different when someone makes it from their heart than when they do it to hop on to a trend. This concept of everybody being able to make music with such a small investment is great in my perspective. It means that if you want to be recognized, you have to be different. It is just like any other style and trend. I think we are already moving away from it.

 

We could compare your soundscape to the same than Mind Against. Are they artists you think influential?

I would say Agents of Time, Clockwork or Avatism were more influential, but yes. I am heavily influenced by this eclectic melodic rhythm, trancier, techno.

 

Have you ever tried to get in contact with them?

Yes I have, and they replied. I did this long time ago, when I was less skilled. Both times I wrote they said everybody made that music LOL.

 

We don’t know much of the techno scene in South America. How is it back there?

I would say it is very developed. In Chile it is more USA style so EDM has more control. In Peru, Colombia, Argentina and Brazil the Deep House, Tech House and Techno scene is very big. I think it all really started with Maceo Plex and Hot Natured, since then this more underground side of dance music has grown.

 

Maybe it’s easier to break through overthere, as it’s less developed than in Europe. Is it?

No. It is a lot harder. I understand that I am more unique here, but the techno community is a lot smaller in Chile, with the underground being held by older people. From what I know there are no labels here either as well, and if anybody were to take the initiative through showcases and parties, the support would be minimal as people don’t like this music.

 

Would you like to settle in Europe later?

Yes. Back in my homeland Spain.

 

Quizz express :

 

Favorite artist?

Avatism and Clockwork

Most played track in your iTunes?

Miguel Campbell – Talking Box

Craziest place you secretly dream to play at?

My dream is to play at an Enter party.

Favorite series?

Breaking Bad

Favorite unorthodox place in Santiago?

I am too chill for unorthodox places hahaha.

Predrinks or Afterparty?

To have be at as a normal person, predrinks. As a dj I would love to play at an afterparty.

 

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