ITW : Clarence Rise, la réflexion du son

ITW : Clarence Rise, la réflexion du son

Techno Cadeau s’est entretenu avec Clarence Rise. Âgé de 25 ans, le producteur français s’évertue à créer des mélodies alliant le côté dansant et l’aspect plus personnel de la réflexion. Le DJ basé à Metz, aime narrer des histoires à travers ses productions, et on doit avouer que nous aimons particulièrement écouter ce qu’il a à nous raconter. Il a, d’ailleurs, récemment sorti l’EP Wendigo sur le label Fin de Siècle. C’est sa deuxième collaboration avec le label parisien, après l’EP Totem. Rencontre.

 

Techno Cadeau : comment as-tu décidé de te mettre à la musique électronique ?

Clarence Rise : J’ai toujours bossé sur de la MAO (ndlr : musique assistée par ordinateur). Il y a environ 9 ans, je m’amusais, avec une bande d’amis sur la démo d’un logiciel. J’ai, ensuite, commencé à bidouiller, sans tutoriel, en autodidacte. De fil en aiguille, j’ai commencé à mieux maîtriser mon sujet et je suis passé à d’autres logiciels, plus complets. Aujourd’hui, je suis sur Abbleton, mais je suis passé par Cubase, au tout début Fruity Loops. Donc, j’ai un peu tout essayé. On peut dire que ça fait environ 4 ans, que je fais de la musique, que je qualifierais de « vraiment potable ». Avant c’était vraiment du tâtonnement.

 

Déjà, tu étais parti dans l’idée de réaliser une musique froide et atmosphérique ?

Pas du tout ! Au début, ça partait vraiment dans tous les sens. Ça fait seulement 3/4 ans que ma musique est plus axée « techno », à partir du moment où le pseudo « Clarence Rise » est apparu. Au début, c’était plutôt influencé par des labels comme Zone avec Gesaffelstein … donc déjà très froid.

 

Oui, d’ailleurs, on voit du Gesaffelstein jusque dans la pochette de ton premier EP, « The Walkers »

Oui, mes deux premiers EPs étaient plutôt dans cette mouvance-là. Je considère que c’est de l’ancien Clarence Rise. Je me suis vraiment rapproché de ce que je voulais faire avec mes deux EPs sur le label Fin de Siècle (ndlr : « Totem EP », et « Wendigo EP »). Avant, on pouvait encore parler de tâtonnement. Maintenant, je considère que je fais de l’ambient techno, de la deep techno.

 

Tu nous explique ce nom de scène, Clarence Rise ?

Il n’y a pas de grand mystère derrière ce nom. Je cherchais un prénom en particulier, et j’étais en train d’écouter l’album Clarence Park de Clark. Le Clarence vient de là. Quant au Rise, c’est pour illustrer mon parcours, mon avancée, comme veut dire « rise » en anglais.

 

Quels sont les artistes, qui t’ont donné envie de produire de la techno ?

Si on remonte à mes débuts, j’écoutais plutôt des artistes comme Depeche Mode. J’aimais beaucoup leurs sonorités, et c’est un peu grâce à eux, que je me suis mis à la musique. Ensuite, il y a les classiques, les Daft Punk, Vitalic, qui m’ont beaucoup influencé au début, et puis, peu à peu, ces influences-là ont laissé la place à d’autres. J’ai découvert de nouveaux artistes et aujourd’hui, c’est plus ciblé. Je considère que je me suis trouvé, et maintenant il y a des artistes, qui me plaisent, certes, mais qui ne constituent pas des influences à part entière.

 

Tu penses à qui notamment ?

Il y a beaucoup d’artistes de la scène techno italienne que j’apprécie beaucoup. Je pense, notamment, à Luigi Tozzi, Claudio PRC, aux sorties du label The Gods Planet. C’est un jeune label, mais à chacune de leurs sorties, je suis sous le charme. Il y a aussi le label Hypnus Records, des artistes comme Voices From The Lake, et il y a surtout Kandging Ray. Lui, c’est le haut du panier, j’attends son prochain album avec impatience.

 

« Je veux que l’on danse autant que l’on réfléchisse, lorsqu’on écoute mes sons »

 

Dans ta biographie officielle, tu évoques la musique comme une « évasion de soi ». Pour toi, la musique est donc synonyme de voyage ?

Ah oui complètement. En fait, à mes yeux, la musique peut être un vecteur de danse, ou de réflexion. On a tendance à dire que c’est plus l’ambiant, ou l’IDM, qui sont faites pour réfléchir. Or, j’ai envie de faire un son, qui associe un peu les deux. J’ai envie que mon son fasse taper du pied, tout en permettant à l’auditeur de pouvoir fermer les yeux et d’être transporté. Ce n’est pas qu’une histoire de « dancefloor ».

 

Tu es adepte d’un son plutôt obscur et profond. Pourquoi choisir cette ligne directrice ?

J’aime beaucoup le côté mystérieux des sons en général. On y revient encore, mais c’est le côté « mental » du son, qui te donne envie de réfléchir. J’aime beaucoup le concept d’écouter un son et de se demander ce qu’il s’est passé dans la tête du gars, qui a composé ça. J’aime bien l’idée que les gens se posent la même question pour des sons que j’aurais moi-même composés. C’est fait dans l’idée de faire danser autant que faire réfléchir.

 

Penses-tu que si un son est trop orienté « dancefloor », il perd en puissance d’évocation ?

Pas forcément. Tout dépend de ce que l’on souhaite transmettre. Si on veut raconter une histoire, qui demande une certaine puissance, forcément, je vais créer un kick, qui va être groovy. Je peux réussir à faire un mélange équilibré entre « dancefloor » et « réflexion ». Si je prends l’exemple de mon titre l’Astral (ndlr : issu de l’EP « Totem » sur Fin de Siècle), lorsque je l’ai joué en DJ set, la foule dansait bien dessus. Pourtant quand tu l’écoutes plus attentivement, tu sens que l’objectif n’est pas uniquement de faire bouger.

 

 

Ton premier EP s’intitule « The Walkers », c’est un clin d’œil à la série The Walking Dead ?

Non, ce n’est pas un clin d’œil à cette série. En fait, dans chacun de mes EPs, il y a une narration. L’histoire de « The Walkers » porte plutôt sur une critique de la société d’aujourd’hui. Avec tous les gens, qui se comportent finalement presque comme des zombies dans leur façon d’être, en suivant le célèbre « Métro, boulot, dodo ».

 

Tu n’avais démarché aucun label à l’époque pour cet EP ?

Pour celui-là, non. J’ai vraiment voulu tout faire tout seul. En fait, quand j’ai décidé de créer Clarence Rise en 2012, je voulais que tout soit prêt et qu’il y ait un EP de disponible d’emblée. Je n’ai pas voulu perdre de temps, et je voulais balancer directement ma musique. J’avais le support de quelques amis, qui m’ont aidé à faire parler de moi. On peut dire que ça a plutôt bien marché comme ça. De toute façon, je ne sais pas si un label aurait accepté, car niveau mixage et mastering, c’était pas franchement génial à l’époque !

 

A partir de quand, as-tu décidé de démarcher des labels ?

J’avais essayé rapidement pour mon deuxième EP (ndlr : « Corridor ») sans tout miser là-dessus. J’ai sûrement visé un peu trop haut, donc je l’ai auto-produit de la même façon que le premier. Pour mon troisième (ndlr : « Particles of Elsewhere »), j’ai fonctionné différemment. J’ai démarché un petit peu plus et j’avais de bons espoirs. J’ai, d’ailleurs, eu quelques retours, dont celui de Fin de Siècle, qui préférait que l’on fasse quelque chose après. J’ai donc décidé de créer mon propre label, intitulé Freestate Waves, juste pour cet EP là.

 

On parle ici d’un one-shot, ou ce label pourrait permettre d’autres sorties à l’avenir ?

Il a déjà été utilisé pour sortir l’EP de Veronika Nikolic (ndlr : « Feel Slovenia EP »), une artiste lorraine que j’apprécie beaucoup. Je pense, qu’à l’avenir, ce label pourrait être utilisé pour d’autres sorties.

 

Deux de tes titres, Totem et Wendigo, portent des titres issus de la mythologie amérindienne. C’est quelque chose qui t’inspires, non ?

Oui, j’aime bien. C’est quelque chose qui me fascine, parce qu’une fois encore, on reste dans le mystérieux, et j’y puise mon inspiration. C’est un domaine qui me parle. Je n’utilise pas pour autant d’instruments amérindiens, mais j’ai envie de raconter une histoire à partir de ces titres. Après, pour le terme « totem », on peut faire des passerelles entre la mythologie amérindienne et notre propre société. Il est possible de retranscrire l’idée d’un « totem » dans ce qu’on vit tous les jours.

 

 

Tu utilises quand même beaucoup de symboles dans tes titres de productions. C’est à partir de ça que tu puises l’inspiration ?

Ma façon de composer est faite de tâtonnements. Je n’écris pas ma musique avant, je bidouille des synthétiseurs, et dès que quelque chose sonne bien, et amène une image dans ma tête, je décide de broder autour, jusqu’à arriver à un produit fini. Au final, je raconte une histoire à partir de quelques notes au départ, tout se passe au fur et à mesure. J’aime beaucoup expérimenter, et voir les choses prendre forme petit à petit.

 

D’ailleurs, comment tu arrives à trouver l’inspiration ?

L’inspiration, j’essaie, en général, de la puiser quand je me balade en forêt. Je trouve qu’il y a une énergie différente par rapport à la ville. J’ai essayé de chercher l’inspiration en ville, dans la civilisation, mais ça ne marche pas pour moi…

 

Plus spécifiquement la forêt, ou c’est la nature en elle-même, qui te permet de trouver l’inspiration ?

En fin de compte, j’aime être émerveillé par la nature en général. Si tu m’amènes au bord de l’océan, je pense que je trouverais aussi l’inspiration là-bas ! L’avantage de la forêt, c’est qu’il y en a près de chez moi, tout simplement.

 

« Je rêve de sortir un concept album, un peu à la manière de Voices From The Lake »

 

C’est quoi la suite ?

Je fais un peu partie de la famille Fin de Siècle, donc je suis content de continuer chez eux. J’aimerais encore sortir un nouvel EP chez eux, voire un album long format également.

 

Justement, tes productions sont taillées pour des LP. As-tu déjà travaillé dessus ? Ou bien le projet n’est encore qu’au stade de l’envie ?

J’ai pas mal d’ébauches en cours, qui sont plus taillées pour le format album. Le truc, que je rêve de faire, c’est de sortir un concept album, un peu à la manière de ce que peut faire Voices From The Lake. Un titre continu, qui raconterait une histoire du début à la fin, avec des changements d’ambiances, de puissances. C’est énormément de travail, donc c’est encore au stade de projet pour le moment.

 

Qu’en est-il des performances en live ?

Je tourne de temps en temps, principalement en DJ set, mais pour le moment c’est plutôt calme, ce qui n’est pas plus mal, car ça me laisse du temps pour composer. L’objectif que je souhaiterais atteindre est, quand même, de réussir à créer un live. Je sais à peu près comment je pourrai le faire fonctionner, comment je vais opérer sur scène, mais il me faut plus de matière pour pouvoir me consacrer au live. Il me faut créer des boucles, des patchs de synthés, j’ai encore pas mal de choses à préparer. J’aimerai aussi pouvoir mettre cela en place avec un support visuel derrière.

 

Tu aimes beaucoup raconter des histoires. As-tu déjà pensé composer pour un film ?

Un duo d’ami avait réalisé un court métrage, il y a quelques temps. Ils m’avaient demandé de réaliser la bande-son, ce que j’avais fait. Cependant, il n’y a pas eu de suites. L’idée me plairait beaucoup. Si jamais l’occasion se présente pour un court ou un long métrage, je m’y mettrai avec plaisir. Voire même, la composition d’une bande-son de jeux vidéo me plairait bien aussi.

 

 

Quizz Express

 

Vinyles ou digital ?

A défaut de mieux, je suis digital, mais j’aimerai bien apprendre à mixer sur le vinyle, il y a un certain cachet.

 

Live ou DJ Set ?

Je serai plus live, même si je n’ai pour le moment fait que des dj sets. En général, je préfère quand même voir le live d’un artiste. Cependant, quand je fais mes dj sets, je m’efforce de raconter une histoire. C’est plus compliqué, car tout ne t’appartient pas, mais c’est possible.

 

Soirée dans un gros club ou petite fête intimiste ?

Fête intimiste.

 

Ton film préféré ?

C’est une question compliquée… Je dirai Inception, parce qu’il est tordu et qu’il donne à réfléchir.

 

Ton artiste préféré ?

J’ai envie de dire Depeche Mode, mais il y a aussi Kangding Ray…

 

Ta musique préférée ?

Or de Kangding Ray. C’est le summum !

 

 

Romain Conversin

 

Image en une  : © Vincent Zobler

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