ITW : Easy Morph, la techno comme péché mignon

ITW : Easy Morph, la techno comme péché mignon

Quelques jours seulement après la sortie de leur EP « College Road » sur le label Péché Mignon, Arthur Portefaix (à gauche sur la photo) et Paul DLP (à droite), que l’on connaît mieux sous l’alias Easy Morph, nous ont accordé un entretien pour nous parler de leur son et du début de leur carrière. Alors qu’ils mixent depuis de longues années, et que leur duo existe depuis 2010, les deux amis rouennais ne sont pas rassasiés, et ne souhaite qu’une chose : continuer à faire leur trou sur la scène techno française. Rencontre.

 

Techno Cadeau : comment vous êtes-vous rencontrés ?

Paul : On s’est rencontrés à la fin du collège, ça a très vite accroché, surtout grâce à la musique qu’on partageait et qu’on découvrait tous les deux.

 

A partir de quand avez-vous décidés de travailler ensemble ? Pourquoi ?

Arthur : On a commencé à mixer ensemble vers l’âge de 15 ans puis est arrivée la création de Easy Morph en septembre 2010. Nous avions les mêmes gouts musicaux, et nous avons développé ensemble notre intérêt pour les musiques électroniques. A cette époque, nous passions notre temps à chercher les meilleurs tracks pour fanfaronner avec les copains qui était dans le même délire. Le djing est donc apparu comme le moyen le plus simple de faire ce qu’on aimait : partager nos meilleurs tracks.

 

Vous avez commencé à mixer vers 15 ans. On peut savoir ce qui vous a attiré dans la scène électronique, alors que vous n’étiez même pas en âge de prendre une vraie claque en live ?

Arthur : Même si nous ne pouvions pas suivre les lives de nos artistes préférés en clubs, nous pouvions cultiver notre intérêt pour leurs musiques via internet. C’est d’abord les sonorités et l’univers que cette musique offrait, qui nous ont intéressés. L’aspect création et prestation nous est apparu peu après.

 

Vous nous expliquez ce choix de nom de scène ?

Arthur : (rires) Alors, à nos débuts c’était juste un délire de pote, donc « Morph » parce qu’on avait tout simplement eu l’idée de mixer dans des sortes de combinaisons intégrales appelées « Morphsuit ». Et le « easy » on l’a pompé au rappeur Booba, qui nous faisait bien rire. On ne s’était pas bien foulé pour le nom clairement.

 

« Si ton intérêt à la production, c’est uniquement de te faire un nom, autant ne pas commencer ! »

 

Le mot « techno » ça vous inspire quoi ?

Arthur : Beaucoup de choses : une histoire, une culture, une communauté, puis une musique remplie d’émotions en tout genre et, qui peut être aussi bien dansante que reposante à l’univers froid et aux sons chauds.

 

Quel est l’artiste actuel qui définit le mieux ce mouvement musical ?

Paul : Je ne pense pas qu’un artiste suffise pour répondre à cette question !

Arthur : Je suis d’accord, mais si je dois en donner un ce serait Benjamin Damage, j’ai vraiment adoré son album Obsidian sur 50Weapons, un réel aller simple pour le cosmos.

 

Quels sont les artistes qui vous ont donné envie de vous lancer dans cette aventure ?

Paul : sans doute une de mes premières claques : Sven Väth !

Arthur : Tous autant qu’ils sont.

 

Vous avez mis un peu de temps à vous mettre à la production, vous avez d’abord commencé par faire du DJ set. C’est un processus logique selon vous ?

Arthur : Je ne pense pas qu’il y ait de processus logique, qui conduise à vouloir se mettre à la production. Pour nous, ça a été une question d’envie du moment, comme on disait un peu plus tôt on a commencé à mixer pour partager nos tracks préférés, on s’est ensuite mis à la production parce qu’on ressentait l’envie de créer nos propres morceaux.

Paul : Exactement. Nous n’étions absolument pas musiciens à nos débuts, d’où l’approche plus simple et plus ludique du djing en premier !

 

On sent quand même qu’il est presque obligatoire pour les DJs de faire de la production s’ils veulent se faire un nom aujourd’hui… Vous en pensez quoi ?

Paul : On est assez d’accord avec ce constat même si il reste des exceptions. Par contre si ton intérêt à la production, c’est uniquement de te faire un nom, autant ne pas commencer !

 

« Nos productions sont instinctives, on suit l’inspiration sur le moment, sans penser à se donner tel ou tel truc à respecter ! »

 

Vous êtes férus d’une techno assez dure, qu’on prend plaisir à écouter dans des endroits clos, bien moites. Les open airs bucoliques ce n’est pas votre truc ?

Arthur : (rires) Ca nous arrive de produire des choses plus calmes, moins sombres mais ce n’est pas ce que nous voulons mettre en avant pour l’instant sous Easy Morph.

Paul : A vrai dire, on a joué seulement sur 2 open airs il-y-a longtemps, et c’est sans doute un truc qui nous manque ! Je suis certain qu’on pourrait y reprendre goût très vite !

 

On sent quand même que vous n’êtes pas fermés musicalement puisque votre techno peut aussi se montrer plus musicale et mélancolique. Vos sons reflètent vos états d’esprit du moment ?

Paul : Sans doute, c’est le genre de choses que je ne cherche pas à expliquer (rires) !

Arthur : Je produis beaucoup en fonction de mon mood, des évènements passés, des émotions traversées, du coup certains de nos tracks sont particulièrement spéciaux pour moi.

 

Vous faites comment pour trouver l’inspiration ?

Paul : Nos productions sont instinctives, on suit l’inspiration sur le moment, sans penser à se donner tel ou tel truc à respecter !

 

A deux, ce n’est pas compliqué d’ailleurs de se mettre d’accord, de participer autant l’un que l’autre à l’élaboration des sons, etc ?

Arthur : Je pense que ça pourrait l’être, mais pas avec nous. Aucun de nous n’a de complexe par rapport au taux de participation de chacun dans un morceau.

Paul : Et on est rarement en désaccord ; puis lorsque ça arrive, le morceau passe souvent à la trappe !

 

Vous produisez en solo en parallèle d’Easy Morph ?

Arthur : Bien sûr, mais aucun de nous n’a d’alias pour le moment. Je fais de la musique car j’en ressens le besoin, c’est comme écrire un journal intime un peu, ça m’aide à évacuer certaines émotions, sentiments.

 

Parlons de votre dernier EP à venir, « College Road ». D’abord pourquoi avoir choisi ce titre précis ?

Arthur : C’est le nom de la rue dans laquelle j’ai vécu à Londres l’année dernière. Un quartier très résidentiel et familial, où toutes les maisons se ressemblent. Je pouvais croiser les mêmes personnes, qui rentraient du boulot toujours à la même heure que d’habitude. Ce genre de comportement conduisait à une routine, qui ne semblait pas laisser la place à un peu plaisir. Donc, dans cet EP, on a essayé d’interpréter cette routine et ses conséquences, une sorte de pétage de cable qui peut être appelé dans certains cas folie, burn-out ou crise de la quarantaine (rires).

Paul : Arthur habitait College Road, j’habite Rue des Poissonniers… c’était l’un ou l’autre ; le choix était vite fait !

 

 

Quelle importance ont les titres de morceaux pour vous ? Vous voyez plus ça comme quelque chose d’accessoire ou cela permet vraiment de donner une couleur à la musique ?

Arthur : Personnellement j’y accorde pas mal d’importance, il donne une sorte de contexte au morceau qui peut me permettre de donner une hypothétique interprétation de ce que l’auteur a voulu exprimer.

Paul : C’est vrai, mais ça dépend vraiment du track, il-y-a aussi des morceaux qu’on ne s’explique pas et auxquels on trouve souvent un titre accessoire !

 

On sent une grande musicalité dans cet EP, qui pourrait presque se rattacher à une forme de house, surtout sur le morceau College Road. Vous vouliez produire des sons plus colorés ?

Arthur : Il n’y avait pas d’intention vraiment claire à la base, comme on disait on produit relativement à l’instinct, on enregistre une boucle, on tourne quelques potards et on arrive à quelque chose qui nous plait.

 

Vous avez pas mal de sons qui sont sortis récemment. On peut s’attendre à ce que ça continue en 2016 ? Vous avez beaucoup de productions sous le coude ?

Arthur : On a encore quelques sorties de prévues prochainement chez Why Are We Here, qui nous ont proposé de très beaux projets. « Ginger EP » avec des remixes, un de Madlex et un que l’on préfère garder secret pour le moment. On a remixé Emerging Pattern pour son EP qui sortira sur WAWH et un track pour un various artist sur le même label.

Paul : Sinon on prépare actuellement un EP avec l’ami Madlex qui promet une belle release et, à côté de ça, on a une petite vingtaine de demos qu’on traine à envoyer… Et on a aussi un remix pour Bassboy qui sortira prochainement sur Qubiq Records.

 

Qu’est ce qui est le plus important quand vous composez des sons ? La structure du morceau, le kick, la boucle ?

Arthur : Tout est important, mais personnellement je suis très tatillon sur les sonorités de chaque élément.

Paul : Le kick a de l’importance puisqu’on va le travailler tout au long de la production, mais j’en accorde aussi énormément aux percussions, sur lesquelles je passe beaucoup de temps.

 

 

D’ailleurs vous utilisez quoi comme matos pour produire ?

Arthur : On a chacun une TR8 et une TB3, et pas mal de VSTs différents comme le Moog Modular, Sylenth1, Oberheim, FM8 etc…

 

Vous venez tous les deux de Rouen, c’est quoi l’état de la scène locale ?

Arthur : La scène locale est plutôt riche, on peut citer comme figure de proue Zadig, qui, dans son élan, a surement participé à la profusion d’artistes et d’événements techno sur la capitale normande. Il y a maintenant pas mal de collectifs de qualité, qui proposent des évènements aussi bien house que techno avec des têtes d’affiches très intéressantes, malgré la récente fermeture de certains clubs, qui accueillaient ce genre d’événement.

Paul : Il y a d’ailleurs un petit festival qui se prépare pour mars, dans un lieu insolite près des quais, ça promet !

 

En ce moment, on voit de plus en plus de rip de morceaux postés sur Youtube, ou Soundcloud. Vous pensez quoi, en tant qu’artistes, de cette nouvelle pratique ? Vous êtes plutôt pour/contre ?

Arthur : Je pense que si le morceau est joué, c’est que la personne qui le joue en a le droit et que donc l’artiste est conscient que ça peut arriver. D’ailleurs je pense même que c’est le but, c’est de faire du teasing.

Paul : Perso je ne suis pas contre, je suis content qu’on puisse écouter notre musique partout dans le monde, si les gens veulent l’acheter c’est encore mieux, s’ils ne préfèrent pas, tant pis !

 

Ce phénomène s’est accentué aussi parce que de plus en plus d’artistes lâchent des sons unreleased dans leurs sets. Sons qui parfois sortent plusieurs années après avoir été entendus pour la première fois. Vous ne pensez pas que ça va un peu trop loin des fois ? Qu’un DJ garde des armes secrètes c’est normal, mais les années d’attente et le manque d’infos peuvent être frustrants pour le public…

Arthur : (rires) Je suis d’accord sur le fait que ça peut être frustrant mais j’ose croire que si le morceau reste unreleased, c’est pour une raison bien différente de garder son track en perso pendant des années.

Paul : Pourquoi se frustrer en voulant désarmer un DJ ? C’est aussi pour ça qu’on aimera revoir tel ou tel dj set…

 

Que peut-on vous souhaiter pour la suite ? Vous nous concoctez quoi pour 2016 ?

Arthur : De continuer comme ça serait déjà bien. Sinon on prépare nos prochaines sorties avec Péché Mignon et WAWH, on a quelques dates aussi dont une à Paris avec Vryche House et Parallèle le 5 mars.

Paul : On prend aussi très bientôt l’avion pour la Grèce, ça promet une belle soirée, et de belles découvertes !

 

 

Quiz express

 

Vinyle ou digital ?

Arthur : Les deux.

Paul : les deux !

 

Live ou DJ set ?

Arthur : Live set.

Paul : DJ set.

 

Le dernier film que tu as vu ?

Arthur : The Hateful Eight

Paul : Pareil…

 

Le dernier livre que tu as lu ?

Arthur : La notice de la TR8 ça compte ?

Paul : Bizarrement, je ne me souviens plus que des dernières notices aussi.

 

La dernière série que tu as vue ?

Arthur : Better Call Saul

Paul : Narcos

 

Ton morceau fétiche du moment ?

Arthur : Pulse Code Mudulation – Hakuro

 

 

Paul : 93 Til Infinity – Souls of Mischief (on sort du registre Easy Morph..)

 

 

Le morceau qui ne te quitte jamais depuis des années ?

Arthur : Muse – Sunburn, je peux remercier mon frangin pour ça (rires)

 

 

Paul : Stamina – Bleak

 

 

Le LP qui t’as marqué en 2015/2016 ?

Paul : Not So Green Fields – Dusty Kid ; surprenant !

Arthur : Benjamin Damage – Obsidian

 

Plutôt before ou after ?

Arthur : After

Paul : After !

 

Le lieu où tu as joué qui t’as le plus impressionné ?

Arthur : Zenith de Rouen

Paul : Je confirme, il y’avait de quoi faire en Kw !

 

Le lieu où tu rêves secrètement de jouer ?

Arthur : Tresor

Paul : J’aurai bien aimé jouer au Trouw avant qu’il ne disparaisse !

 

Ta plus grande peur ?

Arthur : L’ennui et la routine.

 

Au fond, le bonheur le plus simple c’est quoi ?

Arthur : La famille, les amis et des voisins qui acceptent que les murs tremblent un peu par moment. (rires)

Paul : Une bonne cannette !

 

Romain Conversin

 

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Photo en UNE : © L’Oeil Du Loup

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