ITW : Florian Meindl, l’hyperactif

ITW : Florian Meindl, l’hyperactif

Florian Meindl ne s’arrête jamais. Multitâche, le DJ allemand s’occupe également du label Flash Recordings, et participe activement à l’élaboration de modulaires via l’entreprise Riemann Modular. Même s’il frise le burn-out quotidiennement, le Berlinois aime ce qu’il fait et parle de sa triple casquette avec passion. L’occasion de découvrir que Florian Meindl n’est pas prêt de s’arrêter de travailler, et c’est tant mieux.

 

English version below

 

Techno Cadeau : pour quelle raison t’es-tu lancé dans la création du label Flash Recordings ?

Florian Meindl : le label a été fondé en 2006 et il est d’abord passé par un son plutôt electro avant de devenir ce qu’il est aujourd’hui, c’est-à-dire un label qui propose une techno dure.

 

Avec tous les labels déjà existants, quelle était ton idée derrière Flash Recordings ? Comment tu souhaitais marquer une différence ?

Je voulais avoir une plateforme dédiée à mes propres sorties et à celles des artistes que j’aime. Si tu commences à sortir des sons uniquement sur d’autres labels, c’est plus compliqué. Bien sûr, ils vont tout faire pour te mettre dans les meilleures conditions, mais tu vas souvent devoir attendre et suivre leurs lignes directrices…

 

Comment tu choisis tes artistes pour le label ? Tu as plutôt tendance à prendre les démos, ou tu digges un peu de ton côté aussi ?

En ce moment, on reçoit pas mal de démos, entre cinq et dix par jours ! Mais j’aime quand même garder les yeux ouverts sur ce qu’il se passe à côté, et je n’hésite pas à écrire aux artistes que j’apprécie.

 

Non seulement tu as fondé un label, mais tu t’es également impliqué sérieusement dans la manufacture de modulaires Riemann Modular. Peux-tu nous expliquer pourquoi ?

J’utilise beaucoup de modulaires Eurorack. J’ai donc décidé de sortir moi-même certains modulaires que j’aurais aimé avoir mais qui n’existe pas. Je peux d’ores et déjà vous annoncer que le premier modulaire sera un compresseur stéréo, avec un matériel solide mais moins cher, car il est composé de moins de fonctionnalités que ceux des autres entreprises. Souvent les modulaire Eurorack sont remplis de fonctions, qui ne sont pas toutes forcément utiles. Si vraiment, on en a besoin, on peut les assembler avec d’autres modèles de modulaires. Le modulaire, sur lequel on travaille, aura également une fonction « sidechain ».

 

« Je suis souvent au bord de la dépression, voire du burn-out ! »

 

D’où vient cet intérêt profond pour les machines, en particulier les modulaires ?

J’adorais les logiciels « Reaktor » ou « Massive » parce qu’ils proposaient de nombreuses possibilités. Les systèmes modulaires proposent des possibilités infinies, avec, en plus, un son analogue encore plus excitant. Puis les modulaires apportent une touche physique à la musique. Je passe déjà assez de temps sur mon ordinateur pour m’occuper quotidiennement de tous mes projets, donc c’est très rafraîchissant de travailler avec des modulaires sur ma musique.

 

Du coup, n’es-tu pas un peu hostile aux producteurs, qui réalisent leur production avec seulement des logiciels ?

Si à la fin le résultat est bon et qu’ils se sentent à l’aise avec, alors c’est une bonne chose. J’ai moi-même longtemps composé ma musique sur des logiciels. Je travaille toujours à 50% avec le digital quand je dois couper des parties, ou quand je traite les enregistrements analogiques. Je prends le meilleur des deux milieux en fin de compte.

 

Tu es quelqu’un de très occupé, tu trouves du temps pour toi à côté de toutes ces activités ?

Oui un peu… Je marche avec mon chien deux heures, quasiment tous les jours. Et je prends des vacances de temps en temps dans les montagnes autrichiennes. Quand j’ai des concerts au Mexique ou en Thaïlande, je prends souvent une semaine pour profiter de la plage.

 

Il n’y a pas de moments où tu perds toute motivation à cause de la fatigue ?

Bien sûr que si ! Je suis même souvent au bord de la dépression, voire du burn-out… J’arrive toujours à m’en sortir grâce à mes amis notamment. Il faut parvenir à trouver un équilibre, c’est le plus important. Mais cet équilibre est différent pour chaque personne.

 

« Le public parisien est extatique et il aime la techno à la Jeff Mills »

 

Après WAVES en 2012, tu as sorti un nouveau long format, COLLIDE cette année sur ton label. Tu peux nous parler de la suite au niveau de tes propres productions et celles du label ?

Le 13 novembre est sorti l’album remix de COLLIDE avec des artistes comme Hans Bouffmyhre, Dubspeeka, Electric Rescue, Alexander Kowalski, Mario Berger, ou encore Avgusto. J’ai également un EP, appelé « Harmonographic », qui devrait sortir au mois de décembre.

En ce qui concerne le label, il est « full » jusqu’à mars 2016. De nombreuses sorties sont prévues. On va sortir des travaux d’Ejeca, Diego, Alexander Kowalski, Avgusto, Heron, Submerge, Ricardo Garduno, Monolyth, Hobi, Paco Marcelo…

 

 

Tu es personnellement basé à Berlin, que l’on peut qualifier de paradis de la techno. Tu peux nous dire ce qui est inspirant pour la musique électronique dans cette ville ?

Tout d’abord, il y a une véritable culture de la techno underground, définie par des disquaires tels qu’Hardwax ou Spacehall, ou par des clubs comme le Berghain ou l’Arena Club. Dans un second temps, il y a énormément d’artistes qui produisent de la techno, avec lesquels on peut discuter, faire de la musique, échanger des idées. Ce sont de gros avantages, qui permettent une véritable émulation.

 

A Berlin, on observe en ce moment, un phénomène assez fort de gentrification (ndlr : forme d’embourgeoisement qui touche les quartiers populaire et entraîne une transformation des habitations, mais aussi des espaces publics et des commerces). Penses-tu que cela entraîne une menace de la liberté des clubs ?

Il y a toujours eu des clubs à Berlin, et s’ils sont obligés de changer de lieu, ils le feront. Mais c’est vrai que si on se retourne vers le passé, cela a beaucoup aidé la culture techno d’avoir de nombreux bâtiments abandonnés et beaucoup d’espaces après la chute du mur.

 

Mais il y a quand même des clubs qui disparaissent, et pas les moins intéressants qui plus est. On pense notamment au Stattbad, qui a fermé ses portes cette année…

Oui j’y joué pour l’ouverture, il y a quelques années. C’était un club extraordinaire, mais c’est comme ça… Les clubs viennent et repartent beaucoup, il y a du turn-over…

 

Et que penses-tu de la scène techno française ?

Je ne m’y connais pas énormément. J’ai joué à Paris, au Rex Club et au Tunnel. Le public y était vraiment extatique et j’ai senti qu’il aimait beaucoup la techno très énergique à la Jeff Mills. Je pense que mon ami Electric Rescue représente parfaitement le son parisien.

 

 

On dit de plus en plus que l’offre nocturne parisienne est en plein essor, et se rapproche de plus en plus de celle de Berlin. Es-tu d’accord avec ça ?

Oui, il y a des similitudes, il y a beaucoup de points positifs à Paris, mais aussi quelques points négatifs. Je pense notamment à l’explosion des DJs « deep-house ». L’ère deep-house est terminée à Berlin, c’est devenu quelque chose d’extrêmement commercial. Ce qui est bien aujourd’hui, c’est que les jeunes, qui commencent à s’intéresser à la musique électronique sont vraiment branché dans l’underground, la techno rapide et dure. Ils ne veulent surtout pas écouter quelque chose de ringard. Aujourd’hui, tout le monde veut clairement séparer l’EDM de la mouvance underground, et c’est quelque chose de bien pour la « vraie » scène.

 

Tu nous parlais de ton ami Electric Rescue. Comment avez-vous commencé à vous fréquenter ? Tu as également travaillé avec Maxime Dangles, lui aussi, de l’écurie Skryptöm…

Avec Electric Rescue, tout a commencé quand nous avons joué ensemble sur un festival dans les Alpes, ça devait être en 2010 je crois. A partir de ce moment-là, nous avons commencé à nous envoyer des musiques, et nous sommes restés en contact. C’est quelqu’un de très loyal, et il fait une musique à couper le souffle ! Concernant Maxime Dangles, il était déjà sur le label Flash Recordings quand celui-ci était plus branché electro. Quand Flash s’est positionné sur la techno, avec des productions plus analogues, Maxime Dangles suivait lui aussi ce mouvement-là.

 

 

Quizz express

 

Vinyle ou digital ?

Je suis plutôt vinyle pour collectionner chez moi, et plutôt digital pour les clubs. A mes yeux, le vinyle est quelque chose de très spécial et n’est pas vraiment pratique pour la vie de DJs. Le fait de mixer en digital me donne plus de solutions pour opter pour un mix hybride entre DJ set et live.

 

DJ set ou live ?

J’aime les deux de la même façon. Je vais toujours offrir à la fois des DJs set et des lives dans le futur, mais ce sont deux exercices différents. Le live reste quand même beaucoup plus spécial et demande plus de travail.

 

Soirée dans un grand club ou fête plus intimiste ?

J’aurais tendance à dire que je préfère les grands clubs, mais des fois les endroits plus intimistes comme l’Arena Club à Berlin sont exceptionnels aussi, surtout quand tu as des amis présents dans la salle, puisque tu peux tous les voir et interagir plus directement avec l’audience.

 

Ton artiste favori ?

En donner un est impossible donc je vais faire une liste non exhaustive : Sun Ra, Björk, Jeff Mills, Robert Hood, John Coltrane, Miles Davis, Santana, Kraftwerk, Steve Reich…

 

Ton morceau favori ?

Impossible à dire, mais quand la techno rencontre le jazz, je pense à DJ Rolando – Jaguar

 

 

Ton LP favori ?

C’est aussi impossible à dire concernant la techno. Si on parle jazz, alors c’est probablement Kind of Blue de Miles Davis.

 

 

Romain Conversin

 

ENGLISH VERSION

 

For what reason did you decide to create your own label, Flash Recordings?

FLASH Recordings was found already in 2006 and it went from a more electro influenced sound to finally rough Techno.

 

With all the labels already existing, what was your idea behind this creation? How do you wanted to make a difference?

I wanted to have a platform for my music releases and for artists I like, if you release only on other labels they do everything for you but you often need to wait a long time and follow their guidelines etc.

 

Can you talk about you way of choosing the artists for the label? With demo, or you’re digging?

 We get a lot of demos these days, between 5 and 10 a day! But I also keep my eyes open and write to artists I like!

 

Why did you decide to get involved in Riemann Modular?

I use a lot of Eurorack Modules so I decided to release modules I would like to have but are not existing in that way – I can reveal that the first module will be a stereo compressor, built very well but cheaper and with less functions than other companies. Often Eurorack modules are filled with loads of functions but sometimes they are not needed and if you need them you can build them together with other modules! It will have a sidechain function though.

 

Why be so interested in the modular?

I used to like Reaktor or Massive in the software domain because of the possibilities and Modular Systems give you that infinite possibilities but with a more exciting analog sound! And it’s something physical, I spend enough time already on the computer at daytime managing all my projects so it’s a welcome method of working on music!

 

What do you think about producers who make music with just VST and no material at all?

If the end result is good and if they feel comfortable then it’s a great thing, I also did it for a long period of time! I still work 50% digital when I cut out things or process the analog recordings futher etc. – I take the best things from both worlds!

 

Have you some time for yourself with all those activities?

A little bit, I walk with the dog 2h almost every day! And sometimes vacation in the Austrian Mountains and when I have gigs in Mexico or Thailand I often take a week for the beach there as well.

 

Don’t you be tired sometimes?

Of course, even depressed and burned out but I always found a way out with the help of friends! The balance is important but everybody needs to find that out themselves.

 

After WAVES in 2012, you’ve released COLLIDE in 2015, your second LP on FLASH Recordings. What’s next?

This Friday 13. November the COLLIDE Album Remixes will be released incl. Hans Bouffmyhre, Dubspeeka, Electric Rescue, Alexander Kowalski & Mario Berger as well as Avgusto. I also prepared an EP called “Harmonographic” for December!

FLASH Recordings is full until March 2016 with artists like Ejeca, Diego, Alexander Kowalski, Avgusto, Heron, Submerge, Ricardo Garduno, Monolyth, Hobi, Paco Marcelo…

 

You’re based in Berlin aka techno’s heaven. Can you tell us what is so inspiring in this city?

Firstly there is an underground Techno culture which is defined by record stores like Hardwax or Spacehall and also Clubs like Berghain or Arena Club and secondly there are so many artists who produce Techno so you can meet with them a lot and make music and exchange ideas this is a huge advantage and leads to many new interesting things!

 

What do you think about the “Gentrifizierung” in Berlin? Is this a threat for the liberty in the clubs?

I think there will always be clubs and if they need to go to another location they will do – but in the past it was very helpful for the Techno scene to have many empty buildings and a lot of space.

 

There a lot of clubs which closed their doors. And not the less interesting one… We thought about the Stattbad for example…

Yes I played the opening a couple of years ago it was a great location but that’s the way it is, locations come and go a lot!

 

What do you think about the french scene?

I don’t know much about it except when I play in Paris in Rex Club or Le Tunnel that they are very extatic and love energetic fast Techno a la Jeff Mills – my friend Electric Rescue represents the Paris sound very well I think!

 

A lot of people are saying that Paris is like Berlin now, if we take a look at the line up and the party’s offer. Do you agree?

Yes there are similarities, many positive examples but also bad examples with DeepHouse DJs – the DeepHouse time is over in Berlin and very commercial. Especially the young people who come into the scene now they are really into underground stuff, rough, fast Techno, nothing cheesy at all – now everybody wants to clearly separate from EDM too which is good for the real scene.

 

Electric Rescue signed an EP on your label, how did you begin to collaborate together? You’ve worked with Maxime Dangles, from Skryptöm too.

Everything started when Electric Rescue and me played on a festival in the French Alps together in about 2010 maybe and we sent us music and kept in contact! He is also a very kind loyal person and makes outstanding music! Also Maxime Dangles he was on FLASH back in the days already with more Electro influenced stuff and then FLAHS and him got more and more into Techno and analog music production!

 

Quizz express

 

Vinyl or digital?

Vinyl to collect for at home, digital for the clubs because for me Vinyl is something special and not very practical for the DJ life – but digital DJing gives me many opportunities and a hybrid between DJing and playing live.

 

Live or Dj set?

I like both in equal ways – I will always offer a live and a DJ set in the future but it’s two different things! LIVE is more special of course and more work around it!

 

Party in a big venue or more intimate?

For me I like more big venues but sometimes small clubs like Arena Club in Berlin are mindblowing too, especially when there are friends because you can see all of them and interact directly with the people.

 

Your favourite artists?

Sun Ra, Björk, Jeff Mills, Robert Hood, John Coltrane, Miles Davis, Santana, Kraftwerk, Steve Reich…

 

Your favourite song?

Impossible to tell but in Techno meets Jazz it’s DJ Rolando –  Jaguar (The Aztec Mystic)

 

Your favourite LP ?

Also impossible to tell but in Jazz it’s probably Miles Davis – Kind of Blue

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