ITW : Julian Ganzer

ITW : Julian Ganzer

Julian Ganzer représente ce que l’on préfère chez les artistes berlinois : amabilité, décontraction, esprit de famille. Le DJ est en effet le fondateur de Studio Kreuzberg, un collectif d’artistes dont Javier Logares, ED ED on encore IOAKIM SAYZ, et qui sert de melting pot à la création d’une musique deep house authentique et de qualité. Une grande famille en somme. Julian Ganzer nous parle de son parcours, de sa façon de travailler et de voir les choses. Portrait.

 

English version below 

 

Techno Cadeau : Tu n’avais même pas encore ton bac que tu étais déjà derrière des platines à jouer des vinyles. Tu avais quel âge le jour où tu as joué pour la première fois en boîte et quel effet ça t’a fait?

Julian Ganzer : Ma première fois en tant que DJ, c’était quand on fêtait notre bac dans un club nommé le MK2, dans ma ville natale Düsseldorf. Le DJ qui jouait avant moi passait du Hip Hop et de la musique Pop, et il avait plutôt du succès. Est arrivé mon tour, et j’ai commencé mon set avec de la grosse techno énervée et de la trance, sans me rendre compte qu’au bout de 2 minutes y’avait plus personne sur le dancefloor. Au bout du troisième vinyle, on m’a gentiment demandé de laisser l’autre DJ se remettre aux platines.

 

Tu viens donc de la Rhénanie-du-Nord-Westphalie. Alors pourquoi avoir choisi de t’installer à Berlin en particulier ?

J’ai pris cette décision quand je suis allé à ma première Love Parade à Berlin. J’étais tout jeune et innocent… j’avais les cheveux bleus, des piercings, et des pantalons pattes d’eph’. On était dans le bus avec mon meilleur ami, et à cinquante kilomètres de Berlin, j’ai ressenti quelque chose de très fort que je ne peux même pas décrire en fait. Je ne crois pas en l’ésotérisme et les trucs de ce genre, mais à partir de cet instant j’ai tout de suite su que j’allais déménager à Berlin le jour où je quitterais la maison de mes parents.

 

Tu peux être le meilleur musicien au monde, si tu connais pas les bonnes personnes tu resteras pauvre.

 

Depuis, tu as été très actif sur la scène électronique à Berlin. Comment as tu réussi à percer là-bas? Est-ce qu’un solide réseau de connections est important quand on veut percer?

Le réseau ça compte c’est sûr! Tu peux être le meilleur musicien sur Terre, si tu connais pas les bonnes personnes tu resteras pauvre. Mes deux premières années à Berlin, je m’ennuyais un peu, je passais la plupart de mon temps cloitré dans mon appart’ à bosser sur des nouveaux sons. Puis en 2005, c’est mon père en personne qui m’a présenté Patricia Weil, la boss de la Wilde Agency (ndlr : une agence de booking pour artistes axés musique électronique), et qui était à l’époque l’agent de Booka Shade. Des circonstances accidentelles ont fait que Booka Shade était à ce moment là à la recherche d’un directeur de tournée et j’ai décroché le job. C’est là qu’on m’a présenté à l’équipe de Get Physical et beaucoup d’autres artistes Berlinois, et voilà la machine était enclenchée…

 

On connait Berlin comme le berceau des meilleurs clubs de la planète. Quel est ton favoris et pourquoi?

Alors si je devais choisir (ce qui est très difficile), je dirais le Watergate. Le Watergate c’est la toute première boîte que j’ai fait quand j’ai déménagé à Berlin en 2003. À l’époque, ils jouaient encore de la drum’n bass, et tout était un peu différent. Depuis ce jour, j’y vais en tant qu’invité à chaque fois, et depuis 2014 j’ai la chance de pouvoir y jouer régulièrement et même organiser mes propres soirées.

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Avant de devenir un collectif de DJs, Studio Kreuzberg était juste un studio que tu avais installé à Kreuzberg, assez éponyme j’imagine. Est-ce en voie de devenir un label à part entière?

Oui tu as raison. Au début Studio Kreuzberg c’était « juste » un studio de musique dans le quartier de Kreuzberg à Berlin. Mais d’année en année, de plus en plus de collaborations ont vu le jour là bas et de plus en plus de projets entre artistes talentueux sont nés. Un jour en 2013, j’ai décidé de donner à ces projets prometteurs une plateforme, afin de leur permettre de montrer leur musique au public. Puis j’ai organisé la première soirée Studio Kreuzberg au Fiese Remise. C’était prévu comme un évènement devait se produire qu’une seule fois, mais pendant l’after c’était tellement la folie que Timo Hoppert du Fiese Remise nous a offert la possibilité d’en refaire une. Ce qu’on a fait. Après que le Fiese Remise a du fermer en 2014, Robin Drimalski du Watergate nous a offert une nouvelle maison, ce qui nous a fait nous sentir très honorés. Très bientôt d’ailleurs, le 8 Janvier, on fêtera les 2 ans des soirées Studio Kreuzberg.

 

Au niveau de la production, comment et où trouves tu ton inspiration? Tu plonges avec les idées claires où tu pars un peu à l’arrache? Est-ce que tu as une recette spéciale pour produire un morceau?

Non il n’y a pas de recette spéciale. Il faut absolument que je m’inspire du monde qui m’entoure. L’inspiration c’est comme une batterie, il faut que tu la charges. Chacun le fait à sa façon. Moi j’aime bien écouter de la musique pour recharger ma batterie. Ce ne doit pas nécessairement être de la techno. Ça peut être du classique comme une chanson punk.

 

C’est quoi ton set-up dans ton studio?

En ce moment j’ai juste un tout petit set-up basé sur l’ordi. Il n’y a pas longtemps, j’ai stocké tellement de matos du studio dans des boîtes dans ma cave… Parce que ça faisait trop. Des fois tu dois faire le ménage dans ton appart avant de le meubler à nouveau. Donc voilà en ce moment j’essaie de trouver une nouvelle approche pour travailler (ce qui est aussi un moyen de trouver l’inspiration)

 

Ton EP Nodes, qui sort le 20 novembre sur Moodmusic, était prévu pour cet été 2015 à la base. Pourquoi avoir changé la date ?

C’est le monde de la musique…

 

Tu aimes faire de la musique avec tes potes et on comprend très bien pourquoi. Mais n’y a t-il vraiment pas d’inconvénients parfois ?

Parfois tu sens que la collaboration ne marche pas, pour diverses raisons. Si c’est ce que tu ressens, alors il ne faut pas que tu continues par politesse. Des fois la vérité blesse et évidemment tu ne veux faire de mal à personne. Tu t’en vas et tu quittes la collaboration à ses débuts et t’en cherches une nouvelle. Au moins t’es pas déçu.

 

Si le piratage et le streaming (qui est aussi une sorte de piratage pour moi) continue de fleurir, la variété de musiques rétrécira et on passera plus que du Justin Bieber et compagnie à la radio.

 

As tu déjà pensé à produire un LP ?

J’y pense tous les jours.

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Parfois, on retrouve des morceaux sortis ou pas encore sortis sur le net gratuitement parce qu’ils ont fuité. Comment te positionnes-tu par rapport à ce genre d’actes de piratage ?

La consommation de la musique est en hausse mais les royalties payées aux artiste sont en baisse. Comment est-ce possible ? Quelqu’un de brillant affirmait un jour : « la musique gratuite dans un monde capitaliste, ça ne marche pas ». Et c’est tout à fait correct. Si le piratage et le streaming (qui est aussi une sorte de piratage pour moi) continue de fleurir, la variété de musique rétrécira et on passera plus que du Justin Bieber et compagnie à la radio.

 

Comment prépares-tu tes dates? T’es plutôt du genre « il ne faut rien laisser au hasard » où au contraire tu préfères improviser et jouer au feeling ?

Je préfère improviser, ça c’est sûr. Mais chaque improvisation a besoin de préparation. Si t’as pas bien sélectionné tes tracks auparavant tu ne peux pas bien improviser.

 

Parle nous de tes tournées. Est-ce que c’est quelque chose que tu apprécies vraiment ?

Oui. Autre le fait que j’adore voyager à la base, je suis très heureux d’avoir la chance de pouvoir voir le monde et rencontrer autant de magnifiques personnes.

 

As-tu déjà joué en France ?

Oui j’ai joué à un festival près de Marseille il y a 3 ans. Et ces derniers temps on planche sur une soirée Studio Kreuzberg à Paris pour 2016, mais c’est toujours en construction.

 

Au printemps dernier au Watergate, j’ai eu la chance de te voir jouer en B2B avec ton pote IOAKIM SAYZ pour une soirée Studio Kreuzberg justement, et vous aviez tout cassé ! Le dancefloor était plein alors que vous faisiez le closing et qu’il était relativement très tard. Est-ce qu’on peut s’attendre à la même ambiance pour la prochaine en Janvier ?

Oh oui! Attendez-vous à une longue nuit dans un esprit familial, beaucoup de Schnaps et à bien évidemment de la très bonne musique toute la soirée.

Quizz express :

Ton artiste préféré ?

Il y’en a trop pour n’en avoir qu’un seul

Le morceau le plus joué sur ton iTunes :

En ce moment c’est un vieux morceau de hip hop d’un artiste qui s’appelle Agon

Ton film préféré ?

Il y’en a trop pour n’en avoir qu’un seul

L’endroit le plus fou où tu rêves secrètement de jouer ?

Au Vatican

Plutôt before ou after ?

Les deux!


Téo Dréan


 

Original version  in english :

You hadn’t even finished high school that you were already playing records behind decks. How old were you when you first played in a club and how did it feel?

My first gig ever I had at my graduation party at a club called MK2 in my hometown Düsseldorf. The DJ playing before me played Hiphop and Pop music what was working quite well. When we switched I started with my hardest Techno and Trance records, not realizing that the dance floor was empty within two minutes. After three
songs I was kindly asked to let the other DJ play again.

 

Why did you choose to move to Berlin in particular?

The decision was made in 1998 when I was at my first Love Parade in Berlin. I was sweet 15, had blue hair, piercings and flared pants. My best friend and me ware taking the bus from Düsseldorf to Berlin. Suddenly, about 50 km before Berlin, I had this strong feeling that I can’t even describe. I do not believe in esoteric or things like that but from that moment I knew that I’ll move to Berlin the moment I leave my parents house.

 

Since then, you’ve been very active on the electronic scene in Berlin. Tell us more about the importance of a good network of connections when one wants to break through.

Network counts! You can be the greatest musician on earth but without knowing the right people you’ll stay poor. My first two years in Berlin were pretty boring and I spent most of the time in my flat working on new tracks. Then in 2005 I was introduced by my father (!!) to Patricia Weil, head of the Wilde Agency, who was booker for Booka Shade at that time. By accidental circumstances Booka Shade was looking for a tour manager and I got the job. From this moment I was introduced to the Get Physical crew and so many more Berlin artists and the stone started rolling…

 

We know Berlin as the land of the best clubs of the planet. Which one is your favorite and why?

If I’d had to choose a favorite (what is pretty difficult) I’d choose Watergate for sure. Watergate was my very first club I visited when I moved to Berlin 2003. Back in the days they were still playing Drum’n Bass Music and everything looked a bit different. I’m a guest since that day and since 2014 I’m lucky to play there regularly and host my own party.

 

Before becoming a collective of DJs, Studio Kreuzberg was a music studio you set yourself in Kreuzberg, pretty eponymous I guess. Is it to become a proper label?

Yes you’re right. In the beginning Studio Kreuzberg was ‚just’ a music studio in Berlin Kreuzberg. But from year to year more and more collaborations emerged there and more and more projects between different talented people arose. One day in 2013 I decided to give all these promising projects a platform to show there music to the people and organized the first Studio Kreuzberg Night at Fiese Remise. It was meant as single event without any follow up nights but after the party went pretty crazy Timo Hoppert from Fiese Remise offered us the possibility to do another one. So we did. After Fiese Remise had to close in 2014  Robin Drimalski from Watergate offered us a new home what makes us feel very honored . Very soon, January 8th, we already celebrate two years of Studio Kreuzberg Nights.

 

About the production, how and where do you find your inspiration? Do you dive in with clear ideas, or is it more a chaotic approach? Do you have a special recipe to produce a track? 

There’s not special recipe. I definitely have be inspired from something of the outside world. Inspiration is like a battery. You need to charge it. Everybody does this his own way. I like to listen to music to charge my battery. This doesn’t need to be electronic music. I can be a classic records or a punk song.

 

What kind of set up do you have in your studio?

At the moment I have a very small computer based setup. I recently stored so much studio equipment in boxes in my basement because it just felt too much. Sometimes you need to clean your flat before you can furnish it again. At the moment I’m looking for new workflows (also a way of inspiring yourself).

 

Your EP Nodes, was released the 20th of November, whereas it was planned to be released this summer. What caused this delay?

Music business…

 

You love to produce music with your friends together and we can understand why. Isn’t there really any drawbacks sometimes?

Sometimes you feel the collaboration does not work for some reasons. If you get that feeling do not keep on for reasons of politeness (sometime truth can hurt and of course you don’t want to hurt anybody). Quit the collaboration early enough and look for new one. Then you won’t be disappointed.

 

Have you ever been thinking of producing an LP?

Everyday.

 

Sometimes unreleased and released tracks get leaked somehow anyway and get shared to the world for free. How do you feel about this kind of acts of piracy?

Music consumption is rising but the royalties payed to the arists are decreasing. How does this work? A smart person once said „Free music in a capitalist world does not work.“. And he/she is totally right. If piracy and streaming (what is also a sort of piracy to me) will go on like this the variety of music will shrink what leads to Justin-Bieber-all-day-long-radio-stations.

 

How well do you prepare your gigs? Are you rather  the « nothing-must-be-left-to-chance » kind of DJ or do you prefer to play it by ear and let yourself improvise?

I definitely like to improvise. But every improvisation needs preparation. If your record bag is not packed well you can’t improvise well.

 

Tell us about touring. Is it something you really appreciate?

Yes. Apart from traveling it self I’m very happy to have the chance to see the world and meet so many beautiful people.

 

Have you ever played in France? 

Yes. I played at a festival in near Marseille three years ago. Recently we’re working on a Studio Kreuzberg Night in Paris for 2016 but this ist still work in progress.

 

I had the chance to see you play back to back with your friend IOAKIM SAYZ last spring at the Watergate for a Studio Kreuzberg night, and the dancefloor was full, even though you played at the very end of the night. Can we expect the same for the next one to come in January?

Expect a long night with a familiar vibe, lots of Schnaps and for sure good music all night long.

Quizz express :

Your favorite artist?

Too many good ones to just have one favourite

The most played track on your iTunes :

At the moment an old school hip hop tape by an artist called Agon

Your favorite movie?

Too many good ones to just have one favourite

The craziest place you secretly dream to play at?

Vatikan

Predrinks or Afterparty?

Preparty + Afterdrinks!

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