ITW : Mathame, les ovnis de la techno

ITW : Mathame, les ovnis de la techno

Nous avons interviewé  Matteo et Amedeo Giovanelli, qui forment ensemble le duo Mathame. Les deux frères, habitués des labels Connaisseur et Souvenir Music, connaissent actuellement une période formidable, leurs dernières productions étant jouées par des membres du label Life and Death depuis l’ADE à Amsterdam. Ils délivrent une techno sombre mais céleste, spirituelle même. En plus d’être des producteurs de génie, ces Italiens sont aussi de pointus experts dans le domaine de l’audiovisuel. Leurs réponses à nos questions nous indiquent que l’ascension de ces deux ovnis de la planète techno ne fait que commencer. Accrochez-vous, ça parle musique comme rarement.

 

English version below

 

Techno Cadeau : pouvez-vous nous décrire votre première expérience en tant que DJ en club ?

Mathame : c’était assez traumatisant à vrai dire. Une fille est venue nous voir avec des tickets boissons, et nous a commandé un Gin Tonic.

 

Ce n’est pas trop difficile de percer sur la scène techno italienne ?

On vit une époque appelée « L’ère de la complexité », parce que l’information évolue, le nombre de pratiquants aussi. Du coup pour percer, c’est plus difficile, et ça dans tous les milieux. Concernant la scène techno, c’est pareil : le niveau est toujours plus haut. Il y a quelque chose d’agnostique un peu là-dedans.

 

C’est vous qui êtes rentrés en contact en premier avec des labels ou ce sont eux ?

En ce moment c’est les 2.

 

 

Est-ce que la Grey Area (ndlr : une agence de booking) a joué un rôle important dans votre développement ?

Bien sûr ! La collaboration est très importante au début, mais ce qui est encore plus important c’est qu’ils ont une vision sincère concernant ce qu’on fait, et c’est ça qu’on apprécie vraiment.

 

Dans votre biographie, on a pu lire que vous essayez d’extrapoler le son depuis les atomes. Vous pouvez développer ?

La musique électronique est faite à partir de mouvements d’électrons modulés. Rien de plus. On trouve ça marrant de traduire le concept et de nous considérer comme des mineurs qui essaient de creuser à l’aide des machines pour extrapoler quelque chose qui est déjà à l’intérieur de la matière.

 

Vous ne composez seulement qu’avec des machines et pas d’ordinateur. Quel genre d’équipement vous avez dans votre studio ?

 

Ce n’est pas totalement vrai, puisque on a besoin d’un ordinateur pour effectuer quelques tâches. Mais ce n’est qu’un arbre dans la forêt, ce n’est pas le processus entier. C’est pourquoi on aime bien jouer avec différents hardwares, des synthés pas chers aux modules, en passant par les drum machines ou les microphones.

 

Nous choisissons les titres de nos morceaux à partir des noms de personnages extraits de contes que nous racontait notre grand-père

 

Il y a des artistes qui ne composent qu’à l’aide d’un ordinateur, et qui s’en sortent très bien, on pense à Recondite par exemple. Pourquoi avez-vous décidé de ne pas faire comme eux ?

 

Comme on l’a déjà dit, on ne refuse pas l’utilisation des VST. C’est juste qu’on trouve ça difficile d’extrapoler les sons depuis les atomes de cette manière.

 

Quels sont les artistes qui vous influencent le plus ?

Matteo : Tarkovskij et Beethoven

Amedeo : Jedi Mind Tricks

 

Quel est votre objectif principal quand vous composer un morceau ?

Ce n’est pas facile à expliquer. On peut dire qu’on essaie de dévoiler quelque chose qui repose en notre intérieur et notre extérieur à fois, dans un temps donné.

 

Comment choisissez-vous le nom de vos morceaux ?

Ce sont les noms de personnages extrait de contes que nous racontait nos grand-pères.

 

Vous avez appelé un de vos titres « Amen », et une de vos dernières production, « Defrhama », dégage une forte connotation religieuse à l’écoute. Pour vous, y-a-t-il une relation entre la musique et la religion ?

La musique et la religion sont étroitement connectées. On peut voir la religion comme un système qui dicte ta vie basé sur des méthodes non scientifiques. Depuis le tout début de l’Histoire, l’Homme est conscient d’être connecté à quelque chose de « mystérieux ». La musique est quelque chose qui peut – parfois juste pour quelques millièmes de secondes – ce « mystère », et la plupart de nos corps peuvent le sentir.

 

 

Vous avez déjà sorties des EPs sur Connaisseur Recordings, maintenant le label Baastard de Vaal. Est-ce qu’il y a un label en particulier sur lequel vous aimeriez bien sortir quelque chose ?

M – Deutsche Grammophone, bien sûr.

A – ICTUS

 

L’Allemagne est le pays de la culture underground et de la techno. Vous avez déjà pensé à partir vivre là-bas ?

Oui on y a pensé. Mais maintenant on dirait que tout le monde est là-bas. Nous, on préfère envisager cette option-là : développer la scène locale de Bergamo, là où vit la plus grande partie de l’année. C’est comme un petit satellite de Milan, et on pense que sera le « prochain Berlin ». Vous nous trouverez peut-être là-bas.

 

Avez-vous déjà joué ailleurs qu’en Italie ?

On a joué à Paris en juin dernier et c’était fantastique ! Les réactions sont généralement les mêmes, mais le degré d’appréciation est varié, parce qu’on pense que les approches diffèrent selon les différentes traditions musicales du pays.

 

Le concept c’est : on est libres de produire de la musique donc vous êtes libres d’en profiter

 

Vous préférez jouer live ou en DJ set ?

Jouer live, c’est difficile. Puis tu ne peux pas profiter pleinement de la soirée parce que t’es tout le temps concentré à fond sur tes séquences et ces trucs du genre. Alors qu’avec un DJ set, t’es plus en contact avec la foule et la connexion est vraiment quelque chose d’intense. Certains appellent ça la « vibe », et c’est tout à fait vrai !

 

Beaucoup de vos titres sont en téléchargement gratuit sur votre Soundcloud. Vous pensez que la musique gratuite est une bonne idée ?

Oui. À la base, le concept c’est : on est libres de produire de la musique donc vous êtes libres d’en profiter.

 

Que pensez-vous de la déification de certains DJs, qui doivent jouer toujours plus haut devant des foules toujours plus grandes ?

C’est un effet lié à l’étroite relation entre la musique et la religion dont on parlait juste avant. Aujourd’hui, il faut des shows de plus en plus spectaculaires pour que le public « imprime ». Ces spectacles sont comme le nouveau temple pour les nouvelles « masses digitales ». Chacun doit vivre et imprimer ces grands rites dans son esprit, pour ensuite partager leur expérience « religieuse » avec les autres. N’est-ce pas la même chose que de prier et vivre un moment mémorable avec d’autres personnes dans une église ? Ces pratiques sont très proches…

 

Avez-vous déjà pensé à composer un album ?

Non. Un album entier, c’est quelque chose d’ennuyeux dans l’ère des tweets. Le LP perd son rôle… Il vaut mieux développer et construire un voyage musical pas à pas sur une timeline.

 

Vous avez des projets pour 2016 ?

Oui beaucoup… On a déjà des releases de prévues qui ont reçu pas mal de soutien. Et bientôt on va démarrer l’aventure avec notre petit label « ICTUS ». Mais ce n’est pas tout…

 

 

Quizz Express

 

Artiste préféré?

M – En ce moment c’est Paula Temple, elle est impressionnante.

A – Rodhad

 

Le morceau le plus joué sur votre iTunes ?

M/A – Autechre – Nine

 

 

Film préféré ?

M – ANDREJ RUBLEV – TARKOVSKY

A –  EVANGELION

 

L’endroit le plus fou où vous rêvez secrètement de jouer ?

M- PIAZZA SAN PIETRO (ROMA)

A – Sous l’eau

 

Plutôt before ou afterparty ?

M- Before

A- After

 

Téo Dréan

 

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English version

 

Could you describe us your first club experience as DJs?

It was really traumatic actually. A girl came to us with drinks tickets asking a for a gin tonic.

 

Is it not too difficult to break through the italian techno scene?

The times we are living are called the “complexity era”, because information evolves as well as the practices, and to “break through” is difficult in every field now. Regarding the techno scene, it is the same: the level is higher and higher. There is something “agonistic” in here.

 

Did you approach labels or did they approach you?

At the moment both

 

Did the Grey Area (booking agency) play an important role in your developing?

Of course! The collaboration is important at the beginning, but what’s the most important is that they have a sincere vision, and that’s what we love.

 

In your bio, we could read that you try to extrapolate sounds from atoms. Could you develop?

Electronic music is made by “modulated electrons movement”. Nothing more. We find funny to translate the concept and thinking to us as “miners” that try with machines to extrapolate something already inside the matter.

 

You only compose with machines and no computer. What kind of gear do you have in your studio?

Is not completely true, as the computer is a necessary tool for some processes. But it is only a node, not the whole process. Therefore, we like to play with different hardwares, from cheap synths to modular, or even so from drum machine to microphones.

 

Some artists create great music only and almost only with VST, like Recondite for example. Why do you refuse to use VST?

As we said we don’t refuse the use of VST, but we find difficult extrapolating sounds from atom there.

 

Who are the artists who influence you the most?

M- TARKOVSKIJ – BEETHOVEN

A- VIVALDI – JEDI MIND TRICKS

 

What is the main goal you want to reach when you produce a track?

Is not easy to explain. We can say that we try to “unveil” something (according to Heidegger) being outside/inside us in that time coordinates.

 

How do you choose the names of your tracks?

They are characters names extracted from tales of our grandfathers.

 

You named one track « Amen », and one of your last productions has a very religious connotation, « Defrhama ». For you, is there any relation between music and religion?

Music and religion are deeply connected. We can think of religion as a system that rules your life based on non-scientific methods. Since the very beginning of history, humans are conscious to be connected with something “mysterious”. Music is something that can reach – sometimes only for milliseconds – this “mystery”, and most of all our bodies can feel it.

 

You released on Connaisseur Recordings, now on Vaal’s label Baastard. Is there a special label you would love to release on?

M – Deutsche Grammophone for sure

A – ICTUS

 

Germany is the land of underground culture and techno music. Have you ever considered moving there?

Yes we did, but now it seems that everyone is there. We find more interesting these two choices: grow & develop the local native scene here (we live in Bergamo for most part of the year, which is a little satellite of Milan); and think what city will be the “next Berlin” (maybe you will find us there)

 

Have you ever played somewhere else than in Italy? If yes did you notice changes in the public’s way of acting towards music?

We played in Paris in June and it was fantastic! The reactions are generally similar but the degree of appreciation is various, and we think the different approaches come from the different musical tradition of the country.

 

Do you prefer to play live or DJ sets?

Play live is hard and you cannot enjoy the party because you’re fully focused on sequences and stuff like this… In a DJ set, you are more in contact with the crowd and the connection is something really deep. Some call it “vibes”. It is definitely true!

 

Lots of your tracks are available on free download on your Soundcloud. Do you believe that free music is a good idea?

Yes. Originally, the concept is = we are free to make it so you are free to listen to it.

 

What do you think of the deification of some DJs, who always have to play in front of bigger crowds, higher stages?

It is an effect of the deep connection between music and religion we spoke about. Music system now needs spectacular shows to RECORD, and they are like the new temple for the new “digital masses”. Everyone needs to live and record these big rites, then share their “religious” experience with others. It is not the same as memorize & pray with other people in church? The practices are very close…

 

Do you think of producing an LP?

We don’t think… a full album is boring in the era of tweets. The LP loses his role… It is better to develop and build a musical journey step by step on a timeline.

 

 

Do you have projects for 2016?

A lot… we have some planned releases already supported, and we will start with our little label « ICTUS ». But it is not all.

 

 

Quiz express

 

Favorite artist?

M – At the moment Paula Temple blow me

A – Rodhad

 

Most played track in your iTunes?

M/A – Autechre – Nine

 

Favorite movie?

M – ANDREJ RUBLEV – TARKOVSKY

A – EVANGELION

 

The craziest place you secretly dream to play at?

M- PIAZZA SAN PIETRO (ROMA)

A – Under water

 

You can attend only one: pre-drinks or afterparty?

M- PRE DRINKS

A- AFTERPARTY

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