ITW : Mr Stick

ITW : Mr Stick

On a rencontré Victor Ferrier, aka Mr Stick, un DJ originaire d’Avignon. Adepte d’une techno sombre et mélancolique, le jeune résident du Shelter est en réalité un concentré de bonne humeur, d’humour et d’auto-dérision, qui nous livre son noble point de vue sur son parcours et le monde de la musique électronique. Portrait.

 

Pourquoi Mr Stick ?

C’est parti d’une conversation avec le directeur artistique du Shelter – qui s’occupe aussi des soirées Bassline Party – et qui me disait « trouve toi un nom de scène sympa et accrocheur, ça sera toujours mieux que Victor ». Alors moi dans ma tête tout en rigolant j’ai pensé à Mr Stick tout simplement, en référence à mon physique (grand et mince), puis je suis plutôt partisan des noms de scène décalés. J’avais pas réellement envie de me prendre au sérieux.

 

À quand remonte ta passion pour la musique ?

Cette passion je l’ai toujours eue. En premier temps pour le style hip-hop plutôt old school, et au fil des années tout en grandissant, j’ai su me retrouver dans la musique plus électronique et notamment la techno. Je me souviens de la première fois que j’ai entendu de la techno, c’était chez un ami il y a une dizaine d’années de ça, son père avait une collection impressionnante de vinyles et c’est en parcourant les étagères que j’ai flashé sur la cover d’un vinyle de Laurent Garnier. J’ai aussitôt demandé à mon pote de me le faire écouter et c’est à partir de ce moment là que je suis tombé amoureux de ce style de musique.

 

C’était où ta première fois en tant que DJ ?

Officieusement, et comme pas mal de monde autour de moi, c’était lors d’une soirée chez un ami qui avait à disposition des platines CD et vinyles. Officiellement, c’était au Shelter le 25 avril 2014 donc cela reste assez récent. J’ai eu l’occasion de faire le warm-up d’un ami à moi DJ lui aussi et ça s’est plutôt bien passé pour une première fois.

 

Parle nous de ta relation avec le Shelter.

J’ai pu contribuer à la naissance du projet avec des amis. Cela a commencé par la réalisation de travaux et de mise en place du club. J’ai pu y commencer en temps que serveur et runner pour les soirées qu’on organisait et de fil en aiguille j’ai su mettre en avant ma passion pour la musique au prés du boss de l’époque, et j’ai enfin pu passer derrière les platines et réaliser un rêve de gosse si je puis dire. Donc depuis l’ouverture je suis DJ résident et grâce à cette situation j’ai pu faire la rencontre de gros noms de la scène électronique et pour qui j’ai eu la chance de jouer (Ruede Hagelstein en opening du Shelter, Adam Shelton, Bill Patrick, Ryann Eliott, Mind Against, DJ Tennis, Locked Groove, &ME, Makam, DJ QU, Amir Alexander et bien d’autres encore)

 

En France, il faut éduquer les gens à aimer la musique électronique, alors qu’en Allemagne, c’est presque naturel…

 

Est-ce vraiment important d’avoir un « réseau » pour percer ?

Oui complètement ! ça dépend de quel point de vue on voit la chose mais ça reste un atout majeur pour lancer une carrière.  Par exemple à mon échelle, en temps que DJ résident, cela reste compliqué et ce statut reste encore incompris à mon humble avis. Donc pour percer dans ce milieu là il faut avoir des relations pour pouvoir se permettre de se produire ailleurs et faire des échanges avec d’autres club de France ou d’Europe. Mais sinon dans un autre registre, en se mettant à la production à 100% et en envoyant les projets aux bonnes personnes, le retour peut être plus que positif.

 

À ton échelle, est-ce possible de vivre de la musique électronique sur le plan financier ?

Franchement …. Non. comme je disais le statut de DJ résident est un peu bancal donc se permettre d’en vivre c’est quasi impossible, surtout en étant dans un club de province. Dans les grandes villes peut être que ce n’est pas le cas, mais à vrai dire l’argent je n’y porte pas un réel intérêt. Je fais plus ça pour le coté humain. Certains dirons que c’est « culcul » de dire ça (rires) mais c’est mon cas. Je préfère passer une bonne soirée à faire un bon set et à rencontrer un DJ talentueux et agréable que de me faire un bon billet … Franchement ça m’est égal.

 

On désigne toujours l’Allemagne comme le pays de la techno. Mais la scène allemande n’a-t-elle vraiment rien à envier à la scène française ?

Pour moi la scène allemande est nettement au dessus. En France, cela reste encore trop compliqué pour organiser des soirées ou des festivals sans avoir les autorités sur le dos qui empêche le développement du milieu Underground. Certes on a quelques bons clubs en France et gros collectifs qui font bouger les choses…. Mais ça fait pas tout pour se permettre de rivaliser avec l’Allemagne, surtout Berlin qui est la capitale du milieu Underground et de la culture club électronique éclectique et pointue. À Berlin lorsque tu veux rentrer dans un club, tu dis au videur ou au physio (peut importe où tu te trouves) que tu viens pour voir tel et tel artiste, qui joue sur tel ou tel label, et on te laisse rentrer facilement avec le sourire. En France, les gens qui viennent pour voir tel artiste jouer à tel endroit doivent représenter une part tellement faible que cela montre encore que l’état d’esprit de ce milieu underground est loin d’être correct. En France, il faut éduquer les gens à aimer ce milieu là alors qu’en Allemagne c’est presque naturel… la différence est là.

 

Tu ne trouves pas que Paris fait figure de plaque tournante pour la Techno ? Songes-tu un jour y aller ?

Paris a toujours été le lieu en France pour représenter la Techno. Les premières raves party sauvages se faisaient dans des hangars désaffectés, et petit à petit le milieu s’est normalisé en se déplaçant dans les grands clubs de la capitale. Maintenant chaque soir là-bas , où que tu ailles tu peux trouver une soirée techno avec un gros line-up où juste des collectifs locaux, c’est plutôt cool.

Là j’en reviens justement mais c’était plus pour passer un week-end tranquille pour couper un peu… devoir conjugal oblige (rires)

 

As-tu déjà joué ailleurs qu’à Avignon ?

Oui j’ai eu l’occasion de jouer sur Paris l’année dernière lorsque je suis parti avec le DA (directeur artistique du Shelter) et un autre DJ résident qui est mon ami aussi. C’était au Badaboum et franchement j’en garde un super souvenir. Club mortel, staff super cool, et les gens du début jusqu’à la fin était là et ils en réclamaient encore… alors que nous étions personne pour eux ! Juste des DJs de province mais avec notre style éclectique et pointu on a su les mettre d’accord.

 

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Chez Techno cadeau, on a déjà eu affaire à autre talent d’Avignon, Julien Piacentino. Tu le connais bien?

Oui on se connait bien. C’est quelqu’un que j’apprécie beaucoup, un chic type vraiment sympa.

Ce que j’adore c’est sa manière de taffer. Il fait son boulot en silence dans son coin dans son petit studio. Et mine de rien, ça paye vraiment bien pour lui maintenant avec les sorties qu’il a fait ces derniers temps. C’est cool de voir un mec de la région réussir dans ce milieu et de rester humble. J’en connais beaucoup qui ont perdu la tête et le sens du respect…

 

Dans son interview, il disait que quelqu’un de passionné est capable de faire un super DJ set en surfant sur le top Beatport, et que la différence se fait sur la composition et les lives. Toi tu as des projets niveau production? Quel type de sons souhaiterais-tu créer?

J’ai toujours eu dans ma tête l’envie de me mettre à la production, malheureusement, faute de moyen je ne peux pas y consacrer du temps hormis me faire quelques délires avec un contrôleur midi et Logic, mais c’est sur que je m’y pencherai un jour à 100%. Pour l’instant pour des raisons personnelles ça m’est impossible.

Le son idéal pour moi ça serait quelque chose d’évolutif, progressif. Un début assez calme mélodieux avec des notes de piano et des effets assez électroniques, et bien sûr un kick puissant avec une grosse ligne de basse entrainante. Puis un finish plutôt chill pour faire redescendre la pression.

Lorsque j’ai eu la chance de faire de la compo avec du matos de pro en studio j’ai tout de suite compris qu’il fallait que je retranscrive mes idées sur dessin. C’est à dire que je faisais une ébauche du track que j’avais en tête au feutre sur un tableau blanc. Comme je marche beaucoup sur le visuel, ça m’a aidé à réaliser 3-4 morceaux que je garde que pour moi et lorsque je serai prêt dans ma tête je le ferai écouter à mes potes etc.

 

 

Comment vis-tu la montée de la hype autour de la techno depuis les dernières années ? Est-ce qu’on remarque une différence au sein du public ?

Le public est de plus en plus jeune mais tant mieux ! Ça prouve que l’éducation à grande échelle du milieu underground fait son effet et que de plus en plus de jeunes personnes écoutent de la bonne musique, à défaut d’écouter des conneries comme L’EDM ou toute autre chose du même style…

Mais c’est sur que le milieu Techno attire de plus en plus de monde car ça reste un univers un peu Rock&Roll et ce style de milieu à toujours attiré les foules par son coté un peu secret et mystique.

 

Est ce qu’un public moins fourni mais puriste est préférable à un public fourni mais qui vient que pour picoler et qui se fout de la musique ?

C’est largement mieux un public moins fourni, mais composé de puristes car c’est toujours plaisant en temps que DJs de voir sa musique appréciée par les personnes qui sont en face de toi. Ça pousse à jouer la musique que l’on aime, celle qui fait qu’on arrive à jouer pour ces personnes là et justement on peut se permettre de faire découvrir des tracks inédits, de faire un super DJ set pour qu’ensuite à la fin le public vienne te voir et te dise merci. Ça m’est arrivé la semaine dernière et lorsque j’ai fait ma soirée au Shelter, j’ai eu en face de moi pendant 4h un public qui était là pour écouter de la Techno. À la fin j’ai eu plus d’un « merci » ou d’un «  super set tu nous a régalés ». C’est flatteur certes mais c’est plaisant de voir des gens qui apprécient la musique que tu fais.

 

Je connais quelques DJs, qu’il faut traiter comme si tu avais affaire à la Reine d’Angleterre….

 

Que penses-tu de la déification de certains DJ et de leur comportement un peu prétentieux qui en découle ?

Je trouve ça triste… pas pour le milieu car de partout on retrouve ce type de comportement et dans n’importe quel domaine, mais triste pour eux car ils oublient les principes mêmes de la musique, qui sont le partage avant tout. Sans le public il n’en seraient pas là où ils en sont actuellement, qui pour la plus part c’est à un haut niveau. J’en connais quelques uns avec qui il faut traiter comme si tu avais affaire à la reine d’Angleterre (je ne citerai aucun nom), mais il faut telle voiture pour récupérer l’artiste à l’aéroport, il faut une suite à l’hôtel ou encore une bouteille de champagne avec des serviettes chaudes – mais pas trop – pour l’arrivée de l’artiste dans sa chambre, et ensuite ils se permettent de te traiter comme une merde. Ces personnes là ne m’intéressent absolument pas.

 

On a écouté tes sets et on remarque clairement que tu choisis des tracks plutôt sombres, mélancoliques. Une raison particulière ?

C’est mon style de prédilection à vrai dire. Je trouve que ça retranscrit plutôt bien les émotions que j’éprouve dans la musique. C’est une manière pour moi de montrer qui je suis et ce que j’aime dans la musique techno, car c’est avant tout le style dans lequel je me retrouve et dans lequel j’éprouve énormément de plaisir.

 

Tu joues aussi pas mal de tracks promotionnels. Comment fais-tu pour en recevoir ?

On revient à la question sur le réseau et justement cela en fait partie. Grâce aux DJs que j’ai pu rencontrer, j’ai la chance de recevoir des tracks unreleased ou promotionnels. Sinon sur divers sites (dont je ne peux divulguer le nom car c’est assez restrictif comme milieu) moyennant finance, j’arrive par mois à recevoir une vingtaine de tracks.

 

 

Quizz Express

 

Ton artiste préféré?

DJ Tennis

 

Ton morceau le plus écouté sur ton iTunes?

Eric Volta – Until I Dissolve

 

Ta première soirée techno?

Carl Cox, au Privé, près d’Avignon. UNE TUERIE

 

L’endroit rêvé pour jouer?

BPM Festival au Mexique. La plage, le soleil couchant… il y a pas meilleur endroit personnellement.

 

Plutôt puriste ou plutôt souple?

Souple, je reste ouvert à tout.

 

Plutôt Before ou After?

Before c’est le plus important pour se préparer.

 
 
Téo Dréan, Romain Conversin

 

 

© crédit photo en une : Cyril Doumas

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