ITW : The Iron Years, du rock à la techno

ITW : The Iron Years, du rock à la techno

Thomas et Joe ont formé le duo The Iron Years après diverses expériences dans le rock. Pour les deux hommes basé à Paris, la musique est vouée à faire danser les gens. Pourtant, outre l’efficacité de leur compositions sur les dancefloor, The Iron Years, c’est aussi une faculté à faire rentrer l’auditeur dans un univers. Ils nous parlent de leur parcours, et de leur dernier EP « Self-Similarity » sorti au mois de novembre sur le label Empty Space Records.

 

Techno Cadeau : comment vous vous êtes rencontrés ?

The Iron Years : nous nous sommes rencontrés au collège, il y a une dizaine d’années. On était tous les deux très branchés rock l’époque.

 

A partir de quel moment vous avez décidé de faire de la musique ensemble ?

Ça a commencé de façon très informelle, on venait jouer de la guitare chez l’un ou l’autre, puis on a progressivement commencé à s’intéresser à la production et à la musique électronique.

 

Vous aviez commencé par le rock, si je ne m’abuse. Pourquoi ne pas avoir continué sur cette voix ? L’appel de la musique électronique était trop fort ?

Après plusieurs expériences dans des formations rock un peu bordéliques, on trouvait la musique électronique plus immédiate et inspirante créativement parlant.

 

Quelles ont été vos premières claques musicales grâce à la musique électronique ?

Joe : Masters At Work

Thomas : James Holden

 

Le discours anti star system de la techno est devenu un argument de vente pour une scène underground qui n’a pourtant peu de revendications politiques ou culturelles

 

Vous gardez un mystère sur votre identité, avec des photos floutées ou de dos. Pourquoi cette décision ? Est-ce un moyen de lutter contre la starification de masse des DJs, qui est complètement contraire à l’esprit techno et rave d’antan ?

Nous sommes un peu mal à l’aise avec l’idée de nous mettre en scène et préférons ne pas nous montrer par pudeur. Il nous semble que le discours anti-star system est devenu un argument de vente pour une scène underground qui n’a pourtant pas ou peu de revendications politiques ou culturelles… C’est un peu paradoxal de revendiquer une vision passéiste de la techno qui est pourtant, à l’origine, une musique d’avant-garde.

 

D’ailleurs vous pouvez expliquer à nos lecteurs le choix de ce nom de scène, The Iron Years ?

C’est une référence à notre culture rock, on trouvait amusant d’adopter ces codes, assez lointains finalement de ceux de la musique électronique.

 

Le fait d’être à deux ne pose pas un problème d’égo justement ? Parfois, même si on n’ose pas se le dire, on aime bien récolter les lauriers d’un bon boulot tout seul. Où peut-être êtes-vous dans l’effet inverse, pour vous une victoire collective a plus de saveur ?

On s’est toujours assez bien complétés, donc jusqu’ici on n’a jamais vraiment eu de problèmes d’ego.

 

D’ailleurs comment se passe votre travail à deux, vous êtes en mode détente, ou plutôt hyper pointus ?

Chacun prépare des démos de son côté, qu’on finalise et qu’on valide à deux. La franchise est probablement l’élément le plus important de notre travail. On est très jusque-boutistes en studio, chaque détail à sa place, d’où de fréquents débats interminables sur un choix de hi-hat…

 

C’est quoi votre matos en studio ?

Notre configuration est assez hybride, on achète volontairement peu de matos pour ne pas s’éparpiller et donner du sens à chaque machine. On aime beaucoup tweaker à l’infini, jusqu’à attribuer des fonctions inattendues à certains sons.

 

Nous discutons énormément de la couleur, des émotions que nous souhaitons mettre derrière chaque morceau

 

Trouver l’inspiration à deux, c’est pas un peu compliqué ? Surtout quand on a une idée, et que l’autre ne parvient pas à aller dans notre sens ?

Trouver l’inspiration à deux est effectivement compliqué, d’où nos démos enregistrées chacun de notre côté. En revanche chaque morceau est soumis à un vote, et assez souvent celui qui refuse le morceau a raison de le faire.

 

D’ailleurs, vous faites comment pour trouver l’inspiration ?

Nos morceaux sont toujours très spontanés, en revanche nous discutons énormément de la couleur, des émotions que nous souhaitons mettre derrière chaque morceau. C’est d’autant plus important que nous faisons une musique exclusivement instrumentale.

 

On voit sur vos pochettes d’EP, que la nature a une grande importance, l’eau notamment. Une balade dans la nature, et c’est reparti pour vous ?

Nous sommes tous les deux très adeptes des promenades nocturnes et champêtres.

 

A Paris, vous n’êtes pas forcément au meilleur endroit pour ça d’ailleurs…

C’est vrai, nous aimons d’ailleurs tous les deux beaucoup voyager seuls.

 

Pour en revenir à vos choix d’artwork, on y retrouve un côté noir et blanc, toujours assez mystérieux, ce qui colle avec votre volonté de maintenir un certain anonymat. Pourquoi, cette volonté farouche de rester en suspension ?

L’artwork est un élément essentiel pour nous, il doit absolument illustrer notre musique. L’artwork est simplement une traduction visuelle de nos morceaux.

 

Vous êtes fans de sport ? Vous avez quand même appelé un de vos tracks « 440m haies » et vous avez mis en place un genre de clip avec des images d’archives d’une course des JO de 76. D’ailleurs pourquoi cette course en particulier ?

C’était un genre de blague entre nous, on est quasiment anti-sportifs…

 

 

Parlons un peu de votre dernier EP, « Self-Similarity » sorti sur Empty Space Records. On sent que vous avez fait un gros travail, une fois n’est pas coutume, pour offrir des textures menaçantes et dérouter un peu l’auditeur. Quel était votre idée en le composant ?

Faire danser les gens !

 

 

D’ailleurs, c’est ce qui est véhiculé par le titre d’un track « Crowd Control ». Vous voulez contrôler la foule ?

C’est plutôt l’image assez fascinante et déroutante de voir une foule de gens dansant mimétiquement devant une seule personne.

 

Devenir DJ, c’est aussi cette volonté d’avoir un pouvoir sur un public ? C’est une sensation assez grisante je suppose…

Pour nous un DJ set n’est pas du tout l’exercice d’un pouvoir, c’est même une expérience très interactive, le public nous influence énormément dans la construction de nos sets.

 

Au contraire votre troisième track « Lack of Response », est plus dancefloor orienté, un peu plus léger. Souvent dans vos EPs, la face B tranche un peu avec les deux premiers titres. Pourquoi cette idée-là ? C’est pour amorcer le début d’un nouveau projet ?

A l’origine, cela vient d’une volonté de s’offrir la face B comme un terrain de jeu et d’expérimentation, plutôt que de forcément répéter le même concept.

 

Vous disiez dans une interview, que la France n’avait pas forcément la même culture techno que d’autres pays, et qu’elle était souvent tiraillée entre Allemagne et Etats-Unis. Ce qui est vrai, mais vous n’oubliez pas un peu l’idée de la french touch ?

La French Touch (qu’on apprécie énormément) n’a jamais été techno pour nous.

 

Le réseau est plus important que le talent

 

Vous, qui vivez à Paris, vous ressentez la vague de fraîcheur et de renouveau qui arrive sur la scène techno parisienne ?

Bien sûr, à tel point qu’on ne sait même plus où aller en soirée ! Plus sérieusement, c’est stimulant de voir des labels naître jour après jour.

 

Vous n’aviez pas un peu peur, il y a quelques années, quand la techno était quasiment morte à Paris ?

Le Rex n’a jamais cédé…

 

Cette montée de la hype techno, pousse quand même beaucoup de producteurs à se lancer là-dedans, ce qui entraîne une plus grande difficulté pour percer. Pour vraiment faire son trou dans la musique électronique, le réseau a une importance presque aussi importante que le talent ?

Le réseau est plus important que le talent.

 

Dans le cas d’Empty Space Records, c’est vous qui avez été contactés ou l’inverse ?

L’inverse, Arnaud (boss du label) avait rédigé un beau mémoire sur la musique électronique, nous l’avions contacté à ce sujet sans même savoir qu’il faisait de la musique. On s’est rencontrés, et tout est parti de là.

 

C’est quoi les prochains projets pour vous ?

La préparation du live et la création d’un label pour Thomas.

 

 

Quizz express

 

Vinyles ou digital ?

Digital.

 

Live ou DJ Set ?

Deux expériences trop différentes pour être mises en opposition.

 

Soirée dans un gros club ou petite fête intimiste ?

Fête intimiste.

 

Un endroit où vous rêver de vous produire ?

Au Parc de Princes, avant un match du PSG.

 

Film préféré ?

Calmos de Bertrand Blier

 

Série préférée ?

Californication

 

Livre favori ?

Joe : Clochards Célestes de Kerouac

Thomas : Aucun souvenir assez solide de Damasio

 

Artiste préféré ?

Joe : Led Zeppelin

Thomas : Les Nuls

 

Un label qui vous fait rêver ?

Giegling

 

Morceau qui ne vous quitte jamais ?

Thomas : At The Crack of Dawn d’Etienne Jaumet

 

 

Joe : Reeling In The Years de Steely Dan

 

LP favori ?

Impossible de choisir !

 

Romain Conversin

 

Photo en une : Theodore Von Claer

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