Légion d’Honneur de Laurent Garnier : si utile que ça ?

Légion d’Honneur de Laurent Garnier : si utile que ça ?

Qui d’autre que Laurent Garnier pouvait-il recevoir la légion d’honneur dans la sphère française des musiques électroniques ? Pas grand monde à vrai dire. Mais cette récompense n’est peut-être pas si importante qu’elle pourrait laisser le croire et elle décore un peut tout et n’importe qui ces dernières années.

 

La promotion de la Légion d’Honneur du nouvel an 2017 est plus qu’éclectique avec les présences de Jean-Michel Aulas, président du club de football de l’Olympique Lyonnais, aux côtés d’Evelyne Dhéliat, la présentatrice météo, des différents héros de l’attentat de Nice et de Laurent Garnier donc. Au total, ce sont 761 personnes qui ont été décorées au mois de janvier. Alors que la plupart des médias spécialisés se félicitent de la Légion d’Honneur de Laurent Garnier, nous nous posons quelques questions sur la véritable utilité de cette récompense.
 

Un soupçon d’impérialisme

Lancée par Napoléon, on trouve déjà la récompense un poil branchée impérialisme et cet esprit vieille France, qui tranche pas mal avec l’image véhiculée par la musique électronique. Le côté finalement très protocolaire et l’image de l’armée et de toute l’autorité qui en découle nous laisse un peu dans l’expectative quant au véritable bienfait pour Laurent Garnier de recevoir cette récompense.

 

Certains bénéficiaires ont d’ailleurs tout bonnement décidé de refuser la récompense. C’est notamment le cas de Georges Brassens, qui a détruit toutes les récompenses honorifiques françaises dans le morceau « Légion d’Honneur ». Brigitte Bardot ou Jean-Paul Sartre ont également refusé la médaille. Le célèbre dessinateur de bandes dessinées, Jacques Tardy comparait même la médaille à une prison expliquant vouloir rester un homme libre et ne pas être pris en otage par quelque pouvoir que ce soit ».

 

De son côté, la légende de la techno française a décidé de prendre la récompense avec joie, comme il l’a indiqué sur son compte Facebook, se déclarant « profondément touché » et dédiant même son message directement à Napoléon avec une petite touche de second degré. Le producteur a néanmoins voulu dédier la Légion d’Honneur à tous ceux qui se battent quotidiennement pour la musique électronique.

 

 

« Distribué à n’importe qui… comme des médailles en chocolat »

L’autre facteur, qui nous pousse malgré nous à ne pas succomber à cette effusion de joie collective, c’est la perte de la valeur de cette récompense, qui au final, met sur un piédestal un peu tout et n’importe qui en ce qui concerne la société civile. Depuis sa mise en place en 1802 par Napoléon, près de 93,000 personnes ont reçu la décoration, et pas forcément les plus intéressantes.

 

Si on n’est mauvaise langue, on peut par exemple souligner que même Mimie Mathy a eu l’honneur de la recevoir. Dans le monde musical, on y retrouve des musiciens de talent mais aussi André Manoukian ou encore Stone et Charden. Cette avalanche de médailles pas forcément aux plus méritants a fait dire à Geneviève de Fontenay, ancienne président du Comité Miss France que la Légion d’Honneur était un titre « distribué à n’importe qui… comme des médailles en chocolat ». Bon, on ne va pas non plus prendre tout ce que dit Geneviève pour argent comptant mais pour une fois qu’elle dit un truc qu’on trouve pas du tout à côté de la plaque, on la suit.

 


 
Vous êtes toujours pas convaincus par nos dires ? On va donc vous sortir l’argument ultime pour vous faire redescendre de votre nuage. Début janvier 2016, Mohammed ben Nayef Al Saoud, prince héritier de l’Arabie Saoudite, qui bafoue les principes des Droits de l’Homme et qui procède régulièrement à des exécutions. Quelques années plus tôt, c’est le dictateur gabonais Ali Bongo, qui recevait la distinction. Est-on sûr de vouloir voir Laurent Garnier au même niveau que ces personnes ?

 

Pour relativiser le tout, on ne peut quand même se prévaloir d’une petite once de contentement quant à la Légion d’Honneur d’un homme qui mériterait toutes les distinctions du monde tant il a fait avancer le combat pour la prise au sérieux des musiques électroniques. Cette Légion d’Honneur légitimera peut-être encore un peu plus cette bataille, même si pour nous, elle n’est qu’un minuscule symbole.

 

Romain Conversin

Submit a Comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *