Mais où est donc l’electro en Creuse ?

Mais où est donc l’electro en Creuse ?

L’offre d’electro est portée par quelques associations mais reste confidentielle dans le département de la Creuse. Parce que le public n’y est pas encore assez sensible et que tous les acteurs de la scène manquent de cohésion.

 

Mai 2015. Trax Magazine, le mensuel de référence des musiques électroniques, sort son guide de la fête en France. Sur une trentaine de pages, il liste les adresses des bars et des clubs passant de la musique répétitive. Le mensuel se veut exhaustif et balaie toutes les régions de France. Toutes ? Pas vraiment puisque la région Limousin est complètement absente du guide. Une vraie diagonale du vide. Alors, quand on sait que la Creuse est le parent pauvre du Limousin, difficile de croire qu’une effervescence électronique existe dans le département rural.

Dès la nuit tombée à Guéret, capitale administrative de la Creuse, le monde s’arrête. Les rues sont désertes, les bars sont fermés. Les noctambules creusois sont introuvables. Pourtant, à quelques centaines de mètres du centre ville, un bâtiment rond, cerclé de verre, est l’un des centres névralgique de la musique électronique creusoise. Cette bâtisse aux airs de soucoupe volante renferme les locaux de la Radio Pays de Guéret. Sur la fréquence 96.5, elle diffuse des programmes musicaux éclectiques faisant une bonne place à la musique électronique.

 

Le tissu associatif primordial à la vie de la musique électronique

« Ce que l’on veut, c’est diffuser une musique qui ne passe pas habituellement sur les ondes, explique Thibault Blond, responsable d’antenne de la radio guérétoise. Forcément les musiques électroniques ont une place importante sur notre radio. » A travers des émissions mensuelles, elle fait également la part belle à diverse association creusoise qui ne jurent que par la musique électronique. Car en Creuse, ce genre musical ne vit que par le tissu associatif.

« Il y a dix ans, il n’y avait rien en Creuse concernant la musique électronique », avoue DJ Ota, fondateur de l’association Elect’hop, composée de trois DJs et organisatrice de quelques soirées. Dix ans, c’est l’âge de RPG, qui a indéniablement influé sur l’offre musicale en Creuse. « Ce qui a vraiment ouvert la porte, c’est le lancement du barathon par l’association le Cri de la Châtaigne, poursuit DJ Ota. C’était la première fois qu’on entendait de la musique électronique en ville. » Jusqu’à présent, les basses ne faisaient incursion dans le département qu’à travers les free party organisées illégalement. Le Cri de la Châtaigne a donné un cadre légal à la musique électronique. « Elle a surtout permis au public creusois de s’ouvrir à ce genre musical. C’est un département qui était surtout branché rock et reggae. »

 

 

Aujourd’hui, l’offre s’est étendue. Suffisamment pour faire peser le département sur la scène ? Pas vraiment. « Avec Elect’hop on essaie d’organiser un événement par mois dans des bars creusois depuis début 2018 » Au Havane, on apprécie de pouvoir proposer des soirées à thèmes aux clients. « Ca ne nous coûte rien, relève Pascal, le gérant du Havane. On a déjà la sono. Les DJs n’ont qu’à venir et mettre de la musique. Ca nous fait une animation. Même si on doit quand même rapidement baisser le son quand l’heure avance car les riverains se plaignent facilement. »

 

« Parfois je me dis même que c’est à Guéret qu’il se passe le moins de choses. »

Les trois DJs d’Elect’hop jouent des styles différents entre musiques électroniques et hip-hop. « Notre maître mot, c’est l’éclectisme, on veut que le public découvre de nouvelles choses », raconte Rost’n, deuxième DJ du crew. Basée à Aubusson, l’association ne joue finalement que très peu à Guéret. « Même si on veut créer des rendez-vous mensuels à Guéret, on joue plus souvent dans des petits bars dans des coins plus reculés. Parfois je me dis même que c’est à Guéret qu’il se passe le moins de choses. »

C’est par exemple à Flayat, lors de la soirée d’Halloween 2017, que les membres de l’association ont fédéré le plus de monde. « On jouait au Café de l’Espace et on a fait venir une soixantaine de personne. Certains ont halluciné d’entendre ce type de sons en Creuse, c’est encore confidentiel. Nous, on bouge aussi pour partir à la rencontre du public. C’est pour ça qu’on fait des soirées dans l’Allier ou dans la Haute-Vienne. »

 

 

Il manque encore à la Creuse une offre sur un format club, avec de vraies nuits électroniques. Dans la seule boîte de la ville, la 25e Avenue, on apporte plus d’attention aux entrées gratuites pour les filles et aux consommations de bouteille qu’à l’offre musicale. Dans les soirées étudiantes, c’est le son commercial qui domine. Swan Achard, fondateur de l’association Freeswap, comparable dans son fonctionnement à Elect’hop, confirme. « Souvent, je suis invité par les organisations étudiantes pour mixer, j’essaie de les éduquer à la musique électronique, mais le revers de la médaille, c’est que je laisse les platines pendant une heure aux étudiants, et là, mes oreilles saignent. Ils passent tout ce qu’on entend en radio. »

 

Bientôt Arnaud Rebotini

La musique électronique creusoise n’a pas assez d’événements d’envergure capables de faire venir un public des départements limitrophes. En juillet 2017, un festival XXL a eu lieu pour la première fois en Creuse : El Clandestino. Trois scènes, des têtes d’affiches comme Manu Chao et Kenny Arkana et surtout, un soundsystem nourrit par des DJs. Près de 20.000 personnes se sont déplacées en deux jours. « Sauf qu’on ne nous a jamais proposé de participer au soundsystem. Ce sont des DJs d’ailleurs qui ont été conviés », peste Swan. Dans le futur, ce festival devrait continuer sous le nom de Check In Party avec une programmation rock et electro. Le 20 octobre, une première soirée du festival sera organisée en tant que test à Guéret. On y retrouvera notamment Arnaud Rebotini. On n’a encore jamais vu pareille pointure de la techno en Creuse.

Reste que les associations creusoises de musique électronique sont plus dans la rivalité que dans le travail ensemble. Alors que ce n’est pas la place qui manque pour que toutes puissent vivre ensemble et tirer dans le même sens. « Il faut que l’on parvienne à se fédérer, admet DJ Ota. Si on parvient à fonctionner ensemble, on pourrait organiser un festival pour pouvoir faire vivre la musique électronique sur une soirée ou plusieurs, et pas seulement quelques heures dans un bar. Je veux qu’on dise qu’il se passe des choses en Creuse. » Afin de pouvoir enfin figurer dans un futur guide de la fête ?

 

Romain Conversin

Photo et vidéo : freeswap / soirée What The Fuck

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