Rideau sur la vie nocturne ?

Rideau sur la vie nocturne ?

Au lendemain de la fusillade ayant éclaté à Playa Del Carmen lors du BPM Festival, la maire de la ville a annoncé qu’il allait interdire les événements électroniques dans sa ville. Un nouveau coup dur pour un style musical, qui souffre grandement des dérives du business de la drogue.

 

On ne va pas se mentir, la drogue fait partie de la fête et elle est corrélée aux musiques électroniques depuis les balbutiements du genre. Ca n’a jamais vraiment été un problème du moment que chacun prenait ce qu’il voulait dans le respect des autres. Le problème, c’est que comme tout business illégal qui se respecte, le marché de la drogue est l’objet de toutes les convoitises et on n’est pas forcément face à des bisounours. Ce qui s’est passé à Playa Del Carmen en est le plus parfait symbole. La fusillade qui a eu lieu lundi 16 janvier et qui a fait cinq morts et une dizaine de blessés résulte d’un différent entre les cartels de drogue mexicains et les organisateurs du BPM Festival. Rien de bien nouveau au soleil, donc. Sauf que ce sont les musiques électroniques qui trinquent une nouvelle fois.

 

La victime facile

La maire de Playa Del Carmen, Cristina Torres Gomez a tout de suite pris des mesures drastiques, décidant d’interdire les événements de musique électronique dans sa ville dans une conférence de presse, comme le partage le site Resident Advisor. Et ça, on va pas se leurrer, ça nous pose problème. Pourquoi la musique électronique doit-elle être la victime collatérale d’une lutte d’influence, qui n’est pas forcément imputable à ce seul style musical ? La maire et les pouvoirs publics préfèrent interdire un événement, qui favorise l’économie et fait de Playa Del Carmen, un lieu festif pour se détourner du véritable combat contre les cartels de la drogue. Pourquoi ? Parce que c’est tellement plus facile de mettre fin à des événements plutôt que de partir en croisade contre des ennemis aussi puissants que les cartels.

 

Le traitement médiatique de l’affaire est également dangereuse pour les musiques électroniques, puisqu’on ferait presque passer la musique électronique pour responsable. Le raccourci est simple entre la prise de drogue et les festivals undergrounds, mais cette prise massive est plus un fait sociétal qu’un fléau imputable à ce seul style musical. Dans les années 90, le style subissait déjà un matraquage médiatique en règle. On pensait que depuis, la lutte pour l’acceptation du style en tant qu’art et pour contrer les préjugés avait fait son bonhomme de chemin, on s’est trompés.

 

Travailler main dans la main

Le cas de Fabric est révélateur de cette défiance des pouvoirs publics envers la musique électronique. Bon, on a fait un premier pas avec la ré-ouverture du club mais à quel prix ? Il aura fallu lutter des semaines durant et l’établissement est désormais doté de règles drastiques. Veut-on vraiment voir des soirées électroniques dans un climat de répression ? Pas sûr que la fête ne finisse pas par exploser, puisqu’on le sait, un climat délétère entraînera forcément des dérives.

 

Prenons l’exemple de l’Allemagne, où la drogue est bien présente. Beaucoup plus libérés dans leur tête, les Allemands, qui le souhaitent, consomment sans secret et ils le font intelligemment. La répression y est beaucoup moins présente même si la drogue est illégale. Le gouvernement allemand a d’ailleurs déclaré l’établissement berlinois d’utilité culturel. Les pouvoirs publics ont bien compris que c’est en travaillant main dans la main avec les partenaires associatifs et les établissements de nuit que l’on pourra vraiment réussir la transition. De toute façon, c’est soit on décide de s’en inspirer, soit le rideau finira par être tiré sur la vie nocturne…

 

Romain Conversin

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